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Instinct Maternel
:: Ecrit par celsms le 20 avril 2006 // Ses autres textes
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Catégorie : Nouvelles
:: Texte appartenant à la thématique
La féminité
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Elle n'avait jamais voulu d'enfant. A dix-huit ans déjà, elle riait au nez de ceux qui l'imaginaient mariée, cinq grossesses à son palmarès et une vie trépidante de femme au foyer. Mariée, elle? Jamais! Jamais elle n'accepterait de se soumettre à cette race vile et mentalement limitée qu'est la gent masculine. Et des enfants, n'en parlons pas! Elle qui s'acharnait chaque matin à faire entendre raison à cette maudite balance, comment accepterait-elle – et volontairement qui plus est – de se laisser déformer en tous sens pour le plaisir plus que discutable d'entendre hurler à toute heure de la nuit et du jour? Mais les années passent. Elle avait gardé ses opinions, mais cessé de les défendre. Un étranger était passé, les yeux charmeurs, la langue bien taillée. Une vie entière bascule en une seconde, c'est connu. Un moment d'inattention et la voilà plus enchaînée que jamais, cette belle innocente aux rêves de liberté. La vie avait suivi son cours, trois enfants étaient nés. Trois petites têtes criardes et égocentriques. Ses longs cheveux noirs s'étaient transformés en quelque chose de "facile à coiffer", ses yeux, si lumineux, avaient pris la teinte de ses pensées. Gris. Même pas noir, le noir est plein, profond, fort. Bêtement gris, vague non couleur entre deux perfections. Une à une, ses passions s'étaient évanouies, entre un biberon et un repassage, pour ne pas perdre de temps. Tout cela vous paraît bien triste, n'est-ce pas? Pourtant, jusque là, rien de bien extraordinaire. C'est à peine si elle remarquait le changement. Elle n'était plus lucide. Elle vivait en surface, perdant la profondeur – et par là la beauté – des choses. Cependant, un soir, enceinte de ce quatrième enfant qu'elle croyait désirer, elle se croisa au détour d'un miroir. Elle s'entraperçut. Difforme. Vieille. Même un sourire n'y changeait rien, lui aussi était faux, à peine un demi-sourire. La contraction la fouetta jusque dans les tréfonds de son esprit. C'est à cet instant qu'elle s'entendit. "Je te hais", souffla-t-elle. Et, pour la première fois depuis si longtemps, sa pensée était sincère. Ecrasée en deux, elle se jeta un dernier coup d'œil, confirma son jugement. "Je te hais, immonde tas de soumission." Un fils. Trois jours de prostration dans ce lit d'hôpital. Un fils. Qu'allait-elle en faire? Elle avait renié ses rêves, ses doutes, ses besoins depuis si longtemps, pour eux, ses enfants. Elle s'était vidée, mois après mois, année après année. Vidée de son humanité. Ce dernier bébé avait emporté avec lui les dernières miettes de son être. Sans passion, sans désir, sans espoir, que reste-t-il? Une bête. Un animal. Un ultime instinct de survie l'avait poussé à accomplir ce dernier acte. En comprenait-elle la portée? Avait-elle entendu les pleurs, le choc? Elle avait sonné, l'infirmière était accourue. Un regard au berceau vide, un autre à la fenêtre ouverte. Puis un cri, si humain. Déchirant. Et le silence de la mère, immobile. Ses pupilles s'étaient rétrécies, jusqu'à n'être plus que deux trous noirs. Elle avait baillé, s'était étirée de tout son long. Ses yeux s'étaient fermés.
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