Sélection de livres : portraits de femmes

Une vieille maîtresse (Jules Barbey D’Aurevilly)1851, France Une vieille maîtresse est l’histoire d’une passion ou plutôt, de la confrontation chez un homme de deux passions, l’une neuve et bien vue, l’autre de longue date et décriée par toute la bonne société que fréquente Marigny. Marigny, c’est l’homme pris entre deux femmes, entre deux bords, dirait-on […]

Sélection de livres : portraits de femmes

Une vieille maîtresse (Jules Barbey D’Aurevilly)
1851, France

Une vieille maîtresse est l’histoire d’une passion ou plutôt, de la confrontation chez un homme de deux passions, l’une neuve et bien vue, l’autre de longue date et décriée par toute la bonne société que fréquente Marigny. Marigny, c’est l’homme pris entre deux femmes, entre deux bords, dirait-on presque, de la femme, d’une idée qu’on se fait de la femme : Hermangarde, douce et aimante ; Vellini, laide et violente.
Cependant au-delà de cette vision manichéenne qu’on pourrait s’attendre à trouver dans ce roman, les relations entre Ryno de Marigny et ses deux femmes sont le résultat d’une analyse passionnante, d’un tableau en mouvement aussi beau que complexe de la passion qui donne lieu à de très beaux portraits des deux personnages féminins.
Adapté au cinéma en 2007 par Catherine Breillat, dans un assez mauvais film avec Asia Argento et Roxane Mesquida.

L’amant de Lady Chatterley (D.H. Lawrence)
1928, Angleterre

Qui n’a pas entendu parler de L’amant de Lady Chatterley depuis qu’en a été tourné une adaptation par Pascale Ferran, et surtout que cette adaptation a eu le succès qu’on sait ?
Contrairement à ce que le titre laisse entendre, le roman, tout comme sa récente adaptation, ne se concentre pas sur le personnage du garde-chasse qui entretient une liaison avec une femme de la bonne société anglaise. Au contraire : il se focalise sur le personnage de Lady Chatterley et plus précisément, comme l’auteur le laisse entendre dans ses textes à propos de ce roman, sur le plaisir qu’elle va apprendre à connaître, à prendre avec son amant ; bref en quelque sorte sur l’épanouissement de la femme dans cette union d’abord strictement sexuelle puis amoureuse.

Les sœurs Materassi (Aldo Palazzeschi)
1934, Italie

Les sœurs Materassi sont deux vieilles filles à la vie aussi monotone qu’elle est strictement organisée. Rien ne semble annoncer un changement dans leur emploi du temps déjà bien rempli ; si ce n’est l’arrivée d’un de leur neveu après la mort d’une autre sœur. C’est un bel adolescent, qui aime les belles voitures et le mouvement, comme les futuristes dont a fait partie Palazzeschi avant d’écrire ce roman. Il est l’élément perturbateur qui vient semer le trouble dans le quotidien de deux vieilles femmes, transformées avec sa venue.
Les sœurs Materassi est un roman assez caustique, qui tient à distance les personnages des deux sœurs et s’en moque avec une grâce savoureuse, le jeune garçon réveillant chez elles toutes les frustrations qu’elles couvaient depuis des années.

La garce (David Goodis)
1947, Etats-Unis

La garce est un roman policier qui met en scène une femme d’emblée présentée comme détestable, calculatrice, sans morale, etc. : telle est Clara, la garce.
C’est un roman assez noir car au même titre que la plupart des personnages, le lecteur assiste impuissant à la progression de l’emprise sans limite, du pouvoir dévorant de Clara Ervin sur son entourage. Son nouveau mari devient son pantin sans même s’en apercevoir ; seule sa belle-fille cherche tant bien que mal à lutter contre ses tentatives despotiques.
Il y a quelque chose de presque agaçant à la lecture de La garce : voir les personnages se faire berner quand on sait quelles sont les intentions de Clara-la-mauvaise. C’est bien la preuve que ce roman est prenant, réussi, plaisant.

Le cœur froid (Jacques Sternberg)
1972, France

Autant le dire tout de suite : Le cœur froid est un roman plutôt mauvais. Plus précisément : maniéré, excessif, content de soi. Par rapport au thème de cette sélection cependant, il offre un beau contre-exemple de la réussite de certains portraits de femmes. Celui qu’on trouve ici est convenu et caricatural.
Le narrateur est un homme qui a tout quitté, littéralement happé par une femme dont il ne sait rien, dont il ne saura jamais rien, femme qui parle peu ou pour dire n’importe quoi, qui ne fréquente personne et semble détachée de tout ; femme enfin qu’il ne pourra jamais tout à fait posséder, dont il ne sera jamais le maître – ce dont il se dit parfois satisfait, parfois désespéré. Femme supposée avoir « le cœur froid » ; en fin de compte femme invisible, femme qui ne sert qu’à dresser le portrait d’un narrateur satisfait de lui-même, alors même qu’il clame son désespoir fasse à cette passion qui l’engloutit et le torture… Femme qui sert, finalement, de repoussoir pour tout le roman.

La pianiste (Elfriede Jelinek)
1998, Allemagne

Erika vit chez sa mère qui la domine encore malgré son âge avancé, enseigne le piano sans conviction mais avec une poigne froide, s’adonne en cachette de sa mère à des fantasmes sexuels auxquels elle se livre dans l’arrière-boutique de sex-shops viennois avec un automatisme effrayant.
Erika rencontre Klemmer, jeune homme qui lui tourne autour et va réveiller chez elle des désirs jusque là refoulés.
Adapté au cinéma par M. Haneke dans un film avec Isabelle Huppert et Benoît Magimel.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Betty Blue
    Betty Blue, Le 1 septembre 2008 à 19h52

    Je n'ai pas lu "La pianiste", mais j'ai par contre vu l'adaptation de Haneke. Ce film m'a donnée la nausée. Je ne suis pas prête de le revoir.
    "L'amant de Lady Chatterley" est par contre un délice. Je ne peux pas m'empêcher de m'étonner de l'empathie de DH Lawrence pour son héroine à une époque où pourtant la femme n'était pas grand chose. Et aussi de sa bonté en général pour ses personnages.

    Je suis tombée cet après-midi dans une bouquinerie sur "Dirty Weekend" d'Helen Zahavi. Apparement c'est un grand classique du roman noir mais je n'en avais jamais entendu parler.

    Petit résumé trouvé sur internet: "Un beau jour, Bella en eut marre, marre de toujours être la victime, marre de toujours avoir peur, marre des désirs des mecs... Elle se mit à les tuer... D'abord ce voisin vicieux qui la persécutait, puis un autre, rencontré par hasard, et qui aurait bien aimé la plier à ses caprices... Et cela lui a fait tant de bien, cela l'a tant soulagée, qu'elle se demande pourquoi elle a attendu si longtemps... Et réclame pour les femmes le droit à la violence aveugle."
    (le lien: http://www.polarnoir.fr/livre.php?livre=liv347)

    Je ne l'ai pas encore acheté parce que 4,20euros pour une occase faut pas abuser, mais dès que je le trouve à un prix correct, il rentre dans ma bibliothèque.

    Histoire d'un peu exorciser ma haine contre tous ces pauvres types qui te sifflent et te mattent sans retenue, pour mieux t'insulter après... ;)

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