À court d’argent, S. se prostitue depuis quelque temps pour rembourser ses dettes. Loin des clichés qu’on se fait de la prostitution, S. vous raconte comment elle vit cette situation.
Publié initialement le 19 octobre 2011
Oubliez vos préjugés concernant celles qui vendent leurs charmes, nous ne sommes pas toutes habillées à la Julia Roberts dans Pretty Woman, pas de bas résille, de cuir ou de perruque en ce qui me concerne. Si vous me croisiez dans la rue vous ne pourriez savoir ce que je fais parfois pendant mon temps libre. Je m’habille de façon normale, j’ai la main légère sur le maquillage. Et pourtant je couche avec des hommes pour de l’argent. Ça n’a jamais été ma vocation soyons d’accord, et même maintenant je ne raffole pas de ça. Comment en suis-je arrivée là alors me demanderez-vous ? En désespoir de cause.
Comment j’en suis arrivée là
Après avoir quitté la maison de mes parents pour m’installer en région parisienne, j’ai dû me rendre à l’évidence, ce n’était pas facile d’être indépendante. Les factures s’accumulaient, les rentrées d’argent étaient plus que rares, et les lettres de ma banque s’empilaient. Je n’osais même plus relever le courrier de peur d’en trouver d’autres dans la boîte aux lettres. Mes études ne me permettant pas d’avoir un travail, ma bourse était ce qui me permettait de survivre. Étant brouillée avec ma famille je ne pouvais compter que sur moi-même et je m’étais rendue à l’évidence : ça ne marchait pas.
Un jour, alors que je me promenais sur un site bien connu pour ses annonces en tout genre, je suis tombée sur celle d’un homme qui proposait de manière fort subtile « d’aider » une étudiante en échange de moments câlins. J’avais appris la veille que j’étais désormais interdit bancaire. J’ai répondu, nous avons organisé une rencontre trois jours plus tard dans un café. Le jour J j’ai bien failli tout annuler. J’étais plus angoissée que jamais, je me disais que si j’y allais je franchirais pour de bon le point de non retour. Un coup d’œil sur mon compte en banque et je me préparais pour le rendez-vous le plus stressant de ma vie. Ne sachant pas trop quel style adopter, je me suis contentée d’une jolie robe assez chic, de talons et d’un peu de maquillage.

Premier contact
Je tremblais, et fumais comme un pompier. Je l’ai tout de suite reconnu en arrivant, même si nous n’avions échangé aucune photo. Il avait juste l’air timide et un peu méfiant que j’aurais sûrement eu si j’avais été à sa place. Je vous passe les détails, nous avons eu un bon contact. Il m’a demandé si j’étais libre le lendemain pour qu’il me rejoigne chez moi. J’ai inspiré un bon coup et j’ai dit oui. C’est comme ça que tout a commencé. Contrairement à ce que je croyais, Charles n’était pas un pervers aux fantasmes inavouables. C’était simplement un avocat prospère amoureux de son travail qui n’avait ni le temps ni l’envie de trouver quelqu’un. Il m’a souvent dit qu’au lieu d’aller dans un bar et de draguer une femme en lui payant verre sur verre dans l’espoir de finir la soirée au lit, il préférait de loin aider une demoiselle dans le besoin.
Notre « première fois » s’est bien passée, malgré mon appréhension. Il ne m’a rien demandé de bizarre, il ne m’a pas traité comme une pute. Nous avons parlé avant et après, je lui ai proposé quelque chose à boire et à manger, comme je l’aurais fait avec un véritable copain. La seule différence c’est qu’à la fin il a sorti son portefeuille et a déposé quelques billets sur ma table de nuit. Il m’a embrassée tendrement et m’a dit à bientôt. Une fois la porte fermée je me suis précipitée sous la douche pour tout effacer, je me sentais sale. Ce soir là je me suis regardée dans le miroir et je me suis mise à pleurer, comment avais-je pu tomber aussi bas ? Et puis j’ai pensé à cette pile d’argent que je devais à ma banque et à des amis. Sur ma table de nuit reposaient plusieurs centaines d’euros.
De fil en aiguille…
Nous nous sommes vus une fois toutes les deux semaines pendant un an et demi. Entre temps j’ai élargi ma « clientèle » avec un médecin et un chef d’entreprise. Tout comme avec Charles, nous nous sommes vus en terrain neutre avant de convenir d’un rendez-vous. En quelques mois j’ai remboursé mes dettes et mis de l’argent de côté.
