Comment s’émanciper de ses parents en 8 leçons

Dans la famille « Fab le daron te donne des conseils de daron », je demande la carte « des astuces sur la relation parents/enfants ». Voici 8 leçons qu'il a tirées de son parcours pour devenir un adulte indépendant de ses propres géniteurs.

Comment s’émanciper de ses parents en 8 leçons

— Cet article est dédié à Christine et Bernard, mes deux parents que j’adore.

Initialement publié le 20 octobre 2016 —

Quand j’étais en seconde — c’était il y a fort longtemps, au début des années 90 — il y avait un chapitre du cours de sciences économiques et sociales qui s’appelait « la socialisation ». Toute la partie sur le fameux enfant-loup m’avait fasciné. Je découvrais à quel point l’éducation de mes parents avait une importance sur ma façon d’appréhender la vie.

Ça a sans doute marqué à jamais le rapport que j’ai depuis à mes parents. Si vous ajoutez à ça quelques rencontres déterminantes qui te montrent que tu peux réfléchir « out of the box » (et que non, ce n’est pas sale), j’ai maintenant une relation que j’estime tout à fait saine avec mon père et ma mère.

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À l’époque, je ne savais pas que cet heureux enchaînement de circonstances m’avait à ce point facilité l’avancée sur cette périlleuse route qui mène à l’émancipation. Ce n’est que des années plus tard, en voyant mes collègues et mes ami•es galérer sur le sujet, que je l’ai pigé.

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J’ai aussi compris que ça n’avait rien à voir avec une quelconque qualité personnelle, d’intelligence, de logique ou d’empathie. J’ai juste lu les bons trucs, eu les bons conseils au bon moment et réussi à les appliquer.

J’en suis aujourd’hui convaincu (et c’est très paradoxal) : je ne serais pas l’adulte que je suis devenu…

  1. si mes parents n’avaient pas été à ce point présents pour moi tout au long de ma vie — et c’est pour ça que je les aime autant
  2. si je n’avais pas réussi à me « libérer » d’eux à un moment donné.

Je sais que, par rapport à mon article sur le couple, celui-ci fera beaucoup moins l’unanimité. Et c’est normal, parce qu’il va à l’encontre de beaucoup de principes que la société — et donc nos parents, consciemment ou inconsciemment — nous inculque !

À lire aussi : Ce moment où tes parents descendent de leur piédestal… et les leçons à en tirer

À ma décharge, je fais aujourd’hui de mon mieux pour éduquer mes enfants dans ce principe de liberté, tout en partant du principe que c’est un travail quotidien de « démêler » l’emprise que tu peux avoir sur tes gosses en tant que parent. Et c’est vraiment pas évident.

Voici donc les 8 conseils que j’aurais aimé qu’on me donne à propos de mes parents quand j’avais 20 ans.

1. Accepter la mort de tes parents

Oui, commençons dans la joie, si vous voulez bien. Sans le vouloir (je pense), mon père m’a filé un fier service : son grand-père est mort à 53 ans, son père est mort à 51 ans, donc avec sa formation de comptable et en grand homme de chiffres qu’il est, il a été persuadé toute sa vie qu’il allait mourir à 49 ans. Il me l’a dit, répété et re-répété durant toute mon enfance.

Vis ta vie et fais tes choix pour toi, pas pour faire plaisir à tes parents.

Si bien que le jour où il a fêté ses 50 ans, il a vraiment dit « ça y est, j’ai brisé la chaîne ». Je ne m’en rendais pas compte à l’époque, mais l’air de rien, cette anecdote familiale — je ne sais même pas s’il le sait, on n’en a jamais vraiment parlé — m’a aidé à accepter la mort de mes parents.

