« L’interview qui tue ! » sortira bien au cinéma aux États-Unis

« L'interview qui tue ! » sortira finalement en salles, ainsi qu'en vidéo à la demande !

« L’interview qui tue ! » sortira bien au cinéma aux États-Unis

Mise à jour, le 24 décembre 2014

Changement de programme ! Sony, qui avait choisi d’annuler la sortie américaine de L’Interview qui tue ! après le piratage informatique et les menaces d’attentat dont la firme a fait l’objet, a revu son programme en acceptant de projeter le film aux États-Unis. Il sortira donc comme prévu le 25 décembre dans les salles qui auront décidé de le diffuser. La sortie sera en revanche limitée puisque seuls 200 établissements passeront le film, au lieu des 2500 prévues à la base (selon Euronews).

Cette nouvelle réjouit Barack Obama, les 250 salles de cinéma indépendantes qui avaient lancé une pétition un peu plus tôt pour demander à Sony l’autorisation de projeter le film, ainsi que, bien évidemment, l’équipe du film — la preuve avec Seth Rogen et son tweet tout en points d’exclamation.

seth rogen
Le peuple a parlé ! La liberté a gagné ! Sony n’a pas abandonné ! L’Interview qui tue sera projeté dans les cinémas qui le souhaitent à Noël !

Sony a également annoncé que le film serait disponible en VOD (vidéo à la demande) le même jour que sa sortie au cinéma. 

Le 18 décembre 2014 :

Il y a maintenant trois semaines, des hackers ont piraté le circuit informatique de Sony Pictures Entertainment. Cet habillage est apparu sur les écrans de milliers d’employé-e-s de la société, accompagné d’un message menaçant, qui doit foutre les miquettes…

guardians of peace
Nous vous avons déjà mis en garde, mais ce n’est que le début. Nous continuerons jusqu’à ce que vous ayez répondu à notre demande. Nous avons obtenu toutes vos données internes, y compris vos secrets et top secrets. Vous avez jusqu’au 24 novembre 11h pour déterminer ce que vous allez faire.

Quelques jours plus tôt, Michael Lynton, le grand patron de Sony Pictures Entertainment, Amy Pascal, co-présidente, ainsi que d’autres membres de l’exécutif avaient reçu un mail menaçant : si de l’argent ne leur était pas reversé contre de « gros dommages perpétrés par Sony Pictures », la société entière « serait bombardée ».

À l’origine de tout ça, GOP, pour Guardians of Peace (gardiens de la paix) — le nom du groupe qui a pratiqué ce piratage de masse. Et ils n’ont pas menti : depuis le message apparu sur les ordinateurs des employés, quotidiennement, ces hackers dévoilent des mails, des révélations en tout genre, des trucs über-confidentiels qui se retrouvent soudain disponibles aux yeux du monde entier. Autant te dire que ça fout pas mal BEAUCOUP la merde un peu partout et que ça rend tout le monde zinzin.

Il faut dire que dans cet énorme hacking, il y a de tout : les dirigeants de Sony Pictures Entertainement sont concernés, mais également des milliers de salarié-e-s, des gens comme toi et moi, qui voient leur vie privée menacée, leurs informations personnelles mises en ligne.

Le 8 décembre dernier, chaque employé de Sony recevait un mail dans lequel eux-mêmes ainsi que leurs familles sont menacés. Un courrier menaçant que Variety a dévoilé dans son intégralité :

« Je suis à la tête de GOP qui vous inquiète

Retirer Sony Pictures de la surface de la Terre est un tout petit travail pour un groupe comme nous qui est une organisation mondiale. Et ce que nous avons fait jusque là n’est qu’une petite part de notre plan. C’est une erreur de penser que cette crise sera terminée après quelques temps. Tout espoir vous quittera et Sony Pictures s’éteindra. Cette situation n’est due qu’à Sony Pictures. Sony Pictures est responsable quel que soit le résultat. Sony Pictures s’accroche à ce qui n’est bon pour personne depuis le début. Il est stupide d’attendre que Sony Pictures se débarrasse de nous. Sony Pictures ne fait que des efforts inutiles. Quelqu’un à côté de vous est peut-être l’un des nôtres.

Beaucoup de choses défiant l’imagination auront lieu en divers endroits dans le monde. Merci de signer de votre nom pour élever une objection contre la faute de la compagnie à l’adresse mail ci-dessous si vous ne voulez pas souffrir des conséquences. Si vous ne le faites pas, non seulement vous mais également votre famille serez en danger. […] »

Toutefois, ce qui retient le plus l’attention de la plupart des médias, ce sont des informations people. Ainsi, les hackers ont dévoilé les pseudonymes qu’utilisent les stars quand elles font des réservations (Lauren Brown pour Natalie Portman, Cash Money pour Jessica Alba…), ou autres réflexions sur l’anatomie de Michael Fassbender (le producteur du biopic sur Steve Jobs en préparation ayant expliqué que « ce mec met mal à l’aise quiconque possède des parties génitales normalement proportionnées »).