Au fil du temps mon appréhension s’est peu à peu estompée. Ne restait qu’une certaine déception pour ne pas dire dégoût de moi-même. J’étais le genre de fille qui avait attendu patiemment la « bonne personne » pour perdre ma virginité, celle qui se sentait incapable de coucher avec quelqu’un juste pour une nuit. Et pourtant j’étais devenue une prostituée. Aucun de mes « clients » ne m’a jamais appelé ainsi, ils m’ont toujours traitée avec déférence, c’est d’ailleurs pourquoi j’ai autant de mal à les qualifier de « clients ». Si le passage à l’acte est toujours un peu difficile pour moi, j’apprécie néanmoins nos conversations. Aucun d’entre eux n’est marié, bien que je ne puisse en être parfaitement sûre j’en conviens, alors ils me parlent de leur travail, de leurs passions, de leur avenir.
J’ai parfois l’impression d’être leur thérapeute, parfois leur amie. Nous ne passons pas notre temps au lit, loin de là. Ils m’emmènent au cinéma, au restaurant, faire du shopping et je suis même partie en voyage avec l’un d’eux en juillet. Il arrive que parfois un de ces hommes me demande quelque chose qui me déconcerte un peu. Cependant je les connais assez bien pour pouvoir me permettre soit de refuser, soit d’en parler ouvertement. Je n’ai évidemment eu aucune relation depuis ma rencontre avec Charles. Je ne souhaite faire de mal à personne et déteste l’infidélité. Pour le moment ça ne me manque pas, j’ai ce qu’il me faut en matière de tendresse et d’affection, malgré ce qu’on pourrait croire.
Je n’essaye pas de faire l’apologie de la prostitution, je ne suis pas fière de ce que je fais, c’est d’ailleurs pourquoi personne dans mon entourage n’est au courant. Certaines personnes pensent qu’on a toujours le choix, et c’est peut-être vrai, mais lorsque je me suis mise à faire ça, à donner mon corps à de quasi-inconnus pour de l’argent, ça m’a semblé être la seule solution.
Je ne souhaite pas débattre de ce genre de pratiques, je ne l’ai jamais fait et ne souhaite pas commencer. Ce qui est sûr c’est que je serais bien la dernière à juger les personnes qui ont recours au commerce du sexe. On fait ce qu’on peut pour vivre. Beaucoup me diront qu’elles ne s’abaisseraient jamais à descendre aussi bas, et j’espère bien pour elles qu’elles n’auront en effet jamais à le faire. Mais quand je vois le taux de chômage en France, la progression du seuil de pauvreté, tous ces étudiants qui doivent batailler pour ne pas être trop dans le rouge à la fin du mois ainsi que tous les autres qui galèrent, je me dis que finalement on n’est jamais sûr de rien.
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Mise à jour par Sophie-Pierre Pernaut, le 7 septembre 2012
En publiant cet article, nous voulions sauter sur l’occasion de présenter la prostitution d’un avis on ne peut plus subjectif : celui d’une étudiante qui se fait payer pour avoir des relations sexuelles dans le but de payer ses études. Nous avions la chance d’avoir un témoignage à la fois profond, fluide et sans pathos qui permet de décrire un métier loin des clichés à la sauce 90 minutes enquêtes ou Enquête Exclusive.
À la suite de sa publication, ce témoignage a vivement fait réagir et on compte à ce jour 297 commentaires sous cet article. Mais il a surtout amené à un débat très enrichissant, que je vais essayer de résumer dans cette synthèse.
Se prostituer : une option de facilité ?
