Roméo & Juliette, à (re)découvrir sur scène à Paris

Roméo & Juliette se réinvente une nouvelle fois, cette fois sous la direction de Nicolas Briançon au Théâtre de la porte St-Martin de Paris. Années 40, mafia et anachronismes : c'est parti !

Roméo & Juliette, à (re)découvrir sur scène à Paris

C’était un mercredi soir, 20h : j’ai posé mon séant sur un siège du Théâtre de la Porte St-Martin. Le rideau rouge, les trois coups de bâton. Tout y était.

Niels Schneider campe un Roméo blondinet et pleurnichard, Ana Girardot la candide Juliette. Ils sont jeunes, ils sont beaux, et leur amour est impossible (on peut pas tout avoir). Je fais l’effort de pas trop spoiler, genre au cas où tu n’aurais jamais entendu parler de l’histoire de Roméo et Juliette.

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Une mise en scène originale

William Shakespeare a écrit cette pièce en 1597. Il s’agit d’une histoire d’amour tragique comme on en faisait beaucoup dans l’Antiquité, mais Willou décide de la situer à Vérone, dans le nord de l’Italie, alors qu’il n’y a absolument jamais mis les pieds. Il invente le décor de toutes pièces, et c’est plutôt bien réussi ! Depuis quelques années, sur scène, on troque souvent la Renaissance pour une époque plus contemporaine.

Après les années 90 et le film de Baz Lurhmann Roméo + Juliette qui met en scène Leonardo Dicaprio et Claire Danes à Los Angeles, c’est le metteur en scène Nicolas Briançon qui donne un petit coup de jeune à l’œuvre de Shakespeare…

L’Italie des années 40, Vérone : deux familles mafieuses s’affrontent depuis des années. Accordéon, trompette, et violon donnent le rythme.

Sur un fond grisâtre, le lit de Juliette se déplace selon les scènes, parfois lieu d’amour, parfois de sexe, ou encore de (fausse) mort. Les costumes sont exclusivement en noir et blanc : costumes pour les papas, gilets sans manche et chemise blanche pour les plus jeunes hommes. Les filles sont en robes cintrées et talons carrés. Quelques touches de rouge : le sang et la robe de mariée… Grandiose.

Des personnages vivants, vivaces

Il y a une vingtaine d’acteurs sur scène, je vous fais un petit récap’ des rôles importants !

Du côté des Capulet…

  • Juliette Capulet — L’esprit vif, et la jambe fine. Seule héritière d’une grande richesse ; son père compte sur elle et met en place un beau mariage. Genre LA PRESSION familiale. Mais elle fait le choix de les emmerder, de se la jouer libre et indépendante : après tout, Juliette a 14 ans.
  • La nourrice — Gueularde, imposante, elle s’accapare les planches (et les moqueries). Excellent rôle joué par Valérie Mairesse.
  • La mère de Juliette — Soumise à son mari, et toujours bourrée.
  • Le père — Moustachu, fier, attendrissant, jusqu’à la scène terrible entre lui et son insoumise fille, ça fout la boule au ventre, un peu.
  • Tybalt, le cousin — Sa mort plongera Juliette dans le désespoir.
  • Paris, le prétendant éconduit — Celui qui te rappelle que le mariage (forcé), c’était pas mieux avant.

Du côté des Montaigu…

  • Roméo Montaigu — Romantique et la bouclette fière. Pour ne rien vous cacher, il m’a agacée pendant un moment. Et gna gna gna, je suis triste et malheureux. Mais par la suite il devient super pipou, genre l’amoureux passionné contraint de fuir… Et puis il revient. Et même qu’on le voit torse nu !
  • Le cousin — Le pauvre, il fait ce qu’il peut pour tenter de faire sourire Roméo qui ne cesse de geindre sur la violence de l’amouuuur impossible. C’est pas gagné.
  • Mercutio et sa bande de copains — Ça picole, ça festoie, il y en a même un qui est terriblement sexy (Abraham, de son petit nom). Et puis, il y a des drames. Et les drames, c’est triste. Eh oui…
  • Le frère Laurent — J’le déteste. Tout est de sa faute, il a vraiment des idées à la con (et entre nous, je crois qu’il veut pécho la nourrice).

Enfin, il y a le Prince de Vérone, un anachronisme sans nom. À la Renaissance, Vérone était, certes, une cité princière, sur laquelle un prince, donc, exerçait son pouvoir. Il faisait aussi la justice et pouvait sanctionner selon son libre arbitre. Valait mieux être son copain, quoi.

Mais puisqu’on a transposé cette pièce dans les années 1940, ben… ça ne colle plus ! Ça jure quand tu connais l’histoire de l’Italie… Et puis tu fais avec, tu oublies, car la mise en scène est solide, et prenante.

Les acteurs usent de la scène mais pas seulement. Ils sont partout, sur les balcons, entre les rangées. C’est vivant. Ça se bagarre entre Capulet et Montaigu, il y a du sang, ça se roule des pelles, aussi, parfois. Mais surtout, ça chiale. Roméo et Juliette, que tu le veuilles ou non, c’est une tragédie.

Outre l’histoire, que beaucoup adorent et connaissent sur le bout des doigts (et de la langue), la séduisante mise en scène de Briançon peut en surprendre plus d’un. D’ailleurs, je crois que j’ai entendu un historien hurler « Mais WTF ? Il n’y a plus de Prince au XXème siècle et le bannissement n’est plus une peine, bordel ! », et un puriste shakespearien sangloter sur son siège.

Moi, j’ai trouvé ça génial.

  • Roméo & Juliette, jusqu’au mardi 29 avril
  • Théâtre de la Porte St-Martin, 18 Boulevard St-Martin, Paris Xème
  • Accès métro : République / Strasbourg St-Denis
  • Tarifs : de 15€ à 53€ (selon le placement souhaité)
  • Infos et réservation

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Gwennou
    Gwennou, Le 27 février 2014 à 23h41

    Et bien j'y ai été la veille de la Saint-Valentin accompagnée de mon amour et je n'ai pas été trop déçue !

    Quoiqu'un peu quand même, car j'ai trouvé Roméo moins pris dans son rôle que Juliette et l'emploi de certain mots appartenant au vocabulaire moderne m'a un peu bloqué.

    Cependant, c'est une histoire toujours belle à voir sur scène bien que je suis plus convaincue par la version originale du texte de Shakespeare ! :loveyes:

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