Ce cadeau que mon père n’aurait jamais dû voir

C'est l'histoire d'un cadeau surprise... qui par définition n'est pas celui qu'on croit !

Ce cadeau que mon père n’aurait jamais dû voir

Il y a un anniversaire que je ne suis pas prête d’oublier. Enfin il y en a plusieurs, mais celui de mes 22 ans vaut particulièrement le coup d’être raconté parce qu’il fut l’occasion d’un épisode de ma vie à la fois gênant et extrêmement drôle.

Ce matin-là donc, au cœur de l’été, je me réveille avec mon copain chez mes parents, chez qui je suis en vacances.

Après le traditionnel « Joyeux anniversaire », on se lève, prend un petit déjeuner avec ma famille : tout ce qu’il y a de plus normal dans cette maison.

Et puis il s’en va courir, sur ces mots :

« Je te laisse mon téléphone, garde-le avec toi, un livreur va passer dans la matinée.

Sois bien sûre de réceptionner toi-même le colis, je lui ai dit de te le remettre en main propre, c’est un cadeau ! »

Un livreur-fantôme

Je garde donc son téléphone à portée de main, il s’en va courir.

Et ma matinée se déroule… sans que le téléphone ne sonne. Je vaque à mes occupations, honnêtement pas bien préoccupée par ce retard : les livreurs n’ont pas la réputation de passer particulièrement à l’heure, encore moins au fin fond de la campagne pictavienne.

Il rentre au bout de deux heures et me demande avec un grand sourire si j’ai reçu le fameux colis. Ce à quoi je réponds évidemment par la négative.

Quand soudain, j’entends ma mère dans la maison demander à mon frère :

« C’était quoi la camionnette dans la cour ? »

Ah, le livreur aurait-il oublié de me téléphoner alors qu’il avait visiblement pour consigne de le faire avant de passer ?

Et mon frère de répondre :

« Je ne sais pas, un colis pour Esther je crois, c’est Papa qui l’a réceptionné. »

… et un colis fantôme

Là dans ma tête, me revient en mémoire le « assure-toi de bien réceptionner TOI-MÊME le colis » de mon copain.

Trop tard visiblement.

Je me mets en quête de mon père, en essayant de faire taire la petite sirène qui vient de s’enclencher dans mon cerveau pour me signaler qu’il y a potentiellement un problème.

Je le trouve dans le jardin et m’enquiert de la situation comme suit :

« Papa, il paraît que tu as réceptionné un colis pour moi ? »

Réponse de l’intéressé, qui a les yeux fuyants :

« Ah, euh, oui, je l’ai mis dans la grange. »

Petit point explicatif : la « grange » chez mes parents c’est ce vieux bâtiment, ancienne ferme, qui sert à la fois de garde-manger et à stocker tout le matos de bricolage. Donc pas le lieu où on range un colis, encore moins un colis supposé être un cadeau d’anniversaire.

Vous sentez venir le truc ? Pour moi, à ce moment-là, l’alarme devient de plus en plus stridente.

La découverte du pot-aux-roses

Je garde tout de même une contenance et demande à mon père de me donner ce fameux colis. Je le suis dans la grange. Il attrape un petit carton, qui a l’air manifestement ouvert et me le tend, l’air un peu confus. Je jette un oeil.

C’est un sextoy.

Un splendide rabbit fuchsia. Et clairement pas besoin de le sortir de son emballage pour savoir ce que c’est.

Je lève la tête vers mon père :

« Mais c’est un colis à mon nom, pourquoi tu l’as ouvert ???!!! »

(À noter que je ne suis pas en colère, juste confuse et surprise.)

« Mais, l’autre jour on a reçu un four pour ton frère, et je l’ai réceptionné sans l’ouvrir, et il était cassé, et ça a été vraiment compliqué de le renvoyer, alors j’ai voulu vérifier que c’était en état avant de laisser le livreur partir et, bon, ben, euh, j’ai vite vu que ça pouvait sans doute pas trop être endommagé. »

Là vous voyez Vice-Versa ? Dans ma tête, il y a Joie qui hurle de bonheur à l’idée d’avoir reçu ce présent, Colère qui veut casser la gueule de mon mec pour avoir fait livrer ça ici CHEZ MES PARENTS, Peur qui panique un peu en se demandant ce que peut bien penser mon père… Vous voyez le tableau.