À la lecture de ce témoignage, certaines lectrices ont eu l’impression que son auteure essayait de décrire la prostitution de manière détendue, comme si à trop vouloir sortir des clichés, elle présentait son job comme quelque chose de léger et de facile :
“Ça [la prostitution] apparait à mon avis un peu trop comme la solution de facilité. J’ai envie de demander à cette demoiselle si elle n’aurait pas pu essayer un autre job. Serveuse, équipière chez McDo, vendeuse, ouvrière à l’usine, un autre travail, quoi. Il y’a toujours une solution, et ça parait presque normal pour elle d’avoir un jour décidé de se prostituer. [...] J’ai le sentiment qu’en lisant ce témoignage, des jeunes femmes pourraient se dire « tiens, si moi non plus je n’ai pas d’argent, je vais faire ça, ça a l’air cool, on va au cinéma et on fait du shopping ». Oui bah non. Il ne faut pas que ça soit aussi facile de vendre son corps, il ne faut pas croire que c’est aussi sympa, aussi « friendly » d’être payée en échange de rapports sexuels. S. a eu de la chance, mais combien d’étudiantes à sa place sont tombées, elles, sur des salauds complets, sur des hommes dépourvus de respect qui voulaient seulement tirer leur coup ? Pourquoi est-ce qu’on ne leur demande pas leur avis, à elles ? Pourquoi est-ce qu’on ne leur demande pas si elles le vivent aussi bien, d’être prostituées et étudiantes à la fois ? J’ai tendance à parier que leur discours ne serait pas tout à fait le même.”
Mais d’autres lectrices ont tenu à rappeler que l’auteure du témoignage ne s’est pas un jour dit “je préfère être payée pour avoir des relations plutôt que faire des frites chez McDo” : elle n’avait pas réellement eu le choix – ou elle n’a pas eu l’impression de l’avoir et s’est sentie dans une impasse quand elle s’est retrouvée en interdit bancaire, en rupture avec sa famille, avec un loyer à payer en région parisienne et un projet de vie qui nécessitait qu’elle continue ses études :
“Comme l’a dit l’auteure de l’article, ses études ne lui laissaient pas le temps d’avoir un boulot à côté, c’est bien pour cela qu’elle s’est retrouvée dans cette situation…”
Cependant, une autre madmoiZelle, qui a elle aussi connu de gros déboires financiers, a tenu à émettre une interrogation :
“Pour m’être retrouvée dans une très grande précarité au moment de mes études supérieures, j’ai du mal avec l’argument des études qui ne laissent pas le temps de travailler. Je ne connais pas d’études qui ne te laissent aucun jour de libre dans la semaine. En ce qui me concerne, je travaillais 10h non stop tous les samedis à côté des cours. C’est pas le paradis, et c’est dur de gérer les devoirs à rendre etc. mais c’est faisable, et il me semble que beaucoup le font.
J’ai donc (sur)vécu avec l’argent de ce job, ma bourse et un petit prêt étudiant pris auprès de ma banque puisque, comme la madmoiZelle, j’étais en rupture familiale. Le tout en vivant à Paris, ville la plus chère de France. Alors oui, c’est très dur : souvent on galère à manger, à payer son loyer, à payer son transport… Mais c’est faisable, et encore une fois, beaucoup de jeunes le font et y survivent.”
Précarité > prostitution ?
Et c’est là que l’on comprend toute la subjectivité de la chose : nous ne sommes pas à égalité face à la prostitution. Certains préféreront galérer pendant de longues années d’études plutôt que d’avoir l’impression de vendre leur corps, et pour d’autres, ce sera l’inverse. Ces derniers réussissent à surpasser la honte, l’impression d’être sale, le côté dégradant de la prostitution. Pour beaucoup, cela ne veut pas dire que ces sentiments n’existent pas, bien sûr ; c’est juste que l’envie de se sortir de la précarité est, pour eux, plus forte. Cette différence dans le traitement de la prostitution est d’ailleurs parfaitement résumée par le commentaire de cette lectrice, répondant justement à la précédente :
“Je n’ai pas vécu cette situation, mais j’imagine que pour certaines personnes, il est plus difficile de vivre dans la précarité que de se prostituer.
Nous avons tous des sensibilités différentes, et certains ne « supporteront » pas cette vie que tu évoque, mais pourront « passer outre » la prostitution.”
L’auteure du témoignage ne trouve pas son métier “cool” ou largement envisageable. Elle ne le conseille pas. Elle conclut d’ailleurs son texte par ces quelques phrases :
“Beaucoup me diront qu’elles ne s’abaisseraient jamais à descendre aussi bas, et j’espère bien pour elles qu’elles n’auront en effet jamais à le faire. Mais quand je vois le taux de chômage en France, la progression du seuil de pauvreté, tous ces étudiants qui doivent batailler pour ne pas être trop dans le rouge à la fin du mois ainsi que tous les autres qui galèrent, je me dis que finalement on n’est jamais sûr de rien.”
