Claire Dolan (Lodge Kerrigan)
Etats-Unis, 1998
Claire Dolan est seule mais enchaînée : soumise au bon vouloir de son mac, dont elle est dépendante pour des raisons qui semblent la dépasser largement, elle ne peut s’échapper. C’est pourtant ce qu’elle tente de faire en quittant New York pour Chicago, pensant parvenir à refaire sa vie avec un nouveau métier, avec un homme qu’elle choisit presque au hasard dans un bar.
A l’image du dernier film de Lodge Kerrigan, Keane, Claire Dolan s’enroule autour de son personnage comme autour d’un corps étranger et froid, sans jamais pénétrer son monde, encore moins sa psychologie. Le parti pris de la mise en scène est l’austérité, due en l’occurrence à la situation pénible de Claire Dolan et son impassibilité apparente, mais aussi à un hermétisme du personnage. C’est lui qui permet que le film ne soit jamais larmoyant, loin de là, sans pourtant perdre sa dimension humaine. On la retrouve à la fin du film lorsque les intentions de Claire Dolan nous apparaissent clairement, dans les faits, et qu’on s’aperçoit qu’elle nous avait bernés en même temps que les autres personnages. Elle semblait prisonnière, mais c’est en elle-même finalement qu’elle a puisé le pouvoir de se libérer.
Avec Katrin Cartlidge, Vincent D’Onofrio
Transe (Teresa Villaverde)
Portugal, 2006
Une jeune russe, quittant son pays, se retrouve prisonnière d’un réseau de prostitution. A partir de là, Transe se développe toujours un peu plus sur un mode onirique : en même temps que son personnage perd contact avec elle-même, entraînée par ceux qui l’exploitent, le film plonge dans un univers qui semble être hors du monde. Et cependant il est sans cesse rappelé que ce monde qui a l’air sorti de nulle part, ce monde si difficile dans lequel cette jeune femme, dont on a littéralement volé le corps, devient étrangère à elle-même, est bien le notre.
La transe n’est pas le point de départ, pas plus qu’elle n’est une transe positive, liée à une quelconque jouissance. C’est tout un monde qui entre en transe quand Sonia disparaît, qu’elle n’est plus qu’un corps dégradé, à la merci de ses bourreaux. Ce monde qui semble si étrange à l’écran, un monde où folie et douleur se mêlent dans une noirceur indélébile.
Avec Ana Moreira
Julia (Erick Zonca)
Etats-Unis & France, 2008
Julia est au début du film une femme dure. Complètement soumise à l’alcool, elle refuse de suivre une thérapie comme le lui conseille celui qui semble être son seul ami. Si toutefois quelqu’un d’aussi froid accepte d’avoir un ami. Puis elle rencontre une jeune femme désemparée qui lui demande d’enlever son fils dont on lui a refusé la garde. A partir du moment où Julia accepte commence un road movie qui se détache toujours un peu plus du point de départ du film. Ceci à tel point qu’à l’arrivée, il semble qu’on soit dans un film différent : en même temps que Julia et le petit garçon franchissaient la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, le film a fait franchir au personnage sa propre frontière.
C’est en effet dans le désert entre les deux pays que Julia, effrayée, regarde pour la première fois le petit garçon comme tel, et non plus comme celui qui va lui permettre de gagner de l’argent. C’est pourquoi en fin de compte, le chemin de Julia est celui d’une femme vers la maternité, bien que ce soit presque une maternité par procuration. Ce n’est pas un hasard, en fait, si Julia a été la seule à prendre au sérieux les plaintes de la mère de l’enfant. Sans doute y répond en elle un manque ; de sorte que le film se dessine comme un chemin pour cette femme qui, naissant en quelque sorte en tant que mère finit, maître d’elle-même, par s’accepter.
Avec Tilda Swinton











Le 13/05/2008 Ã 17h37
Trop bonne sélection, encore une fois!Sur le même thème, Une autre femme de Woody Allen (avec Gena Rowlands), sur une femme d'une cinquantaine d'année qui commence à se poser pas mal de questions sur les choix qu'elle a pu faire, etc, m'a beaucoup touchée!
Quand Bergman fait des portraits de femmes c'est assez splendide et boulversant aussi en général, je pense surtout à Persona et à Cris et Chuchotements, parce que même si le personnage titre de Monika est splendide, je ne sais pas si on peut dire que le film en est un portrait. Mais les deux premiers sont très forts!
Le 13/05/2008 Ã 19h35
Je crois bien n'en avoir vu aucun... Merci pour cet article, en tout cas, ça donne envie de découvrir tout ça !