Daratt (Mahamat Saleh Haroun)
Tchad, 2006
Apprenant que les criminels de guerre sont amnistiés, un homme charge son petit-fils de venger la mort de son propre fils. L’homme qui l’a tué est devenu boulanger et pour l’approcher, le jeune Atim se fait engager à son service. A partir de là s’amorce entre les deux hommes une danse silencieuse. L’un est intrigué, l’autre écrasé par le poids de sa mission ; les deux hommes parlent peu, s’observent. On sent couver le feu sous leurs actions les plus anodines ; pourtant à aucun moment Nassara le boulanger ne sait de qui le jeune homme qui travaille désormais pour lui est le fils.
Avec distance, la caméra observe ces deux hommes qui se forgent petit à petit un quotidien commun, fait de silences et de gestes accomplis ensemble. C’est grâce à cette distance qui laisse à la porte tout raisonnement psychologique que le film gagne en humanité : il montre uniquement des corps, des corps qui en peu de mots s’apprivoisent, se découvrent, exposent en fin de compte l’humanité qui les habitent. Au passé qui entravait l’existence d’Atim laisse place une nouvelle force : celle d’une relation naissante entre deux hommes qui, se côtoyant, découvrent en chacun d’eux une humanité qui pousse au pardon.
Avec Ali Bacha Barkai, Youssouf Djoro
Secret sunshine (Lee Chang-Dong)
Corée du sud, 2007
Secret Sunshine, film assez long sur la rédemption, est d’une subtilité assez surprenante. Subtil ce film l’est car, doucement (en plus de deux heures), il teste toutes les possibilités que possède une femme pour réagir face à un drame bouleversant. Secret sunshine est en ce sens d’abord un film test : le nombre de revirements est incroyable, la protagoniste passe d’une solution à l’autre pour régler son rapport à cet événement qui a changé sa vie… Le film, avec son personnage, essaye tous les possibles du monde.
Shin-ae, jeune veuve, s’installe dans une nouvelle ville après la mort de son mari. Mais très vite la vie déraye et son fils est enlevé, puis assassiné. Après un temps de paix, le film passe donc au drame : désespoir et pleurs évidents. Puis le personnage s’essaye, tente de remédier à son désespoir : par la religion notamment, l’union à la communauté. Secret sunshine essaie ainsi toutes les tonalités possibles : tantôt tragique, tantôt satirique, il ne tire jamais un trait sur l’une ou l’autre de ces voies.
Puis finalement, Shin-ae s’en tire comme elle peut, renonce, choque, retourne à son seul amour : l’humain et le terrestre. Au bout de tant de temps, sans qu’au fond il y ait eu de véritables temps morts, Secret sunshine renonce à l’oubli. Elle vivra avec son passé, avec sa douleur ; et c’est comme ça seulement qu’elle pourra continuer à le faire.
Avec Jeon Do-Yeon, Song Kang-Ho
Avant que j’oublie (Jacques Nolot)
France, 2007
Avant que j’oublie est le dernier film de la trilogie autobiographique de Jacques Nolot. Précédé par La chatte à deux têtes et L’arrière pays, ce film qui est sans aucun doute le plus beau film français de 2007 voire de ces dernières années met en quelque sorte un terme à ce travail de retour sur soi.
Jacques Nolot, ancien gigolo, disparaît ici derrière son personnage qui n’a de différent de lui que le nom : Pierre. Autrement, on peut dire sans trop d’hésitation qu’il s’agit d’un retour sur son propre passé. Avec le temps qui passe, la peur de la maladie et la mort de l’homme aimé, à mesure que grandit l’imminence de sa mort propre, surgit l’urgence de revenir sur ce qu’on a été et ce qu’on est devenu, sur son passé.