Ce qui ne l’empêche pas de se rendre compte de la chance qu’elle a dans son “malheur” comme le résume cette lectrice :
“Même si la démarche initiale de ces hommes est détestable, ils la traitent manifestement avec un minimum de respect et ce ne sont pas de gros pervers tordus. Je trouve ça bien aussi qu’entre eux ça ne se résume pas juste à l’acte, tiens voilà ton fric et basta. Ils ont plus de considération que ça envers elle.
Donc au final, même si la demoiselle n’est pas fière de ce qu’elle fait, je trouve qu’elle peut tout de même être fière de ne pas être tombée dans une situation bien pire encore.”
Oui, on peut le dire en plissant les yeux : la lectrice qui nous a fait cadeau de ce témoignage a “beaucoup de chance” dans son “malheur” si on compare sa situation à celle de bon nombre de prostituées. Elle est à son compte, ce qui est rare. Elle choisit ses clients, les rencontre avant de passer à l’acte, ce qui est rare aussi. Des clients la traitent avec respect. Dans son témoignage, elle laisse entendre qu’elle aurait préféré ne pas avoir besoin de recourir à la prostitution, mais elle assume de l’avoir fait et essaie de vivre son job de la manière la plus sereine possible… Mais il ne faut pas oublier que la prostitution est un métier dangereux, et qu’il n’est pas à prendre à la légère. S. a “eu de la chance”, mais c’est rarement aussi détendu, comme l’a rappelé cette lectrice :
“Cependant je voudrais souligner un point primordial de la prostitution chez les étudiantes, ça reste tout de même très dangereux et on ne le dit pas assez il me semble ici. En effet si S. a eu la chance de tomber sur des hommes doux qui cherchaient uniquement à combler un manque d’affection, que se passera-t-il le jour où elle sera confronter à quelqu’un de réellement mal intentionné ?”
Mauvaise rencontre, risque de se faire entraîner dans un réseau, possibilité de se faire violenter… Se prostituer n’est pas quelque chose d’anecdotique. Ce n’est pas un métier comme un autre. Comme dit plus haut, , mais une chose est sûre : la prostitution n’est pas à prendre à la légère. Si la prostitution fait autant débat, dans les commentaires sous cet article comme dans la vie, c’est bel et bien pour une raison : nous n’avons pas toutes la même façon d’envisager la prostitution, nous n’avons pas toutes le même rapport au corps et à l’idée du respect de soi.







Le 22 août 2012 à 17:57
L'illustratrice avait posté un message à ce sujet, elle avait décidé de mettre en valeur la "douceur" de la relation entre S. et ses clients il me semble.
Le 22 août 2012 à 20:58
@sabrinalafraise: Je trouve aussi tes réactions un peu excessives compte tenu du fait que tu n'as pas vécu la prostitution de l'intérieur. Après paraît-il que tu as posté d'autres trucs à ce sujet ailleurs sur le forum mais je n'ai pas envie de fouiller. Et désolé mais tes pavés sont indigestes et ne donnent pas du tout envie de lire. Première phrase: je ne juge pas MAIS(………) euh franchement…Quand aux raccourcis ''prostitution = domination masculine'' c'est tristement simpliste et fait passer les femmes qui assument le fait de se prostituer pour des sous-merdes, ce qui est vraiment naze.
Je tiens à remercier l'auteur de cet article, même s'il date un chouia, car je me suis reconnue dans ce qu'elle racontait. Je n'ai pas eu exactement la même expérience, car je ne l'ai fait qu'une fois, mais ce qui m'a plus c'est le récit loin du cliché habituel qui dépeint les hommes qui fréquentent des prostituées comme de gros pervers frénétiques. J'ai conversé par mail avec plusieurs hommes avant de faire mon choix, et oui, ça m'a surprise qu'ils soient des gens normaux, un peu flippés, et seuls surtout.
Donc merci de nous avoir montré cette dimension différente de la prostitution, je ne doute pas que des personnes se fassent exploiter ou souffrent énormément de ne pouvoir faire autre chose car elles sont dans le besoin, mais pour moi c'est hors de propos de se baser là dessus pour dénigrer le plus vieux métier du monde.
