Les clefs de la maison (Gianni Amelio)
Italie, 2004
Dans Les clefs de la maison, le personnage d’idiot est malade, c’est un autiste. A la différence d’autres films du genre, l’acteur qui interprète le personnage de Paolo, le petit garçon autiste, est lui aussi réellement malade. En ce sens ce film italien est plus difficile que d’autres, on est à cent lieues de la situation d’un film comme Rain Man. Ici, il ne s’agit pas d’aller flamber à Las Vegas, le propos est ailleurs et plus dur.
Pourtant, l’idée est la même : placer l’idiot, en quelque sorte, au contact d’un personnage un peu froid, qui manque de sensibilité en tout cas, et par là révéler en lui ce qu’il faut d’humanité. L’intrigue est la suivante : Paolo est un autiste dont la mère est morte et dont le père ne s’est jamais occupé. Il a vécu après cette mort avec son oncle et sa tante ; mais il doit voyager jusqu’en Allemagne pour se rendre dans une institution spécialisée. Et cette fois-ci c’est son père, pour la première fois, qui va l’accompagner…
Il n’y a donc pas dans Les clefs de la maison l’habituel filtre qui édulcore la plupart du temps la tension de ce type de situations en faisant appel à un acteur qui se plonge dans la peau du personnage malade. Il reste bien sûr pour le spectateur le filtre de l’écran. Mais ce que transmet bien ce film, c’est la difficulté pour un père de s’ouvrir à cette relation qu’il a toujours cherché à éviter, avec toute l’angoisse que cela implique. Bref, le propos des Clefs de la maison est tourné vers la sensibilité et le sentiment, et le résultat est en effet assez émouvant.
Avec Kim Rossi Stuart, Charlotte Rampling, Andrea Rossi
The Assassination of Richard Nixon (Niels Mueller)
Etats-Unis, 2004
Sans doute remarqué en 2002 dans le dégoulinant Sam, je suis Sam, Sean Penn remet ça deux ans plus tard avec Niels Mueller, grand inconnu dont c’est le premier film en tant que réalisateur, The Assassination of Richard Nixon. Cette fois-ci, il n’est plus autiste mais tout aussi idiot. Un naïf, plus précisément, un de ceux qu’on pourrait appeler un cœur pur qui, face au mal qui l’entoure, ne sait pas tout à fait réagir avec mesure.
Tel est le parti pris de ce film dont le point de départ est inspiré d’un fait dit réel : une tentative d’assassinat, disons plutôt d’approche avec intention d’assassiner. Pas n’importe qui : Richard Nixon, président des Etats-Unis, ceci peu avant qu’éclate le scandale du Watergate.
Ce point, cette idée de concentrer le film sur ce projet d’assassinat, n’est qu’un prétexte. Prétexte pour un portrait. Bien sûr c’est le titre du film : cet assassinat est tout le temps qu’il dure en ligne de mire, c’est le point d’arrivée de tous les événements qui y ont lieu. Mais à un autre niveau, on comprend que la dimension factuelle de ce projet a peu d’intérêt, qu’elle n’est qu’un prétexte au développement auquel on assiste. The Assassination of Richard Nixon est une histoire bien plus personnelle, bien plus intime, autour de cet homme rongé par l’hypocrisie du monde qui l’entoure. Et surtout, par sa difficulté, sa faiblesse même a vivre avec ses propres mensonges et ses propres erreurs. Cette faiblesse, cette naïveté est douloureuse et en ce sens ce film est émouvant, son personnage surtout. L’idiot ici se pose avec sensibilité contre un monde qui n’en a plus ; et dont ce président, menteur entre les menteurs, est le symbole le plus fort. Le détruire, ce serait rendre à son petit monde un peu d’honnêteté et de pureté.
Avec Sean Penn, Naomi Watts, Don Cheadle
Charly (Isild Le Besco)
France, 2007
Le début du premier long-métrage d’Isild Le Besco ne laisse rien présager de bon quant à la suite du film. On suit un adolescent interprété par le frère de la jeune actrice et réalisatrice, Nicolas, qui s’échappe de sa famille d’accueil pour fuguer à Belle-Ile-en-Mer, ceci après en avoir vu un paysage sur une carte postale. Là-bas, rien de spécial, il pleut et il fait gris, on s’ennuie un peu.
Mais paf ! un nouveau personnage arrive et change la donne, offre au film une nouvelle perspective qui est, on peut le dire, la seule chose qu’il ait d’intéressant. Mais ce n’est pas rien, c’est spontané et beau, bouleversant même. C’est le personnage de Charly, interprété par la très bonne Julie-Marie Parmentier. Charly est une jeune fille qui semble être hors du monde. Elle vit dans une caravane, elle se prostitue pour un mac qu’on ne voit que de loin et qui vient la chercher tous les matins. Charly ne se plaint jamais, elle vit là, comme s’il le fallait, comme si elle y était obligée, comme s’il n’y avait rien à redire à cette misère et cette détresse.
