Sélection de films : sur le ring

Le ring des combats de boxe est une scène propice au cinéma. La lutte filmée entre deux personnages donne indiscutablement lieu à des moments de tension chers au cinéma à suspens, ainsi qu’à une action souvent prenante. A cela s’ajoute bien sûr le combat humain qui se joue en coulisses : ascension du looser Rocky […]

Sélection de films : sur le ring

Le ring des combats de boxe est une scène propice au cinéma. La lutte filmée entre deux personnages donne indiscutablement lieu à des moments de tension chers au cinéma à suspens, ainsi qu’à une action souvent prenante.

A cela s’ajoute bien sûr le combat humain qui se joue en coulisses : ascension du looser Rocky Balboa, décadence de la star J. La Motta, combat idéologique d’un Noir ou d’un Irlandais, ou combat plus strictement intime… Pénétrant du côté de ce qui ne se voit pas sur le ring, le cinéma ouvre pour la boxe une nouvelle dimension, au-delà du sport.

Voici donc une sélection de quelques films pour une fois uniquement anglo-saxons qui, dressant le portrait de quelques boxeurs, propulsent leurs personnages dans une sphère plus attachante ou angoissante, plus humaine en somme.


Image tirée du film Million Dollar Baby

Nous avons gagné ce soir (Robert Wise)
Etats-Unis, 1949

Bill Thompson est un boxeur en fin de course, près de jouer son dernier match sous le regard inquiet de sa compagne. Perdant accompli, il est le seul à croire encore qu’une victoire est possible. Son agent lui-même, mis au courant qu’un magouille se trame, comme souvent, au niveau des paris, ne juge pas bon de le prévenir que sa défaite rapporterait beaucoup et qu’on attend de lui qu’il se couche.
Ce dernier combat se pose pour le protagoniste comme une affaire d’honneur, comme une dernière chance avant la retraite, comme la seule solution à sa portée pour reconquérir un peu de jeunesse effacée. C’est pourquoi sur le ring du combat s’ouvre une autre dimension : plus humaine que celle des coups donnés, elle fait de la boxe une lutte pour la survie, survie personnelle d’un homme qui a dédié sa vie à ce sport sans connaître pour finir le succès et la gloire que le cinéma filme souvent. Avec le combat s’ouvre un espace de tension propre au film noir et qui déborde en fin de compte la simple question de la victoire pour un spectateur qui sait ce qui se tisse derrière un personnage qui croit jouer pour son compte.
Nous avons gagné ce soir (à l’origine The set up, la combine) mêle avec brio intrigue à suspens et combat intime d’un boxeur sur le déclin, notamment lorsque les tensions débordent du ring. L’intelligent là-dedans est d’avoir choisi le monde de la boxe, pourri, et d’entremêler les fils dans le dos du personnage. Faire, en somme, déborder le mécanisme des combats hors de leur strict cadre. Heureusement la compagne veille au coin de la rue et c’est l’amour qui, avant que le rideau tombe, tirera Bill Thompson d’un environnement bien trop sombre dans lequel la lutte pour l’honneur semble dérisoire. A son échelle c’est donc l’humain qui triomphe de cet espace délétère mais sans vaincre : en lui tournant le dos.
Avec Robert Ryan, George Tobias, Audrey Totter