Le 23 août 2012 à 01:30
Ce témoignage me laisse perplexe, parce que je n'arrive pas à savoir si j'en tire une opinion négative ou positive. Peut-être un peu des deux.Positive, parce que ça montre bien, ça prouve, que la prostitution, ça peut être un métier comme un autre, un gagne-pain, qu'on peut faire fièrement, ou du moins, dignement, sans perdre son identité, son caractère, sa fierté, sans se rabaisser à des actes vils et rabaissants. Vraiment, c'est rassurant, et ça chance un peu l'angle de vue qu'on peut avoir, nous filles-qui-n'avons-pas-besoin-de-nous-prostituer-pour-vivre. Ca me fait me sentir respectueuse envers S. et envers toutes les femmes qui ont du procéder de la même façon, pour se nourrir, pour étudier, pour aider leur famille, pour élever leur enfant, pour gagner un argent indispensable et parfaitement impossible à gagner autrement -bon, ça… C'est une autre histoire. La prostitution, ce n'est bien sur pas seulement les maquereaux, les nanas qu'on rend accro à la drogue pour les avoir à la botte et en faire ce qu'on veut, c'est aussi un métier honorable qui ne consiste pas seulement à se faire prendre dans les positions les plus dégradantes par de gros porcs.
C'est aussi un travail d'écoute, de réconfort, envers des gens seuls, tristes, incompris, qui n'ont pas le temps, pas l'envie, pas la possibilité de courtiser une femme, de fonder une famille, mais qui ont besoin de parler, d'être écoutés par une oreille attentive capable de leur faire oublier qu'ils sont seuls, et qu'ils devront payer à la fin de l'heure. S. a eu de la chance, elle est tombée sur des clients respectueux, qui l'invitaient au restaurant, au cinéma, qui lui parlaient, l'écoutaient, peut-être, et étaient des amis pour elle, à la seule différence que c'était une amitié rémunérée et assaisonnée de sexe. Soit.
Cela dit, c'est bien plus facile pour tout le monde de penser que la prostitution, c'est forcément parce qu'on se force, parce qu'on est menacée, et parce qu'on n'a pas le choix pour s'en sortir. Cette idée puritaine qui veut que les femmes de joie soient avant tout des victimes persiste aujourd'hui encore, alors même que des prostituées, on en voit partout (sérieusement, les potiches dans les clips de rap, c'est quoi selon vous ?)
Mais c'est négatif parce que ça apparait à mon avis un peu trop comme la solution de facilité. J'ai envie de demander à cette demoiselle si elle n'aurait pas pu essayer un autre job. Serveuse, équipière chez McDo, vendeuse, ouvrière à l'usine, un autre travail, quoi. Il y'a toujours une solution, et ça parait presque normal pour elle d'avoir un jour décidé de se prostituer. C'est courageux, mais un peu lâche en même temps (ce n'est pas péjoratif, ce que je dis, ni insultant, j'essaie juste de mettre des mots sur ce que je ressens). J'ai le sentiment qu'en lisant ce témoignage, des jeunes femmes pourraient se dire "tiens, si moi non plus je n'ai pas d'argent, je vais faire ça, ça a l'air cool, on va au cinéma et on fait du shopping". Oui bah non. Il ne faut pas que ça soit aussi facile de vendre son corps, il ne faut pas croire que c'est aussi sympa, aussi "friendly" d'être payée en échange de rapports sexuels. S. A eu de la chance, mais combien d'étudiantes à sa place sont tombées, elles, sur des salauds complets, sur des hommes dépourvus de respect qui voulaient seulement tirer leur coup ? Pourquoi est-ce qu'on ne leur demande pas leur avis, à elles ? Pourquoi est-ce qu'on ne leur demande pas si elles le vivent aussi bien, d'être prostituées et étudiantes à la fois ? J'ai tendance à parier que leur discours ne serait pas tout à fait le même.
C'est sans doute ça, qui me gêne : la presque légèreté avec laquelle est racontée cette tranche de vie. Mais après tout, pourquoi pas ? Ca me parait plus honnête, plus courageux, que de dealer de la drogue, et c'est faire preuve d'un sacré culot -que personnellement je n'ai pas. Je souhaite à S. de réellement vivre heureuse, et de tourner un jour définitivement cette page, parce que l'amour, c'est mieux.
