Rosemonde Pujol, 88 ans, experte en clitologie

Rosemonde Pujol est le genre de femme qui vous marque : un parcours impressionnnant (plus de 40 ans de carrière dans le journalisme), une joie de vivre communicative – même à travers le téléphone -, une ouverture d’esprit à faire pâlir des générations de trentenaires. Résistante lors de la première guerre mondiale, féministe de la […]

Rosemonde Pujol, 88 ans, experte en clitologie

Rosemonde Pujol est le genre de femme qui vous marque : un parcours impressionnnant (plus de 40 ans de carrière dans le journalisme), une joie de vivre communicative – même à travers le téléphone -, une ouverture d’esprit à faire pâlir des générations de trentenaires. Résistante lors de la première guerre mondiale, féministe de la première heure, dans Un petit bout de bonheur, cette dame de 88 ans se fait aujourd’hui l’avocate du clitoris. Informer et remettre sur son piédestal le clito, deux missions que Rosemonde Pujol s’était fixée pour cet entretien avec Adeulina.

madmoiZelle.com : Comment vous est venue l’idée du livre ?
Rosemonde Pujol : Parce que j’ai toujours essayé d’informer les femmes sur des sujets dont on ne les informait pas. Quand on pense qu’il y a trente ans, j’ai dû me battre avec mon éditeur pour placer le mot utérus… Ensuite, j’ai écrit sur les suites de l’accouchement dont on ne parle pas. Ce qui m’intéresse, c’est l’étude de la femme dans tout ce dont on ne parle jamais, dans tous les tabous qui nous couvre. Et il y en a beaucoup.

madmoiZelle.com : Et pourquoi parler du clitoris en particulier ?
R.P :
J’ai voulu en parler parce que c’est un organe qui nous appartient en propre, que l’on ne connaît pas assez, il fallait faire un livre sur ce que c’est le clitoris.
Qu’est-ce que le clitoris ? C’est un organe de plaisir. Or les livres d’enseignement n’ont parlé jusqu’ici que des organes de reproduction. Mais pourquoi oublier ce petit organe ? C’est comme si on ne voulait cultiver que des champs de blé et de betteraves et pas des champs de fleurs, parce qu’au fond, les fleurs ça ne sert à rien. Et bien, le clitoris, ça sert à rien, c’est une fleur qui donne du bonheur, et qui peut en donner à tout le monde. C’est un petit bout de bonheur.

madmoiZelle.com : Pourquoi avoir écrit ce livre maintenant ?
R.P : Parce qu’à mon âge, je peux l’écrire. Plus jeune, je n’aurais pas pu. Parce que j’ai fait des livres sérieux – économiques surtout, donc il fallait que j’ai une espèce de notoriété, de légitimité. Aujourd’hui, on me prend pour une journaliste sérieuse et en plus j’ai un âge sérieux, donc je peux parler de ce tabou sans problème. Ce livre sera reçu comme un livre d’information. J’ai affronté des réactions dures : « Comment osez-vous parler de ça ? », ben oui j’ose,

madmoiZelle.com : Lors de votre enquête, vous avez interviewé plus de 80 femmes, comment les avez-vous abordées ?
R.P : Un peu partout, dans le train, le car. Le train, c’est idéal pour les confidences. « Dites moi, je suis en train de faire un livre sur le clitoris, qu’en pensez-vous ? » Et je les laissais parler… Donc c’est pratiquement à l’aide de toutes celles que j’ai interrogées que ce livre existe. « Qu’en pensez vous ? Que savez-vous ? » Sans oublier les réponses à « que ne savez-vous pas ? », que j’ai ajoutées à mon livre, et qui constituent l’autre moitié du livre.

madmoiZelle.com : Quelle a été la génération la plus difficile a approcher ?
R.P : C’est malheureusement les jeunes. Certes les jeunes en ont appris beaucoup plus au même age que ma génération. J’ai dû les aborder en passant par l’école le plus souvent. J’ai essayé de les comprendre et d’être indignée avec les filles que j’ai rencontrées qui disait : « dans nos livres on ne nous apprend rien« . Et j’ai alors assisté à une révolte de la féminité. La révolte des jeunes à propos de ce qu’il n’y avait pas dans ces livres. Les jeunes sont très humains, ils se révoltent contre les tabous. Si je compare avec ma génération, je crois qu’à 18 ans, j’avais l’équivalent de connaissance sur le clitoris qu’une fille de 2 ans d’aujourd’hui. Je ne savais rien, je ne savais pas par où les enfants se faisaient. C’est pour ça qu’il faut que j’en parle, c’est presque un devoir d’information.