Je bafouille :

« C’est pas grave, c’est gênant, mais c’est pas grave. Mais gênant. Mais pas grave. Juste, la prochaine fois qu’un colis porte mon nom s’il te plaît, appelle moi plutôt que de l’ouvrir toi-même. »

Et je file dans ma chambre, ouvrir le dit présent et un peu passer un savon à mon mec, entre deux remerciements.

L’art de dédramatiser

Lui, il ne sait plus où se mettre. Il était hyper fier de son cadeau (et il y avait de quoi), mais il est hyper désolé aussi de m’avoir mis dans cette position.

Je le rassure car après tout c’est VRAIMENT pas si grave. Le temps de reprendre mes esprits et je pars dédramatiser le tout devant mes parents.

Mon copain me supplie de ne pas révéler que c’était un cadeau de sa part (il était encore plus gêné que moi et a paniqué sur le moment, depuis il regrette cette décision et ne réagirait pas pareil si ça se reproduisait – MAIS ÇA NE SE REPRODUIRA PAS CAR IL NE FERA PAS LIVRER CE GENRE DE CHOSES CHEZ MES PARENTS UNE SECONDE FOIS).

J’ai donc raconté devant ma mère et mon frère ce qui venait de se produire, en riant, parce que vraiment cette histoire relève autant du registre du rire que du malaise et que j’ai la chance d’avoir des parents qui sont au courant que j’ai une sexualité depuis mes 16 ans.

Que leur ai-je dit ? Que c’était un cadeau d’ami·es pour pallier à ma relation à distance (car habituellement, mon copain n’est pas chez mes parents mais de l’autre côté de l’Atlantique).

Pourquoi ce n’est pas grave que tes parents découvrent tes sextoy

Et devine quoi ? On en a ri. Parce que ça vaut mieux. Parce que ça permettait aussi de casser le tabou de la sexualité, même s’il n’a jamais été particulièrement tenace chez nous.

Parce que je ne pense pas qu’il soit nocif que ma famille soit au courant que je me masturbe, la plupart des gens le font et éventuellement ça contribue à me positionner dans leur esprit en tant qu’adulte épanouie.

D’ailleurs, j’ai demandé à mon père, un an après, quel souvenir il en gardait et il m’a répondu que sur le moment, en l’ouvrant il s’était dit « merde, boulette ». Puis « elle fait ce qu’elle veut ». Et même qu’il aurait aimé que je ne m’aperçoive pas qu’il était ouvert, pour m’éviter d’être mal à l’aise !

Je suis quand même bien dotée en termes de famille, je concède que j’ai une chance que toutes n’auraient peut-être pas.

Alors bien sûr, du côté de mon copain, on a fait une mise au point : s’il lui vient de nouveau l’idée de m’offrir quoi que ce soit du genre, il sait qu’il ne le refera pas livrer devant mes parents parce que le malaise a ses limites qu’on aimerait ne pas franchir – quoique ce ne serait pas grave.

Et moi, j’en garde une histoire à raconter qui fait toujours son petit effet et qui est encore plus drôle pour moi quand je me remémore la tête de mon père, puis celle de mon mec !

Galveston, en salles le 10 octobre, présenté par Kalindi !

Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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Commentaires
  • Laurely
    Laurely, Le 1 août 2018 à 14h01

    Cette histoire me fait rire... parce que J'ai eu le même type... J'ai de la chance d'avoir des parents ou le sujet est pas trop tabou.

    Un jour j'ai demandé à mon père qui était en déplacement s'il pouvait faire un détour par mon appart pour me ramener mon mp3. Je lui avait dit à peu près où il devait se trouver sauf qu'en le cherchant dans les tiroirs il est tombe sur le tiroir ou il y avait mon sextoys... Je savais qu'il existait la possibilité qu'il tombe dessus et ça me gênait pas plus que ça (même si j'aurai préféré éviter) parce que je sais que mes parents n'ont aucun préjugé la dessus. On en a plus rit qu'autre chose ^^

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