Le 25 août 2012 à 04:17
La question de la "facilité" a déjà été abordé de nombreuses fois dans les commentaires. Il y a une vingtaine de pages donc je vais résumer un peu ce qui a été dit : la situation de S. (interdit bancaire, factures qui s'accumulaient..) ne lui permettait pas de prendre n'importe quel boulot. Quand on est étudiant et qu'on tient à le rester on ne peut travailler qu'à mi-temps et dans ce cas là on gagne quoi ? 500€ ? Plus ou moins. Pas de quoi rembourser des dettes monstres, et encore moins de quoi vivre correctement.
De plus, tu pars ici du principe que travailler chez Mc Do ou à l'usine est mieux que de se prostituer. Pas pour tout le monde. Désolée mais pour moi avoir des horaires horribles, des patrons harassants, des conditions de travail épuisantes pour le corps et l'esprit n'est pas forcément mieux que de donner son corps. Je considère que c'est ce que chacun d'entre nous fait en travaillant d'ailleurs, on met son cerveau, ses mains, ou toute autre partie de nous au service de quelqu'un ou d'une entreprise pour un salaire.
Là il s'agit de sexe oui, mais je ne vois pas en quoi ce serait plus mal ou plus sale que le reste.
Le 25 août 2012 à 17:10
Pas taper mais, j'ai beau faire, les illus' de Timtisia j'adhère vraiment pas. Tout le monde l'adore sur Madmoizelle et je commente jamais la chose sur les autres articles parce que concrétement ca servirait à rien mais là avec cet article, que ce soit cette illus' ou l'ancienne, je trouve ca giga facile/simpliste. En y pensant je suis pas fan de Nepsie non plus…Bon maintenant j'entame la lecture des commentaires, l'article est vraiment interessant, ca ouvre une vision autre. Mais je comprends pas tellement le débat Métier horrible vs Métier pas si horrible, je pense que comme tout métier y'a différentes facons de le vivre, différentes expériences. Il y'a surement des prostituées qui se sentent moins oppressées dans leur job qu'un mec poussé à faire médecine par X ou Y.. @PinkyLemon a raison, il faudrait laisser la parole aux prostituées de façon beaucoup plus significative et éviter les écueils manichéens, c'est trop rapide et facile.
Le 26 août 2012 à 17:07
Tu as un peu ignoré une partie de ce que je disais sur l'aspect négatif, et retenu d'ailleurs uniquement l'aspect négatif de ma vision de la chose, donc c'est un peu facile. J'avoue que je n'ai pas lu la totalité de ce qui a été dit, mais je maintiens, que ça ne doit pas être une solution de facilité. Je sais que la demoiselle n'a pas eu le choix, que c'était pour elle la meilleure solution sur le moment, mais je trouve déplaisant la facilité avec laquelle elle en parle, et la désinvolture avec laquelle c'est fait. Pour elle, ça a été "facile" entre guillemets de vendre son corps, et ça te parait presque mieux que de travailler chez McDo, mais il faut accepter que pour d'autres, ça n'est pas le cas. Moi, je suis très pudique, et entre vendre mon corps et travailler à McDo et à l'usine, mon choix serait très vite fait. C'est une question de points de vue, d'éducation, peut-être, mais dans tous les cas, mon point de vue négatif sur ce point là n'enlève rien au courage dont a fait preuve cette jeune femme, et je ne dis nulle part qu'il est sale de vendre son corps, il ne faut pas déformer mes propos comme ça, et si je le sous entends, ou si tu l'as compris ainsi, c'est involontaire de ma part de faire passer un tel message. Je crois juste que c'était la solution pour cette jeune fille, mais qu'il ne faut pas que toutes les jeunes filles dans cette situation se disent "je n'ai psa envie de bosser à mcdo ou à l'usine, je vais vendre mon corps". Bah non, je trouverais assez triste que ça se passe comme ça, parce que le corps est quand même sacré, important, et que si certaines le vivraient bien, je m'inquiète pour celles qui le vivraient mal ou celles qui ne tomberaient pas sur des clients respectueux.
Je trouve ça triste de faire ce choix parce qu'on a besoin d'argent. Je me dis que ça devrait être un choix qu'on fait en tout état de cause, et pas parce qu'on n'a plus rien à manger, tu vois ? Après, évidemment, je ne sais pas ce que c'est, mais je sais très bien que si un jour je devais en arriver là, et bien, je serrerais les dents, et je le ferais probablement, avec quand même une pointe de regret.