madmoiZelle.com : Quelle a été la génération la plus facile a approcher ?
R.P : Les personnes de mon âge, les personnes de 60 ans qui viennent d’être à la retraite, qui ont réfléchi sur ce qui a manqué aux autres, à leurs enfants, à elles. Ce sont les personnes avec qui j’ai pu parler plus longuement. Les jeunes avaient plus généralement cette attitude buttée de « nous, on sait, toi la vieille, quand t’avais notre âge, t’avais même pas l’IVG » – ils ne disent pas ça comme ça bien sûr, mais ça transpire le plus souvent dans leur propos.

madmoiZelle.com : Quel sont les éléments qui vont amener à un changement de statut du clitoris ?
R.P : La connaissance et l’enseignement. C’est à dire savoir que le clitoris existe. Le clitoris aiderait à vivre mieux et peut-être à vivre plus longtemps.
Pourquoi n’aurions-nous pas le droit de se faire plaisir à soi-même ? Plaisir qu’on peut se donner tout seul, bonheur qu’on peut se donner à deux. Quand on voit que l’enfant qui est dans le ventre de mère se donne du plaisir… Le petit garçon, c’est facile à voir et pour les filles, l’imagerie médicale permet de voir les petits tremblements de son dos, elle est heureuse, elle se touche dans le ventre de sa mère. Le petit fœtus est heureux, et on a oublié tout ça.

madmoiZelle.com : Vous parlez aussi, dans un chapitre du livre, du rôle bénéfique que pourrait avoir la publicité ?
R.P: Bien sûr et ça a d’ailleurs toujours été le cas. Grâce à la publicité Monsavon, on a répandu l’hygiène dans les campagnes françaises. Et je pense que ça peut être la même chose pour le clitoris.

madmoiZelle.com : Et la démocratisation des sex toys ? Vous en pensez quoi : phénomène de mode ? Ou mouvement de société ?
R.P : C’est un phénomène d’abolition du tabou. C’est plus grave que l’abolition de n’importe quoi. Un peu comme à l’époque de la Révolution avec l’abolition des privilèges féodaux. Les sex toys, c’est l’abolition du règne du pénis.
Je répète que se caresser – comme lorsqu’on caresse une joue, un front, une main – est à la portée de tout le monde. Il n’y a pas plus de honte à se caresser le clitoris qu’à se caresser autrement. Il y a un tel tabou sur le clitoris, venant de l’Eglise, des institutions, de la société, de toutes les madame pisse froid : « mais comment vous pouvez parler de ça« . J’en ai rencontrées, j’en rencontre encore qui, après avoir lu un article sur mon livre, détournent la tête quand je les croise à la boulangerie.

madmoiZelle.com : Quel sera le prochain tabou auquel vous souhaitez vous attaquer ?
R.P : Après le clitoris, il reste beaucoup de choses. Dans mon prochain livre, je vais m’attaquer à un autre tabou : peut-être qu’on est en train de faire trop d’enfants sur la Terre… L’augmentation de 1 milliard en 1800 à 7 milliards d’humains, et à 10 milliards dans 50 ans, ça représente un vrai danger pour la planète.

madmoiZelle.com : Pour finir, que pourriez-vous dire aux madmoiZelles qui ont peur de vieillir, sexuellement parlant ?
R.P : Que le clitoris, c’est un côté de notre corps qui ne vieillit pas – si on l’entretient, bien sûr. Après tout, c’est un organe de plaisir… et le plaisir ça fait vivre, non ?

Un petit bout de bonheur, aux Editions Jean-Claude Gawsewitch

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Aloe Pinte
    Aloe Pinte, Le 27 juillet 2007 à 0h21

    Riddouille
    Par contre je comprends pas, si elle a 88 ans, elle est née en 1919, comment a-t-elle donc fait pour être Résistante en 1914-1918? ;)


    C'est vrai que c'est bizarre! la personne qui a écrit l'article a dû se tromper de guerre !


    Franchement elle a l'air super à l'aise comme elle parle de son livre ! (en même temps si elle fait un bouquin là dessus, j'espère pour elle !) j'espère qu'elle parle de sexe sans être vulgaire comme une autre qui passe souvent à la télé, je ne me souviens plus du nom !
    En tout cas le livre a l'air bien parce qu'il a l'air d'être informatif sans faire trop niais comme les trucs qui donnent à l'infirmerie des lycées, et sans être vulgaire non plus ; le juste milieu quoi ...

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