Rocky (John G. Avildsen)
Etats-Unis, 1976

Rocky pénètre dans le monde de la boxe par la grande et la petite porte : on a d’un côté Apollo Creed, le champion du monde prêt à affronter son rival au sommet. De l’autre, la boxe des amateurs de Philadelphie et surtout de Rocky Balboa, depuis figure mythique de la boxe au cinéma. Encore jeune mais déjà déglingué par ses combats et ses missions ingrates pour un maffieux d’arrière plan, prototype du looser touchant, Rocky est tout en silences, un peu animal et par là terriblement attachant.
Puis l’american dream s’en mêle et l’amateur gagne le droit d’affronter Apollo Creed ; s’ensuit un entraînement féroce où Rocky boxe des carcasses animales… et gagne en humanité, ou du moins s’y ouvre, au contact de l’amour. Avec Adrian, la sœur de son ami, le boxeur se heurte à des sentiments qui semblent les submerger tous les deux : l’une timide, l’autre gauche car trop franc… La structure du film jette la romance au second plan et c’est là qu’elle gagne en ampleur, dissimulée derrière la boxe et les espoirs de victoire, elle sert à proprement parler la naissance d’un héros grandi dans son rapport à l’autre, avec une sensibilité inattendue.
Premier volet de la saga Rocky, ce film pose la première pierre de ce qui sera un monument du cinéma et plus encore un personnage légendaire. Saisi à la naissance, à ce moment où l’homme presque sauvage est petit à petit grandi, grâce à la boxe et l’honneur qu’il en tire, grâce à son inépuisable détermination ; mais surtout grâce à Adrian. Success story jamais trop parfaite, le film ouvre les yeux sur une série saisissante car elle dresse le portrait d’un personnage attachant autant qu’il semblait banal.
Avec Sylvester Stallone, Talia Shire

The Greatest (Tom Gries, Monte Hellman)
Etats-Unis, 1977

Comme chacun le sait, le combat de Mohammed Ali, aka The Greatest, aka Cassius Clay s’est principalement joué hors du ring. C’est le propos de ce biopic que de le rappeler et, plus encore, d’en glorifier la portée. Il n’est pas anodin en effet que le film de Tom Gries soit inspiré de l’autobiographie du greatest… qui interprète dans le film son propre rôle, excepté lors des scènes de jeunesse.
Ainsi The Greatest semble avant tout être une œuvre mégalo, un autoportrait dressé de soi à soi, de soi à ses fans peut-être… L’organisation en est en tout cas traditionnelle : elle commence par la glorieuse jeunesse d’un boxeur déjà rebelle, déjà sensible au racisme ambiant, déjà en lutte face à l’immobilisme dominant. Suivent les conversions et la lutte idéologique qu’on connaît.
Offerte sans distance aucune, cette biographie frappe avant tout par sa démesure : celle qui colle à un personnage qui n’a pas de limite, pas de modestie, interprété par celui-là même qui en est l’origine, "le plus grand", qui entend sans aucun doute s’auto-glorifier. Et finalement, à mesure que le film avance, seul notre propre regard gagne en distance : à lui seul revient la tâche de rétablir l’écart nécessaire face à un homme qui se réclame d’une telle stature.
Avec Mohammed Ali

Raging Bull (Martin Scorcese)
Etats-Unis, 1981

On cueille Jake La Motta en plein succès : grand boxeur, reconnu comme tel et sûr de soi. Tout lui réussit, il lui manque seulement une femme à conquérir. Ce qui, malgré la cible choisie – une belle protégée de la mafia, forteresse intouchable – est vite accompli. Une demi-heure s’écoule et le beau boxeur connaît l’apogée de son existence. Grandeur…
… et décadence d’un jeune homme. Biopic du boxeur Jake La Motta, Raging Bull a cette originalité qu’il ne se concentre pas sur sa carrière sportive : les combats sont évoqués, montrés brièvement ; mais survolés seulement comme la caméra survole le ring. Le combat est plus intime : c’est celui d’une star exigeante, possessive, mégalo surtout, qui se laisse petit à petit vaincre par elle-même : par son poids, par la tourmente qui l’habite. Dur, Raging Bull est porté par le grand De Niro, d’une maîtrise d’exception. Il est envahi par un trouble étouffant qui donne lieu, par exemple, à une scène d’une incroyable sensualité entre Jake et sa nouvelle compagne.
Conte de fées à l’envers, fenêtre ouverte sur un corps violent, sur une âme inquiète et sombre, Raging Bull observe les corps s’agiter, se battre, lutter ; par là seulement passe la rage du protagoniste. Dans une grande tension, on observe sa descente aux enfers, jusqu’à la superposition finale de l’image du personnage à celle de la scène d’exposition, qui montrait le véritable Jake La Motta : usé, ravagé, un peu clown malgré lui. Mais sans que ce soit jamais drôle, au contraire : la distance entre l’humour supposé du boxeur et l’image d’autodestruction qui est livrée par le film fait souffler un vent d’angoisse sur Raging Bull.
Avec Robert De Niro, Cathy Moriarty