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Bien sûr, je serai triste le jour où ils mourront, mais cette acceptation m’a vraiment aidé à passer le cap suivant, et surtout un principe simple : vis ta vie et fais tes choix pour toi, pas pour faire plaisir à tes parents. Pour citer un ami qui m’est proche :

« Un jour, tes parents vont mourir, et si tu vis pour eux, alors à ce moment-là, tu te retrouveras seul•e. »

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2. S’émanciper ne veut pas dire « ne plus aimer »

Oui, ça peut paraître bateau, mais pourtant, ça a été mon obstacle principal : « mais j’aime mes parents, moi ». Comme si les aimer et m’émanciper c’était antinomique. Alors qu’au fond… je les aime d’autant plus fort que je me sens libre de les aimer ou de ne pas les aimer !

S’émanciper ne veut pas dire les laisser tomber, au contraire. Si mes parents ont le moindre souci, je viendrai de suite à leur secours.

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J’ai fini par comprendre que devenir adulte, ça signifiait aussi et surtout être capable d’exprimer de l’amour, de l’amitié, de la gratitude… sans se sentir obligé•e de le faire. Reprendre le contrôle sur ses propres sentiments, indépendamment des personnes concernées. Que ce soit amoureusement, amicalement, familialement et même professionnellement.

C’est d’ailleurs peut-être la meilleure clé pour sortir ou éviter de tomber dans une relation toxique, quelle qu’elle soit.

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Ceci dit, je ne vais pas vous mentir : se libérer d’une emprise peut causer de la tristesse du côté de vos parents. L’étape suivante est donc de comprendre que…

3. Tu ne dois rien à tes parents

« La troisième va vous étonner ! »

Beh oui, on nous apprend à tou•tes, depuis le plus jeune âge, qu’on a une dette envers nos parents, non ? Qu’on leur serait « redevables » de nous avoir nourri•e, blanchi•e, logé•e, éduqué•e.

Et pourtant, c’est — à mes yeux — la pire façon d’aborder une relation saine avec vos parents. J’ai mis longtemps à piger que c’était essentiel de rayer cette idée de ma tête pour devenir un adulte bien dans ses baskets. Et SURTOUT que ça n’était pas indissociable d’aimer ses parents.

Vous ne leur « devez » rien, à part ce qu’ils méritent À VOS YEUX, en tant qu’êtres humains à part entière.

Le coup de marteau final m’a été asséné quand je suis moi-même devenu père : j’ai eu cette sensation dingue d’avoir à la fois une énorme responsabilité sur les épaules et surtout que ces petits êtres inconnus mais si proches de moi n’avaient pas DU TOUT demandé à être là.

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Réfléchissons-y deux minutes. si on est sur cette Terre, c’est parce que nos parents ont décidé de nous concevoir et de nous mettre au monde. Ils ont fait ce choix, sur lequel nous n’avions aucune emprise.

Partant de ce constat simple, il va sans dire que nos parents ont cette responsabilité et qu’à ce titre, vous ne leur « devez » rien, à part ce qu’ils méritent À VOS YEUX, en tant qu’êtres humains à part entière.

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4. Prendre du recul et remettre en question son éducation

Une grosse étape aura été de faire un petit bilan de l’éducation, géniale sur de nombreux points, offerte par mes parents.

Une grosse étape aura été de faire un petit bilan de l’éducation — géniale sur de nombreux points — que j’ai reçue. Et même si j’ai eu des parents aimants, disponibles, attentifs, ce recul m’a permis de faire le tri sur des détails (des petites habitudes, des façons de faire) qui, en tant qu’adulte, ne me convenaient plus.

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Encore une fois, point de manichéisme, ça ne signifie pas que je rejette en bloc leur éducation. Tout ce qu’ils ont fait pour moi m’a largement amené à devenir l’adulte que je suis.

Un exemple : mes parents râlent BEAU-COUP sur les trucs de la vie qui les contrarie. Donc mon frère et ma soeur râlent BEAU-COUP aussi. Et j’ai longtemps râlé BEAU-COUP.

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Jusqu’au jour où j’ai compris que ça me fatiguait et que je voulais arrêter.

5. Savoir se libérer des « petites phrases »

Je les appelle des « petites phrases » parce que ce sont des injonctions a priori inoffensives que nos parents nous ont répétées durant toute notre enfance, mais qui finissent par avoir un impact énorme sur notre personnalité et notre façon de gérer les aléas de la vie.

