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Lettre au prince charmant
:: Ecrit par Nubiees le 13 septembre 2006 // Ses autres textes
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La féminité
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LETTRE AU PRINCE CHARMANT Mais enfin, t’es où ? Qu’est ce que tu fous ? A 27 ans, j’ai pas que ça à faire moi, faut que tu te pointes ! Oh, zut C’est pas des façons de parler ça, pour peu q’il m’entende (ou me lise), il me trouvera sûrement pas assez distinguée, donc pas assez intelligente, donc pas assez désirable… On reprend. CORRESPONDANCE AU PRINCE CHARMANT Que se passe t’il très cher à mon cœur ? Que faîtes vous donc pour me laisser vous attendre ainsi ? Très long je reconnais, mais on me l’a dit et répété : « les hommes aiment les femmes cultivées, intelligentes, qui ont quelque chose à dire ». Alors je dis. Quitte à dire n’importe quoi. Alors je reprends. Cher Prince, pourquoi êtes vous si long ? Serait-ce mon look… oups. Seraient-ce mes parures qui ne seraient pas à votre goût ? Peut-être trouvez vous mon accoutrement trop austère, trop classique… Ne vous inquiétez surtout pas Prince, je ne suis pas vraiment comme ça. Ma personnalité est beaucoup plus originale, (si si c’est vrai). J’adore le vert, mais cette couleur a été condamnée par le Vogue de Juin dernier. J’aimerais être plus sexy, mais je ne veux pas que vous pensiez que je suis une « Marie couches toi là ». En fait, j’ai tout d’une Madame Tout Le Monde, mais c’est juste une façade. Quand vous me connaîtrez mieux, vous verrez qu’en dessous, je peux être très « créative ». La preuve, le dernier ensemble Victoria Secret que je me suis acheté est dans les tons qu’il faut pour une première nuit : assez coquin pour donner envie, tout en restant mystérieux pour que la dite envie perdure durant les jours qui suivront. Ne me demandez pas comment des sous-vêtements peuvent avoir ce pouvoir là. C’est de la science, ça ne s’explique pas (euh… si. Justement ça devrait s’expliquer, mais ne parlons pas de choses stressantes voulez vous, vous ne devez m’associer qu’à du joyeux, du paisible, de l’agréable…). Revenons à ce qui pourrait vous faire mettre autant de temps à vous manifester. Est-ce mon salaire ? Mon Dieu, je n’y avais pas pensé ! J’ignore si je suis dans la fourchette optimale, à savoir, assez pour éloigner de vous tout soupçon sur un potentiel coté intéressé que je pourrais avoir et pas trop non plus pour ne pas vexer votre ego masculin. J’ai fait des études qui me plaisaient plus ou moins, j’ai trouvé un job… pardon… un emploi plutôt agréable dans lequel j’ai pu évoluer. Malheur à moi. De penser à réussir -j’extrapole rassurez vous, je ne suis pas si ambitieuse que ça, je veux faire des enfants plus tard… PLUS TARD ai je dit, ne paniquez pas- m’a fait zapper… zut. De penser à « réussir » a éloigné de moi l’idée que vous pourriez vous sentir inutile et, TOUT LE MONDE SAIT qu’un homme qui se sent inutile ne ressent plus le moindre désir, et donc plus d’amour ou de relation à long terme envisageable. Comment sais-je cela ? Simple logique : depuis la nuit des temps, les hommes aiment le défi, le pouvoir, l’héroïsme. Demoiselle faible = Demoiselle à sauver = Occasion d’être un héros pour elle. Bref, avec mon coté « emploi à grosses responsabilités, salaire plus qu’acceptable, appart de rêve », je ne rentre pas vraiment dans cette catégorie de demoiselles. Flûte. Bon, on verra ça plus tard. Cher Prince, je crois avoir trouvé pourquoi vous me faîtes languir. Je suis trop gentille. Pas assez chieuse (désolée, mais je ne vois pas d’autre terme qui reflèterait aussi bien cet adjectif). D’après tous les coachs (là aussi, nouveau concept très à la mode), un caractère insupportable serait devenu la condition sine qua none pour attirer votre attention cher Prince. Vous ne supporteriez plus les filles trop lisses, trop ennuyeuses à votre goût. Il me viendrait à l’esprit de vous concocter un petit plat à notre deuxième rendez vous ? Horreur ! Même s’il s’agit de surgelés (là aussi, difficile de trouver un terme moins contemporain), l’erreur serait IMPARDONNABLE. Vous faire la cuisine ? Ne vous inquiétez pas, j’ai bien compris la leçon : « lui faire à manger au bout de 7 mois minimum, et encore… pour une occasion vraiment très spéciale ». Pourquoi ? Parce que. Le Prince charmant a peur des gentilles filles : si elles sont aussi adorables, c’est qu’elles sont désespérées et par conséquent non désirables. On en revient toujours au désir. A ce propos, j’ai appris dernièrement que toi cher Prince Charmant (ouh la… est ce une bonne idée de le tutoyer maintenant ?), tu donnais de la tendresse pour obtenir… je ne sais pas si j’ai le droit de le dire… Ah si ! J’ai le droit, puisque tu aimes particulièrement les filles à l’aise avec leur sexualité. Alors, reprenons, j’ai appris dernièrement que tu donnais de la tendresse pour obtenir du sexe et que nous les filles, on donnaient du sexe pour obtenir de la tendresse. Ca pourrait être vrai, mais je ne me pose pas vraiment la question. Le temps que je perdrais à réfléchir dessus me servira plutôt à potasser un peu le Kama Sutra, histoire de te montrer que je suis complètement épanouie de ce coté là. En revanche je ne sais pas à partir de quel rendez vous j’ai le droit de sortir le grand jeu… Il faudrait que je revoie tout ça, je ne suis pas tout à fait au point. Mais alors, c’est ça ! Je ne suis pas au point ! Voilà pourquoi tu n’es pas encore là Cher Prince Charmant. Entre le corps à sculpter, la garde robe à renouveler, la vie sociale et les loisirs à enrichir, la réussite professionnelle à camoufler, l’état d’esprit à revoir, la personnalité à réactualiser… Que suis-je bête. J’ai pensé qu’à mon médiocre niveau actuel, je pouvais prétendre à vous accueillir (voilà que je me remets à le vouvoyer… ça fait fille confuse. Pas bien), alors que je suis loin d’être le produit fini que vous avez commandé. Ne vous inquiétez pas Prince, je m’active. Entre le Cosmo Magazine, le club de sport, Sex and the City, les livres de John Gray… je serais parfaite dans peu de temps ! Je me prépare, je m’améliore, je m’hydrate la peau, je me peaufine, je fais du sport, je cours, je me lifte la peau, je cours, je cours… Je … cours … ouf… je... ouuuuf… cooouuuurs…. C’est de moins en moins évident cher Prince. Il faut dire que mes 58 ans ne sont pas légers à porter... Comment ça ? Je suis trop vieille maintenant ?... Zut, LE TEMPS. J’avais oublié ce putain de détail de merde. Euh… je fais quoi maintenant ? Si j’enlève le « merde » et le « putain » tu reviens quand même Prince?
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