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Expédition nocturne
:: Ecrit par Nouche le 14 novembre 2007 // Ses autres textes
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Catégorie : Nouvelles
:: Texte appartenant à la thématique
Du bonheur !
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Penchée sur le vide, avec un inexplicable sentiment de peur, j’ai froid. Je n’ai pas peur de tomber. Ce dont j’ai peur c’est de rester là, de ne pas bouger. Pourquoi suis-je toujours là ? Je croyais qu’en fermant les yeux je trouverais le courage de me bouger de ce putain de banc qui me colle aux fesses depuis le début de la nuit. Mais non. J’ai l’impression d’être au bord d’un grand précipice. Et puis à quoi ça me servirait de bouger, de toute façon ? Et à quoi ça me servirait de rester ? Pourquoi y en a-t-il qui ont de la chance ? Ce n’est pas toujours juste l’amour, ça fait parfois des cœurs et parfois des croix. Mais ce n’est pas pour ça que j’ai froid. Et puis, voyons les choses en face : tout le monde sait bien que l’amour avec un grand A est le problème majeur de toute ado qui se respecte. Mais je ne vais pas vous faire une conférence. J’ai juste envie d’ennuyer quelqu’un avec mes peines de cœur. -Alors… -Alors quoi ? demande Lov. -Alors rien. Il est bien là le problème. -Pourquoi ça peut servir à rien que de faire peur, l’Amour ? -Non, répond Lov. Qui est carrément à l’ouest parce que « Non », ici, ça ne veut rien dire. Elle répond à côté. -Comment ça « elle répond à côté » ? C’est toi qui tourne en rond après toi-même depuis une demi-heure ! -Tagueule. Pour une fois, pas envie de l’entendre. Je sais très bien que je ne sers qu’à penser des choses bizarres. Et que je suis une grosse fouteuse de merde, une grosse penseuse de n’importe-quoi, une grosse fana de l’irréalisme, une grosse imbécile accrochée à la lune. La lune en question possédant, entre parenthèses, une queue de cheval, des tâches de rousseur, et un sourire à faire tordre l’auréole d’un ange. L’ange, c’est moi. Mais je n’y suis pour rien, je vous assure que c’est lui qui me pourrit la vie ! -Là, c’est carrément de la mauvaise foi rétorque Lov, alarmée et apparemment en colère. -Tagueule. -Tu sais dire que ça ? -Non ! Je sais aussi dire Amour, peur, froid, chocolat, chocolat aux noisettes, et accessoirement, tagueule. Aujourd’hui c’est tagueule. -Tu attends quoi, au juste ? Ça ! Si je le savais, ça m’arrangerait bien. Ça m’éviterait peut-être de rester plantée là. Ça m’éviterait peut-être d’attendre sans trop d’espoir qu’il se passe quelque chose. C’est con quand-même, à deux heures du mat’, dehors et les cheveux dans les yeux, il fait froid. Je n’ai qu’une seule envie : partir. Mais … je reste là. C’est Lov qui a raison, je tourne en rond… La façade desséchée de l’immeuble tombe en lambeaux, elle dégouline. Elle serait presque plus jolie avec des tags, ça ferait plus réaliste. J’ai envie de casser la fenêtre, là, juste en face, pour qu’il y ait de la lumière. Pour que les morceaux de verre tombent dans le bocal d’un poisson rouge ou sur la tête d’un insomniaque. Briser la fenêtre, rugir, me jeter contre la porte, pourquoi pas m’ouvrir les veines ! Non, ça ne fait pas assez de bruit. N’importe quoi pourvu qu’il se réveille, pourvu qu’il se passe quelque chose, pourvu que je ne passe pas la nuit là, s’il vous plait ! Pas forcément un miracle, mais au moins… Quelque chose ! J’ai l’air conne aussi ici, à attendre que Sylvan, au troisième étage, entende mon appel muet et descende me serrer dans ses bras après m’avoir hurlé par la fenêtre : « Nouche, je t’aime ! ». Ri-di-cule. Le pire, c’est que j’ai pas l’air conne toute seule : Lov, à côté de moi, quand elle aura fini sa cigarette, sera à deux doigts de m’étrangler si je ne décide pas vite fait de sortir de mon délire. Mais tant pis. Lov ferme les yeux, elle tire sa dernière bouffée. Elle recrache la fumée par le nez. Beurk ! Elle balance son mégot par terre, elle le fait exprès, elle sait que je déteste. Elle se tourne vers moi et me fixe de son œil vert. -Tu comptes passer la nuit là ? -Peut-être. -Allez, viens, dit-elle en me tendant la main. -C’est con l’amour. -Ça tu peux le dire ! s’écrie-t-elle. Elle enrage, elle en a marre. Je crois qu’elle me déteste. -Excuse-moi, Lov. -Non non, c’est moi qui m’excuse. Moi ça va ! C’est toi qui me fais de la peine, avec ton connard de Sylvan. Elle me prend la main. -Tagueule.
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