À lire aussi : « Sois un homme ! », la dangereuse injonction sociale masculine décryptée dans « The Mask You Live In »

Ça peut être « fais vite », « ne pleure pas », « sois fort•e », « sois gentil•le ». Ça peut aussi être des petites vannes sur votre genre, qui renforceront des stéréotypes, ou encore des remarques à la con sur votre physique qui vous complexeront plus que de raison.

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Tous les parents le font, bien sûr sans jamais savoir à quel point ça va impacter leur rejeton, mais c’est un fait : ça nous abîme tou•tes de l’intérieur. Prenez donc une ou deux (ou cinq) minutes pour réfléchir à ces « petites phrases » que vos parents vous ont trop dites et mesurez tranquillement les conséquences qu’elles ont sur l’adulte que vous êtes devenu•es.

Cerise sur le pompon, il n’est pas impossible qu’elles soient tellement tenaces que vos parents continuent à vous les rabâcher encore aujourd’hui, alors que vous êtes adultes ou sur le point de le devenir… Je vous propose un petit exercice pratique : la prochaine fois qu’on vous la sort, cette petite phrase, refusez-la. Et expliquez-leur pourquoi.

Parce que oui, devenir adulte, c’est aussi être capable de s’expliquer avec ses parents.

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6. Avoir des discussions d’adulte avec ses parents

On joue tou•tes des rôles en fonction des situations. L’employée est dans un rôle bien précis vis-à-vis de sa patronne, pareil pour la patiente vis-à-vis de son médecin… et on nous a appris à jouer les enfants vis-à-vis de nos parents.

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Sortir d’un rôle qu’on a construit durant des années est sans doute l’une des épreuves les plus difficiles à affronter. On finit par être enfermé•e dans un schéma relationnel, l’autre s’attend à ce qu’on réponde d’une certaine façon à une situation donnée. Changer d’attitude revient à casser le fameux schéma… et à, potentiellement, remettre en cause la relation toute entière.

Sortir d’un rôle qu’on a construit durant des années est sans doute l’une des épreuves les plus difficiles à affronter.

C’est l’une des raisons pour lesquelles il est très difficile pour un•e ancien•ne collègue de devenir manager de l’équipe à laquelle il ou elle appartenait, par exemple.

Pour les parents, c’est pareil : la plupart vont attendre de vous que vous réagissiez « comme leur enfant ». Ceux qui brisent par eux-mêmes ce schéma, à partir d’un certain âge, existent, mais ils sont rares. C’est donc à vous, l’enfant, de parcourir le chemin, de tenir la distance.

Derien.

Pour ce faire, l’une des façons les plus simples, c’est de convier un jour vos parents dans un resto que vous aurez choisi, de sortir de votre cadre habituel, et de discuter de votre vie d’adulte, en tant qu’adulte qui s’adresse à un autre adulte. Et s’ils tentent de vous remettre dans votre rôle d’enfant, de prendre le temps de leur expliquer clairement et calmement que vous ne souhaitez plus qu’ils vous traitent de cette façon.

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7. Affirmer ses opinions face à ses parents

La plupart des parents s’attendent à ce que vous pensiez comme eux. C’est normal, c’est humain : ils ont dépensé une telle énergie à vous éduquer, à vous inculquer leurs valeurs qu’il est compréhensible qu’ils s’attendent à recevoir un « retour sur investissement ».

Si vos parents sont par exemple très religieux, ou anti-IVG, ils partiront forcément du principe que vous l’êtes aussi, puisqu’a priori l’éducation qu’ils vous ont inculquée sera cohérente avec cette position.

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Et là c’est le parent qui vous parle. Si demain nos filles, à mon épouse et moi, ont des convictions politiques totalement contraires à nos valeurs, ça nous picoterait la gueule. J’aurais une minute la sensation d’avoir « raté » le coche quelque part… avant de comprendre qu’au contraire on a plutôt tout réussi : on leur aurait appris la liberté de penser et de s’affirmer en tant qu’adulte.

