Une « mise en garde ferme » du CSA à France Télé pour son sexisme

Le CSA adresse une « mise en garde ferme » à France Télévisions en raison des commentaires sexistes prononcés lors des Jeux Olympiques de Sotchi. Reste à expliquer aux journalistes concernés ce qu'est le sexisme...

Une « mise en garde ferme » du CSA à France Télé pour son sexisme

Si vous avez regardé les Jeux Olympiques de Sotchi sur une chaîne française, vous avez forcément été exposé•e•s aux commentaires de l’équipe des sports de France Télévisions. Et dire que certains de ces commentaires étaient problématiques serait… un euphémisme.

Si vous étiez passé à côté de cette sombre histoire, je ne puis que vous conseiller de vous rattraper en lisant notre article :

Une « mise en garde ferme » à France Télévisions

Les critiques ont été nombreuses sur les réseaux sociaux, plusieurs articles ont été publiés sur le sujet (dont le nôtre), tant et si bien que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel s’était saisi de l’affaire.

La décision du CSA a été publiée le 17 mars. Le Conseil adresse « une mise en garde ferme » à la chaîne publique. Le comportement du président du service des sports, Daniel Bilalian, est pointé du doigt : le CSA a « vivement regretté que la direction responsable des sports s’en [tienne] à une attitude de dénégation face aux critiques. »

En effet, le responsable des sports avait refusé toute remise en cause. La consigne passée dans le service avait fuité dans la presse : le directeur y exprimait clairement la volonté de ne pas répondre. Interrogé sur le plateau du Grand Journal, Daniel Bilalian avait balayé les accusations de sexisme. Une attitude condamnée par le CSA :

« Le Conseil a estimé que les propos tenus par ces commentateurs, par leur teneur et leur caractère graveleux portant en particulier sur l’aspect physique de sportives, étaient extrêmement déplacés et que certains d’entre eux étaient même de nature à refléter des préjugés sexistes. Face aux réactions suscitées par ces propos, le Conseil a relevé, en le regrettant vivement, que la direction responsable des sports s’en était tenue à une attitude de dénégation.

Il considère que le service public se doit d’être exemplaire en matière de promotion de l’image et de la place de la femme. Par conséquent, le Conseil, qui a déjà attiré l’attention de France Télévisions sur la contradiction entre, d’une part, les actions menées au niveau du groupe en la matière et, d’autre part, la teneur des propos tenus au sein de certains de ses programmes, lui adresse une mise en garde ferme. »

Une incompréhension alarmante

Daniel Bilalian n’est pas le seul à être dans le déni, et c’est bien là le fond du problème. Si seulement il ne s’agissait que de maladresses, de propos lourdingues à éviter à l’avenir… Mais il apparaît que les personnes visées n’ont pas compris les reproches qui leur étaient adressés.

Ainsi, Philippe Candeloro répétait à l’envi que ceux qui se plaignaient de ses commentaires étaient « coincés de la fesse », qu’ils n’avaient pas d’humour (un classique) et qu’il ne comptait pas changer sa façon d’être.

Et la publication de la décision du CSA n’a pas provoqué une once de remise en question chez l’ancien patineur :

La remise en question de Philippe Candeloro est TO-TALE ! « Y a pire », en somme. (déclarations faites à RTL)

Philippe si tu me lis, tout ceci me chagrine d’autant plus que je suis une très grande fan de patinage artistique.

Pendant la dernière semaine des Jeux, Céline Géraud avait posé une question à Alexandre Boyon sur le plateau de la matinale de Sotchi, à propos de la skieuse libanaise, dont la participation à un shooting photo dénudé avait suscité des réactions hostiles dans son pays. Le commentateur a botté en touche :

« Ah écoutez, il paraît qu’on ne peut pas faire de commentaire sexiste, alors je ne sais pas quoi vous répondre ! »

Mais je vous ai gardé le meilleur pour la fin.

« J’ai une fille » est le nouveau « j’ai un ami noir »

Nelson Monfort a eu une défense différente. Interrogé sur France 5, il s’est dit blessé par ces accusations de sexisme, qu’il balaye de cet argument im-pa-rable :

« Je suis marié et père de deux filles. Donc dire que je suis sexiste est tellement ridicule et tellement éloigné de la vérité que je ne peux pas répondre. »

Mmmmoui. Ça se tient. Bah si, ça se tient, non ? Attendez, on va la refaire…

« Mais je ne suis pas raciste voyons, j’ai même un ami noir ! »

…ah oui, non, effectivement, ça ne tient pas du tout comme explication !

Vous voyez le souci ? Si seulement ce n’était qu’un problème d’humour, si seulement c’était juste une question de sensibilités différentes… Mais le problème, c’est que ces journalistes ne savent même pas ce qu’est le sexisme.

En toute bonne foi, Nelson Monfort nous explique qu’il ne comprend pas les accusations de sexisme. Il ne comprend pas qu’on ne lui fait pas ces reproches parce qu’on manque d’humour ou d’esprit, mais parce que ces commentaires portent préjudice à toutes les femmes, sans cesse ramenées à leur physique, à une apparence qui passe beaucoup trop souvent avant leur performance.

Mais Monsieur Monfort, si l’une de vos filles était recalée à un entretien d’embauche, et que le recruteur lui disait « écoutez, une belle femme comme vous, ce serait une distraction dans mon service », penserez-vous qu’il s’agit d’un compliment ?

Est-ce que vous comprenez que flatter le physique d’une femme n’est pas un compliment en toutes circonstances ? Comment réagiriez-vous si la fameuse Cléopâtre que « l’anaconda » de Candeloro irait bien taquiner, c’était votre fille ?

Et plus important, comment réagirait-elle ? Lui diriez-vous « allons, c’est de l’humour » si elle en était blessée ?

Vous voyez le problème ?

Carton Jaune pour France Télévisions

En guise de « médaille d’or » du sexisme, le CSA a préféré le carton jaune à France Télévisions, pour les commentaires sexistes à répétition, mais également pour le déni des responsables du service des sports, alors même que la presse et les internautes avaient largement signalé le problème.

Au fond, tant mieux si ce n’est qu’une mise en garde, on ne réclame pas la tête des commentateurs mis en cause. On regrette simplement que les nombreuses doléances aient été ignorées par la direction des sports, et on regrette surtout que vous n’ayez pas vu le problème, M. Bilalian.

Pour toutes les bonnes volontés qui ne comprendraient pas le problème, on a de la matière pour vous :

La balle est dans votre camp, M. Bilalian.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Freehug
    Freehug, Le 21 mars 2014 à 17h59

    "on ne réclame pas la tête des commentateurs mis en cause"

    Euh...Si? Ces types sont sexistes, pas drôles, incapables de se remettre en question, et nous gâchent le sport. Pour le patinage artistique j'en suis réduite à couper le son et à mettre de la musique qui colle à peu près aux chorés.

    Je sais pas dans quel monde ils vivent, mais par chez nous, ça s'appelle de l'incompétence crasse, qui se solde par un licenciement bien mérité, pour pouvoir recruter des gens qui connaissent leur boulot.

    Je sais pas ce serait comme garder un médecin qui rend ses patients malades sous prétexte de tolérance, ou de "y a encore pire que lui". WTF?

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