Roman Polanski n’est plus Président des César 2017 (mise à jour)

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Roman Polanski a été nommé Président des César 2017, et ce choix a fait gronder la colère. Une nouvelle décision change la donne.

Roman Polanski n’est plus Président des César 2017 (mise à jour)

Mise à jour du 24 janvier — Selon l’AFP, qui cite son avocat, Roman Polanski renonce à présider la 42e cérémonie des César.

Le 19 janvier — Le mercredi 18 janvier 2017, l’Académie des César a annoncé le nom de celui qui sera Président de la 42e cérémonie des César dans un tweet.

Depuis, il est toujours considéré comme fugitif par Interpol et ne peut se déplacer qu’en France, en Suisse et en Pologne, car ces pays ont refusé de l’extrader vers les États-Unis.

Et finalement, en 2017, il est nommé Président de la cérémonie des César.

Comment désigne-t-on le Président de la cérémonie des César ?

Quel processus a conduit à désigner Roman Polanski ? « Ce n’est pas un vote tout simplement. »

Être Président de la cérémonie des César ne signifie pas influencer le jury. En effet, il s’agit principalement d’un titre honorifique.

Le rôle du Président de la cérémonie est notamment de prononcer un discours d’ouverture, puis de clore l’évènement en remettant le César du meilleur film.

La question que l’on se pose naturellement, c’est comment cette nomination s’est-elle produite ? Comment cette décision a-t-elle été prise ?

L’Académie des César est gérée par une association de loi 1901 : l’Association pour la promotion du cinéma (les César). Elle s’occupe donc de l’entrée des membres à l’Académie ainsi que des critères d’éligibilité des œuvres et du nombre de récompenses.

Les modalités d’entrée pour les différents collèges de corps de métiers sont exposées sur le site officiel.

Au 8 novembre 2016, l’association compte 51 membres, parmi lesquels figure Polanski. 25 d’entre eux forment le conseil d’administration présidé par Alain Terzian, et celui-ci inclut seulement 8 femmes. Mais rien n’est précisé concernant le choix du Président de cérémonie.

Comment est-il effectué ? Nous avons cherché à en savoir plus auprès du service de presse de l’Académie des César, avec lequel nous avons eu la discussion suivante.

– Je vous appelle pour comprendre le mode de nomination du Président de la cérémonie des César.
– On n’a pas vraiment de renseignements à vous donner.
– Donc vous ne pouvez pas me dire qui a nommé le Président ?
– Non.
– Mais sur le processus, est-ce que vous pouvez me dire qui vote, si c’est à main levée, à bulletin secret ?
Ce n’est pas un vote tout simplement, je ne pourrai pas vous en dire plus.

C’est une « personnalité éminente » du monde du cinéma qui est chaque année choisie pour présider la cérémonie.

S’agit-il donc, comme au Festival de Cannes, d’une nomination directe effectuée soit par le Président lui-même, soit par le conseil d’administration dans son ensemble ?

En tout cas, lorsqu’on demande sur quels critères est choisie cette personnalité, si c’est en raison d’une actualité particulière, on nous répond que « c’est une académie de cinéma, ça semble donc assez évident ».

En effet, une personnalité « éminente du cinéma » français ou international est désignée comme Président de la cérémonie.

Pourquoi avoir désigné Roman Polanski Président de la cérémonie ?

Qu’est-ce qui a pu conduire l’Académie des César à choisir de mettre en avant Roman Polanski, alors que cette décision susciterait très probablement la polémique ?

L’absence de parité au sein de l’Académie des César peut-elle expliquer en partie cette décision ?

Est-ce que le fait que l’Académie soit composée en majorité d’hommes peut expliquer qu’ils aient choisi de mettre l’artiste à l’honneur, en ignorant le passé judiciaire de l’homme qu’est Roman Polanski ? 

Constatant l’absence de parité au sein de cette instance, nous avons cherché à savoir s’il existait une réglementation à ce sujet, notamment dans la loi sur l’égalité réelle du 4 août 2014.

« Titre V : DISPOSITIONS VISANT À METTRE EN ŒUVRE L’OBJECTIF CONSTITUTIONNEL DE PARITÉ »

Cette loi concerne un très grand nombre d’organisations : on y trouve un chapitre relatif aux partis, groupements politiques et scrutins nationaux, un chapitre concernant les collectivités territoriales, et un dédié « à l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sportives ».

L’Académie des César est-elle tenue de respecter la parité ?