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Exprimer ton désaccord envers tes parents et réaffirmer tes valeurs fondamentales est sans doute l’une des façons les plus « simples » de te positionner en tant que personne indépendante. Certes, il vaut mieux le faire clairement, sans s’énerver, pour éviter de passer pour un•e ado en crise existentielle, mais peu importe la forme, c’est quoi qu’il arrive un très grand pas vers la vie d’adulte !

8. S’émanciper de ses parents, ça peut prendre du temps (et picoter), mais ça sera bien

Prépare-toi, ça peut être long, ça peut être douloureux, ça peut passer par des cris et des larmes, mais c’est vraiment bien de s’émanciper de ses parents.

J’ai aujourd’hui bientôt 39 ans, je sais que mes parents ont parfois du mal à comprendre mon comportement et mes choix, mais ils peuvent être sûrs de plusieurs choses : si je suis l’adulte indépendant et libre d’esprit que je suis devenu, c’est grâce à eux, à leur éducation, à leurs valeurs qui m’ont forgé. Je ne les remercierai jamais assez pour ça.

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Et même si je ne leur dis ou ne leur montre pas assez, fils ingrat que je suis, je les aime de tout mon coeur, mes parents. J’espère que, quand ils me regardent, ils se disent qu’ils ont plutôt bien réussi leur coup avec ce grand con de chauve qu’est devenu leur p’tit garçon blond à bouclettes.

La réaction de mes parents à cet article

Épilogue, le 20 octobre 2016 — J’ai écrit cet article il y a environ un mois, et je pense qu’il peut être intéressant de vous partager les échanges que j’ai eus avec mes parents à son propos.

Je voulais bien sûr le leur envoyer avant de le publier, mais je dois bien avouer que, tout grand garçon que je suis à bientôt 39 ans, j’appréhendais un peu leur réaction. Peut-être allaient-ils mal prendre ce qui pour moi était un hommage « honnête mais juste » à cette éducation qu’ils m’ont offerte. Après tout, ça serait pas la première fois qu’on ne se comprend pas…

Je leur ai donc envoyé ça :

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Ce à quoi ils ont répondu :

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En espérant que cet article puisse vous aider dans votre rapport à vos parents. Vraiment.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lunafey
    Lunafey, Le 28 octobre 2016 à 21h22

    En lisant cet article je me rend compte que je vis un peu dans une bulle : pour moi tout ça allait de soi.
    J'ai une relation compliquée avec mes parents et on est pas proche du tout (ni tactiles ni dans le partage de sentiments), j'ai dû faire face à beaucoup de problèmes mentaux et sociaux seule dès le collège, et mon père m'a toujours appris qu'il fallait être indépendante et ne se fier à personne, donc... je me suis émancipée rapidement :cretin: Pas financièrement, c'est vrai, mais pour le reste pas de soucis. J'ai ma petite fierté, et j'ai décidé peu après ma majorité que je ne voulais pas demander d'aide (vie personnelle, fac, administration, santé, abonnements, problèmes d'ordi...). A y réfléchir, je me suis peut-être trop émancipée ces dernières années : je ne les préviens de presque rien y compris des choses très importantes (c'est ma psy qui m'a convaincu de leur demander de venir à mon opération, à la base j'étais partie pour ne même pas leur parler de ma maladie :cretin: ) et on ne se parle que rarement. Il ne savent pas grand chose de ma vie en fait, on se voit tous les trimestres environ alors qu'on habite à 30min de train.
    D'un côté, à lire les différentes réactions à cet article je me dis que c'est un avantage : je n'ai pas besoin de leur soutien ou de leur avis, je prends des décisions sans les concerter, je sais gérer ma prise en charge médicale seule et les mauvaises nouvelles qui vont avec, je n'ai pas peur de leur mort, je ne ressens pas de manque quand ils ne sont pas là...
    Mais d'un autre côté, j'aurais bien aimé qu'on soit plus proches :/
    Parfois, je pense "ils me manquent" mais en vérité, c'est pas eux qui me manquent, c'est plutôt la relation familiale que j'aurais aimé avoir et que je n'aurais jamais, et je trouve ça triste.

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