Le 24 octobre 2012 à 13:22
Je reviens ici pour poster ce lien que vous avez peut-être vu sur Rue 89 :Emma*: «*Escort, c
Alors, je ne veux pas dire qu'on peut généraliser à partir d'un seul cas (comme on ne peut pas généraliser à partir de ce témoignage), mais en ce qui me concerne, ça ressemble quand même plus à ce que j'ai vécu (et ce que je voyais autour de moi, et ce à quoi ressemblaient les filles avec moi).
Donc je suis toujours ok avec le fait qu'on peut ressentir de la douceur avec un client, je suis ok avec le fait que certaines (qui l'ont exprimé ici) y trouvent du plaisir et voient ça comme une forme "d'empowerment" etc.
Mais voilà, quand on me dit que c'est pas pire que d'être caissière ben c'est faux. Quand on me dit "il suffit de déconnecter" c'est quand même assez faux aussi, si c'était possible, l'être humain serait un robot. C'est vraiment une utopie de se dire que, pour celles qui font ça "comme un travail" il suffit de fermer les yeux et attendre que la nuit passe, et ensuite on reprends une vie normale comme si de rien n'était.
La seule chose sur laquelle je voudrais attirer l'attention dans tout ça c'est l'être humain, qui est beaucoup plus présent ici que dans n'importe quel boulot déshumanisant puisqu'il met en jeu son intimité et son corps d'une façon particulière et beaucoup plus investie (c'est aussi ce qui fait la différence avec les strip-teaseuses). On ne peut pas réduire les débats sur cette activité en en parlant comme d'un simple service, il s'agit d'un peu plus que ça.
Voilà je voudrais juste mettre en garde un tout petit peu contre cette glamourisation de l'image de cette activité très loin de la réalité (enfin disons d'une de ces réalités, mais une assez répandue et accessible pour les jeunes filles qui liraient ça).
Le 29 octobre 2012 à 10:57
Dans le cadre de mes études (licence professionnelle de journalisme spécialisé), je prépare un dossier papier sur les étudiants salariés avec une partie consacrée, pardonnez moi si je m'exprime mal et que les mots choisis (qui ne sont pas définitifs) choquent ou dérangent certaines personnes, une partie donc, consacrée aux "situations plus extrêmes" dont la prostitution ou ses dérivés.J'aurais donc besoin d'un ou plusieurs témoignages (qui pourront bien sûr se faire virtuellement, derrière un pseudo). Les personnes qui accepteront de témoigner auront, bien entendu, une garantie d'anonymat total, un droit de regard et de relecture sur l'article qui leur sera consacré. Il s'agit juste pour moi de rendre compte d'une réalité qui fait de plus en plus parler d'elle.
Si vous êtes quelqu'un qui accepterait de témoigner ou si vous connaissez une personne qui accepterait de le faire, je vous en serait très reconnaissante.
Vous pouvez donc m'envoyer un message privé pour pouvoir en discuter.
Le 20 décembre 2012 à 16:53
Mélancolique. C'est le seul mot qui (à mon sens) qualifie se témoignage.Le 03 avril 2013 à 11:22
Alors alors… (je suis Timtimsia, je devrais éventuellement penser à changer de pseudo, personne n'est capable de l'écrire correctement.)
Cet article est vieux, déjà… et les deux illus qui ont été publiées avec l'ont été en même temps, aucune histoire de "nouvelle" ou d' "ancienne" donc.
Ensuite, tu as parfaitement le droit de ne pas adhérer à mes dessins, personne ne t'en voudra, aucun soucis, c'est pas l'inquisition ^^
En revanche, je ne suis pas d'accord avec toi sur le "giga facile", parce que quand Fab m'a proposé d'illustrer cet article, j'ai fait une tronche de dix pieds de longs : sujet épineux, témoignage poignant et tabou à la fois… j'ai vraiment essayé d'y mettre mon ressenti, et de ne pas tomber dans l'illu bête et méchante.
Et c'est globalement ce que j'ai essayé de faire pour chaque article que j'ai pu illustrer ici, avec plus ou moins de réussite, j'en conviens, mais cet article illustré reste (et de loin) mon préféré. J'ai pris parti, j'ai """""essayé""""" de me mettre à la place de S., et crois moi, non, ça n'a pas été facile.
Voilà voilà, je ne faisais que passer, comme cet article a été ressorti y a pas longtemps, je tenais à le préciser.