Ce qui est beau dans cette histoire, c’est la spontanéité du personnage éponyme. Dès son apparition à l’écran, Charly frappe par la façon dont elle parle, par la franchise, la spontanéité un peu folle dont font preuve ses propos, l’immense liberté qui coule de son comportement, de ses gestes, et surtout de ses mots. Ce qu’on entend dans la parole de ce personnage, c’est une idiotie sans doute, mais qui n’a rien de négatif. Au contraire, elle est belle cette franchise et Charly avec elle, qui se donne telle quelle à un inconnu, qui l’invite et lui offre le peu qu’elle a. Charly impudique, trop organisée, mais qui fait don de soi comme personne d’autre. Cette idiotie une fois de plus va contre le monde qu’on connaît, son hypocrisie et sa mesquinerie. C’est une idiotie qui se coupe de la société dans une petite caravane perdue en plein champ. C’est le refuge d’un adolescent qui a mal et trouve auprès de ce personnage une chaleur qu’il n’a jamais pu connaître jusque là. Quand Charly enfin se donne pleinement, s’offre charnellement au jeune garçon, c’en est fini du film. C’est que sans doute par là cette belle idiote qui l’a grandi.
Avec Julie-Marie Parmentier, Kolia Litscher, Jeanne Mauborgne
Garage (Lenny Abrahamson)
Royaume-Uni, 2008
Le personnage de Garage est à proprement parler l’idiot du village, l’idiot d’un petit village ayant suffisamment de cœur pour avoir pitié de lui et lui avoir laissé le rôle de s’occuper d’une petite station service où il y a peu d’activité. Josie reste le plus souvent assis sur une chaise et regarde le morne paysage qui s’offre à lui, dégustant ses bières, le sourire aux lèvres. Josie l’idiot est content comme ça, relativement peu conscient des moqueries qui l’entourent quand il se déplace dans le centre faire quelques achats ou passe une soirée au bar où il devient la risée de tout le village. Josie vit bien comme ça, tranquille, on dirait presque imbécile heureux. Etre isolé, Josie s’en fout, il ne s’en aperçoit pas. Il y a ce cheval qu’il a rencontré sur la route, ces jeunes qui se biturent et qu’il rejoint de temps en temps, ce camionneur qui passe et lui prête ses pornos.
L’idiotie de Josie, c’est celle de l’inconscience. Le mal et les mauvaises intentions qui l’entourent, Josie ne les saisit pas. Et ceci est rapporté sans douceur, sans qu’on plonge dans son monde ou son intériorité. Le regard de Garage est froid et neutre, il plonge dans la petite station service comme avec détachement. Pour le spectateur, c’est dans l’écart entre le comportement des différents personnages, entre la cruauté des villageois et la bonne candeur de Josie que réside le caractère bouleversant du film.
Garage ne s’arrête pas là, il y a cet élément perturbateur, ce grain qui vient bloquer le mécanisme. C’est ce jeune garçon qui se voit obligé de venir travailler ou plutôt buller à la station service avec lui. Spontané, Josie cherche l’amitié du garçon, le contact, la chaleur. Mais son idiotie tendre et franche va se heurter à une société hypocrite qu’on ne voit même pas, qu’on n’entend que par des voix rapportées, mais qui guette toujours la moindre manifestation spontanée pour la détruire, jusqu’à ce qu’elle se sacrifie.
Avec Pat Shortt, Anne-Marie Duff











Le 02/12/2008 Ã 13h12
Pourquoi I am Sam n'est-il pas représenté dans la sélection? J'ai bien aimé le film,sérieusement.Ensuite,Zoolander est en lui-même un film idiot,c'est limite kitsch.
Et c'est vrai que Rain Man vient spontanément à nos bouches en entendant les mots "films" et "idiot".:biggrin:
Bonne sélection,miss-ter! :up:
Le 02/12/2008 Ã 17h03
Bonne idée de sélection que celle-ci !Rain man : évidemment ; mais tu m'as aussi donné envie de revoir Muriel ! Merci :up:
Le 02/12/2008 Ã 18h02
Je ne sais pas si ça rentre dans ta définition de l'idiot au cinéma, mais moi j'ai de suite pensé à certains personnages de Vol au dessus d'un nid de coucous.Le 02/12/2008 à 18h04
Moi je pense tout de suite à Forest Gump.J'aime beaucoup Rain Man et j'aimerais voir Muriel.
Le 02/12/2008 Ã 18h51
Moi j'avais pensé a Forrest gump et Darling, deux incontournables du genre...Le 02/12/2008 à 19h49
Très bonne critique pour "Des fleurs pour Algernon", c'est un des plus beaux romans que j'ai lu.Le 04/12/2008 à 15h17
Reika : I am Sam, j'y ai pensé bien sûr, je l'ai évoqué deux fois d'ailleurs, et ça me semble suffisant! Je pense que c'est un film larmoyant et surtout très vain, trop peu réaliste et qui se ramène avec ses gros sabots pour te donner une leçon d'amour... Il y a déjà beaucoup de films américains, déjà un film avec Sean Penn même donc quitte à choisir, j'ai préféré en garder un avec un peu plus de sensibilité!Est-ce que vous en connaissez d'autres, sinon, à part ceux que vous avez déjà cités? Je sais qu'il y a Andreï Roublev et Nostalghia de Tarkovski mais j'les ai pas encore vus :/