Ils ont également mis au grand jour les correspondances entre grands noms de la firme, notamment celles entre Amy Pascal et le producteur Scott Rudin, parfois vraiment pas tendres avec certaines célébrités du cinéma. Une des conversations qui a été la plus mise en lumière est sans conteste celle à propos d’Angelina Jolie – et ils n’y vont pas de main morte dans leurs propos. L’autre, c’est celle où ils font des blagues racistes sur les films préférés de Barack Obama, en suggérant que sa préférence va aux oeuvres avec des Afro-Américains dedans. D’un goût extrêmement douteux.

À ce sujet, Amy Pascal a tenu à s’excuser (propos rapportés par Variety) :

« Le contenu de mes emails était insensible et inapproprié, mais ce n’est pas un miroir de ce que je suis. Le contenu de mes mails était insensible et inapproprié. Même si c’est une communication privée qui a été volée, j’accepte l’entière responsabilité de ce que j’ai écrit et je m’excuse auprès de ceux/celles qui ont été offensé-e-s. »

L’Interview qui tue !, le nœud du problème ?

Il y a plusieurs mois déjà, la Corée du Nord écrivait à Sony pour lui faire part de son mécontentement (et c’est peu dire) à propos d’un film en préparation, L’Interview qui tue !, que le pays qualifie comme étant « une promotion non déguisée du terrorisme et un acte de guerre » – sans que ça n’ait la moindre conséquence puisque la branche cinéma de la multinationale n’a rien changé à ce qui était prévu. Le 29 novembre dernier, Reuters rapportait en tout cas que Sony enquêtait sur la possible implication de la Corée du Nord dans toute cette affaire de piratage.

Le film, effectivement, a de quoi énerver à Pyongyang : il raconte l’histoire de Seth Rogen et James Franco, un animateur et producteur, qui réussissent à obtenir une interview avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un et sont approchés par la CIA pour l’assassiner.

https://www.youtube.com/watch?v=2BXt3DLqeEs

Aujourd’hui, la Corée du Nord ne reconnaît pas être à l’origine de ce piratage de masse, mais n’a pas changé d’opinion sur le film pour autant. En attendant, désormais, ce sont les spectateurs qui sont menacés puisque les hackers ont brandi un douloureux souvenir dans un message entre autres cité par Vulture (qui a compilé une passionnante rétrospective de l’affaire) :

« […] Bientôt, le monde entier pourront voir quel film horrible Sony Pictures Entertainment a fait. Le monde sera rempli de peur. Souvenez-vous du 11 septembre 2001.

Nous vous recommandons de garder vos distance des [cinémas qui diffuseront le film] à ce moment. (Si vous n’habitez pas loin, vous feriez mieux de partir.) […] »

Alors que l’avant-première new-yorkaise du film avait déjà été annulée après la réception du message précédent, l’affaire a pris un tout autre tournant : Sony a décidé, il y a quelques heures, d’annuler la sortie américaine en salle de L’interview qui tue !, et un porte-parole a annoncé qu’aucun autre plan de sortie n’était prévu. Le film réalisé par Seth Rogen et Evan Goldberg pourrait donc ne pas non plus voir le jour en VOD, DVD, ou à l’étranger.

En attendant et de manière assez anecdotique, un cinéma texan a décidé en réponse à l’annulation de diffuser Team America, un film créé en 2004 par le duo à l’origine de South Park, dans lequel une unité d’élite fait sa fête à un dictateur mégalo ressemblant beaucoup à Kim Jong-il, le père et prédécesseur de Kim Jong-un, comme on l’apprend entre autres sur The Hollywood Reporter :

alamo cine

alamo cine 2
Pour information : nous voulions toujours diffuser L’Interview qui tue… Mais maintenant nous passerons Team America à la place… Gratuitement et pour la liberté. Parce que AMÉRIQUE FUCK YEAH.

Sur le site du New York Times, on apprend qu’il a été conclu que la Corée du Nord était au cœur de cette attaque envers Sony Pictures. Le quotidien rapporte que « des hauts responsables du gouvernement, qui ne parleront pas officiellement des conclusions des services de renseignements, ont dit que la Maison Blanche se demandait s’il fallait publiquement accuser la Corée du Nord pour ce qui apparaît comme une attaque cyberterroriste ».

Avec l’annulation de la sortie du film, les hackers ont gagné. Mais est-ce que ça veut dire que cette histoire est terminée ? Quelles seront les conséquences, ne serait-ce que diplomatiquement, de ce piratage monumental ?

Pour avoir des réponses à ces questions, il faudra encore attendre un peu.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 34 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Agatyou
    Agatyou, Le 24 décembre 2014 à 15h48

    Ca c'est SUPER cool !! Vive la liberté :supermad:!! Je pense que je vais même le voir ce film alors que s'il n'y avait pas eu toute cette polémique, ça me serai passé à côtés ! (quoi ? Qui a dit que j'étais une consommatrice de base ?)

Lire l'intégralité des 34 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)