Ce dernier concerne de nouveau un certain nombre de domaines, des fédérations sportives au code du commerce en passant par la santé publique… Mais rien qui ne concerne les associations loi 1901.

En tant qu’association loi 1901, l’Académie décide elle-même des règles qui la régissent.

Et pour cause : les associations loi 1901 se régissent d’elles-mêmes, par la définition de leur statut. C’est ainsi qu’elles peuvent décider d’avoir ou non un conseil d’administration ou un bureau, et d’instituer ou non la parité dans ces instances.

Nous avons contacté le ministère de la Culture et de la Communication, qui n’a pas souhaité réagir directement :

« L’Académie des César ne dépend pas de nous, ça fait partie du secteur culturel mais il n’y a pas de subventions ou de financements, ce n’est donc pas considéré comme une instance ou organisation dépendante du ministère. […]

Pas de commentaire pour l’instant, le ministère ne réagit jamais par communiqué à la nomination des Présidents de cérémonie. »

Qui se dressera pour protester ?

Cette nomination a choqué une grande partie du public, comme il est possible de le constater dans les réponses au tweet de l’Académie annonçant la nomination. Un hashtag appelant au boycott, #BoycottCesar, a également été lancé.

Pour le moment, il ne s’agit cependant que du public lambda.

Une autre pétition a émergé pour exiger sa destitution, réunissant à cette heure-ci près de 22 000 soutiens.

Une pétition et un hashtag #BoycottCesar ont d’ores et déjà été lancés.

Parmi les personnalités du monde du cinéma, que l’on parle de nommé•es ou non, personne n’a jusqu’alors publiquement fait entendre sa voix. Au sens plus large, le monde de la culture reste plutôt silencieux à l’heure où nous publions ces lignes.

Souvent, quand une situation comme celle d’aujourd’hui est ressentie comme une injustice, il suffit qu’une personne se lève pour que d’autres suivent.

Dans d’autres festivals, on a vu des artistes prendre la parole pour dire leur désaccord avec un certain mode de fonctionnement.

Ce fut le cas par exemple au festival de BD d’Angoulême l’année dernière, bien qu’il faille garder en tête que l’affaire avait une toute autre proportion : on parlait de représentation des femmes au sein des nominations, et pas d’une affaire de viol sur mineure.

À l’heure où nous publions ces lignes, les personnalités du monde du cinéma ne se sont pas exprimées à ce sujet.

Cependant, dans ce contexte, des nommés et en premier lieu Riad Sattouf avaient osé élever la voix, et avaient été suivis par de nombreux autres… Conduisant le festival à revoir son organisation : les auteur•es avaient à l’occasion de cette édition librement désigné le gagnant du Grand Prix.

Aussi, il s’agissait alors d’un comité très peu paritaire, qui n’avait pas vu de problème à ne pas sélectionner des femmes… Comme certains n’ont pas vu de problème à désigner une personne condamnée pour détournement de mineure comme le Président de la 42ème cérémonie des César.

Si cette démarche a été possible au niveau du festival de BD, quid de la cérémonie des César, la vitrine du cinéma français à travers le monde ? Les nommé•es (ainsi que ceux et celles qui ne le sont pas) réagiront-ils à cette polémique ?

On est en droit de se demander si quelqu’un va se lever, et si oui, qui cette personne sera.

Lors de la cérémonie qui aura lieu le 24 février 2017, des voix vont-elles se faire entendre en direct ?

À lire aussi : Je veux comprendre… la culture du viol

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Commentaires
  • Siobhàn Salomé
    Siobhàn Salomé, Le 28 janvier 2017 à 21h49

    OrangeDarmody
    Dégoûtant.. soutenu au nom de sa célébrité à deux balles (alors que perso je trouve ces films inintéressants au possible).
    Ce qui me laisse perplexe c'est qu'on s'attaque à lui ici, mais il me semble avoir déjà lu certains articles ici qui vantaient le cinéma de Woody Allen, or je trouve cet homme encore plus ignoble, et lui reste totalement impuni (ou alors je confonds avec d'autres sites, il est possible que je me trompe et dans ce cas dites le moi).
    La différence entre Roman Polanski et Woody Allen, c'est que dans le cas de Polanski, le viol est avéré et a été reconnu par l'auteur lui-même. Dans le cas Allen, c'est la parole de l'accusé contre la victime. Beaucoup de lectrices ici (dont je fais partie) partent du principe qu'il faut croire la victime, mais les positions du mag ont toujours été floues sur la question, il est très possible qu'ils lui laissent "le bénéfice du doute"...

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