The Boxer (Jim Sheridan)
Irlande & Royaume-Uni, 1998

Les films de Jim Sheridan, réalisateur irlandais, ont deux constantes : les militants de l’Irlande du nord, qu’on trouve déjà dans son film Au nom du père, et l’acteur Daniel Day-Lewis. De nouveau, elles sont réunies dans The Boxer.
Ici, le réalisateur et scénariste ne s’intéresse pas à la lutte et à la naissance de la conscience politique comme il l’a fait par le passé. Il se concentre sur un personnage qui, jadis militant, est aujourd’hui un homme brisé. Désillusionné, il l’est car encore très jeune il semble avoir perdu sa force et sa détermination : condamné pour un crime dont il était innocent, il a passé plus d’une décennie en prison.
C’est quand il sort que nous le retrouvons, victime de son propre sacrifice, cassé. Il a perdu sa jeunesse, son temps, son ambition et la femme qu’il aime encore. A partir de là, la seule chose qui peut lui redonner vie est la boxe, bien qu’il ait perdu trop de temps en prison pour le sport. Sur le ring, dans cet espace qui se détache du monde, il va pouvoir s’animer de nouveau, sans toutefois tirer un trait sur les fantômes de Belfast.
Avec Daniel Day-Lewis, Emily Watson

Million Dollar Baby (Clint Eastwood)
Etats-Unis, 2005

Million Dollar Baby est le portrait d’une femme déterminée. Le propos du film, l’intérêt de l’intrigue qui y est développée est d’offrir cette image d’un personnage au caractère bien trempé, décidé dans ce qu’il fait, prêt à braver beaucoup d’obstacles pour parvenir à réaliser ses ambitions.
On l’a vu, cette détermination éblouissante qui pousse à avancer coûte que coûte, à lutter avant tout contre ce qui entrave la route de l’accomplissement de soi – sur quelque plan que ce soit – est souvent le fait de boxeur. L’originalité ici, la raison pour laquelle ce film n’est pas une énième répétition de ce motif est d’abord le fait d’avoir choisi un personnage de femme. Maggie Fitzgerald vient demander à Frankie Dunn, vieil entraîneur aigri et renfermé, de s’occuper de son entraînement. Elle essuie d’abord nombre de refus mais son fort caractère finit par faire plier le vieil homme. Ils commencent à s’entraîner en vue d’une compétition et petit à petit devienne presque complices.
Mais en fin de compte, bien que ce soit le portrait de cette femme qui tisse la toile de fond de Million Dollar Baby, ce personnage et cette intrigue vont permettre de projeter le film dans une autre sphère, plus strictement idéologique voire morale, bien au-delà des traditionnelles questions d’honneur. Pour le vieil homme délaissé par sa fille, la relation avec Maggie devient un moyen de se mouiller enfin, de prendre la vie à bras le corps, de prendre des décisions qui le sortent enfin de lui-même. Ayant pour scène principale un gymnase dont les murs sont tapissés de citations qui glorifient la volonté qui perdure face à toute épreuve, contre la défaite, Million Dollar Baby va finalement se poser, avec le personnage de Frankie Dunn, contre les conventions sociales, religieuses.
Avec Hilary Swank, Clint Eastwood, Morgan Freeman

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lilie-Rose
    Lilie-Rose, Le 15 septembre 2008 à 10h58

    les-bijoux-acidules;810012
    Je ne suis pas fan de ce genre de films en général, par contre j'ai eu un vrai coup de coeur pour Million Dollar Baby.
    A voir absolument!
    Je suis entièrement dac avec toi, car il n'y a pas que la violence du combat qui ressort, mais un film terriblement humain et émouvant.
    Bravo pour cet article chronologique et récapitulatif !:v:

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