Avant que j’oublie est un film sublime. Touchant dans son traitement du souvenir, du passé, d’un amour aboli par la mort. Mais pas seulement : beau, il l’est avant tout dans le décalage qu’il opère entre gravité et humour, entre sérieux et légèreté. Le film s’ouvre sur une scène particulièrement difficile : Pierre, qui souffre, en proie à une insomnie, se tourne et se retourne dans son lit. Il se clôt sur une scène sublime qui, fascinante, fait éclater sur une symphonie de Mahler le silence du désespoir qui envahissait chaque pore du monde depuis plus d’une heure trente ; ceci sous les regards de ceux qui sont sans doute de véritables passants interloqués par une scène qui se tourne. Entre les deux, Pierre a parlé : du sexe, de la mort, du sida. Il en a parlé avec ses amis, en mettant à distance par l’humour tout ce qu’il y a de plus dur dans la vie de cet homme malade qui a vu ses amants mourir. Jamais le personnage ne semblait affecté car il gardait sur les choses le recul de l’humour ; et c’est dans cet écart qu’est né le poids du film. Lorsqu’il parle de sexe avec une telle crudité que la scène devient drôle et dure à la fois ; quand, devant le JT et une cuisse de poulet il prend pour la première fois son traitement. Avant que j’oublie est bouleversant. Un film extrêmement triste, mais qui sait garder ses distances jusqu’à l’éclatement final, où Pierre se tait, où c’est la musique qui parle et nous dit, en silence, le désespoir devenu anodin.
A présent, chaque fois que je passe devant l’Atlas Cinéma, je regarde dans le hall voir si Jacques Nolot n’est pas là , habillé en femme, fumant sa cigarette.
Avec Jacques Nolot
Valse avec Bachir (Ari Folman)
Israël, 2008
Difficile de parler de Valse avec Bachir, l’un des films les plus remarqués lors du dernier festival de Cannes, tant ce qui en ressort est un sentiment d’évidence.
Avec ce film d’animation, nous devenons spectateur d’une quête : celle d’Ari Folman, le réalisateur et scénariste de ce film autobiographique. Il s’agit pour lui de revenir sur son passé. Sous la forme d’un documentaire (notamment avec les interviews), il questionne en interrogeant ses amis ou anciens compagnons sa propre mémoire : où étais-je lors du massacre de Sabra et Chatila au Liban ?
Plongée dans la mémoire et dans les rêves de son réalisateurs, le film s’impose avant tout par le questionnement historique mais surtout intime qu’il développe. C’est là que repose la cohérence et la pertinence de l’entreprise d’Ari Folman, d’autant plus que le choix de l’animation lui permet, bien que faisant appel aux véritables voix des hommes interrogés, de pénétrer dans la dimension strictement personnelle et sans doute plus douloureuse de son histoire, avec ses zones d’ombre. Ceci jusqu’au décalage final, au passage aux images d’archives. Là où l’imagination partait de l’animation, le spectateur retombe sur terre ce qui, loin de se poser banalement comme dénonciation, fait retomber avec lui le réalisateur hors de sa propre mémoire vers ce dont, sans doute, il n’osera jamais se souvenir.











Le 06/08/2008 Ã 10h06
Je trouve le thème de la sélection très intéressant et tu m'as donné super envie de voir Avant que j'oublie (dont je n'avais jamais entendu parler).Le 06/08/2008 à 11h11
Comme toujours, je suis méga fan des articles de miss ter. J'ai vu certains films de la sélection, mais là ça me donne très envie de tout voir.Le 06/08/2008 à 12h10
Han ouais, ça m'a donné également envie d'en voir quelques uns, tiens.Le 06/08/2008 à 13h47
J'ai lu trop vite et je croyais que c'était un article sur Memento de Christopher Nolan :rolleyes:. Tant pis, l'article a quand même l'air génial. Pas le temps de le lire. Je le ferai ce soir. (la sélection a l'air très intéressante).Le 06/08/2008 à 15h03
Je lis ça ce soir tranquillement aussi. Ca va me donner des idées je sensLe 06/08/2008 à 18h38
J'en ai vu aussi quelques-uns, ça me donne envie de voir les autres (notamment Valse avec Bachir que je n'ai toujours pas vu!).Le thème me fait penser à un film que je regardais tout le temps petite : Groundhog Day (un jour sans fin) avec Bill Murray, où il ne cesse de recommencer sa journée.
Le 20/08/2008 Ã 19h08
N'hésitez pas à venir discuter ensuite si vous avez vu un ou deux films! et merci pour vos commentaires!