Rock en Seine 2015, jour 1 — Adolescence et photographes dans les barrières

Léa et Miquette se sont rendues au festival Rock en Seine, qui a eu lieu du 28 au 20 août 2015 à Saint-Cloud. Voilà leurs impressions sur la première journée !

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C’est le dernier festival musical de l’été, la dernière occasion de sortir ton short et ta couronne de fleurs et de te trémousser une bière à la main : Rock en Seine édition 2015 avait lieu le week-end dernier, du 28 au 30 août. Lorsqu’on nous a proposé de nous y rendre, tu imagines donc bien que Miquette et moi-même avons sauté dans nos vieilles Converse ! Voilà donc mon humble vision de cette édition, et celle de l’appareil de ma chère collègue, entre soleil et boue, rock et électro, néons et poussière.

Départ sur les chapeaux de boue

Vendredi, c’était l’ouverture du festival ; c’est donc à la fraîche, à l’heure du goûter, que je suis partie hardi petit, en compagnie de la mirifique Miquette, elle-même armée d’un appareil photo, en direction du parc de Saint-Cloud. Nous avions les oreilles pleines d’espoir malgré la fatigue de fin de semaine. C’est donc en toute innocence que nous nous sommes rendues à l’entrée spectateurs, avant d’apprendre qu’en fait, ils nous fallait arriver par l’autre bout du festival. Suantes mais vaillantes, et toujours motivées, nous avons donc pris le tram… Dans lequel nous sommes restées coincées à cinq mètres du quai d’arrivée, pendant une bonne vingtaine de minutes.

Ce petit interlude sympathique offert par la RATP nous a malheureusement valu de rater la prestation de Benjamin Clementine, dont je n’ai entendu que des effluves de Cornerstone de loin en entrant dans le festival. Autant te dire que j’étais à peu près aussi verte que les affiches tant on m’avait dit du bien des shows du multi-instrumentiste anglais, dont la voix me fait vibrer aussi sûrement que si j’étais moi-même une corde vocale ! Mais c’est à charge de revanche Benjamin. On se retrouvera, crois-moi, même si je dois pour cela me rendre en pédalo à ton concert la prochaine fois.

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Bref, trêve de frustration, nous sommes reparties du bon pied. Une des particularités de Rock en Seine, qu’on ne retrouve pas forcément dans tous les festivals, c’est que les concerts sont répartis sur cinq scènes différentes et se chevauchent sur une grande partie de la journée. Ce qui est tout à fait pratique si tes esgourdes ne goûtent pas forcément l’une ou l’autre des scènes : il te suffit de bouger tes bottes à l’autre bout de la pelouse pour aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte. La réponse est non, à la fin du mois d’août, on patauge tou•te•s dans la gadoue, la gadoue, la gadoue, la gadoue.

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Rock en Seine 2015 : vue d’artiste

Le revers de la médaille musicale, c’est que cette programmation foisonnante oblige aussi à faire des choix. Découvertes musicales peu connues mais prometteuses ou grosses têtes d’affiche qu’il faut avoir vues une fois dans sa vie, au risque d’avoir des attentes démesurées et d’être déçue ? Ayant tendance à cumuler les petits concerts, j’avoue que nous avons ici opté pour la seconde solution. Tu ne trouveras donc que peu de revues de groupes méconnus, mais je t’encourage fortement à aller les voir sur scène si tu en as l’occasion !

Rodrigo y Gabriela, chaleur et joie de vivre

Nous sommes donc arrivées sur la Grande Scène, où Rodrigo y Gabriela avaient déjà commencé leur show. Et oui, on peut parler de show. Je trouvais déjà que la technique des deux guitaristes mexicains, entre cordes et percussions, était incroyable sur disque, mais leur musique est vraiment à écouter en live L’énergie de leurs titres est décuplée, preuve en est que le public s’est multiplié devant la scène aussi vite que les Ecocups remplies de bière.

Il faisait beau, il faisait (soudainement) chaud, et une petite reprise de Stairway to Heaven de Led Zeppelin, entre guitare solo et guitare rythmique, a eu vite fait d’accrocher les derniers tympans égarés. Rodrigo y Gabriela ont d’ailleurs joué pour et avec ce public, puisqu’ils ont fini par faire monter sur scène les plus irréductibles des spectateurs collés aux barrières, et ce pendant plusieurs chansons. Bref, c’est le coeur empli de bonne humeur que cette première journée a commencé.

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Photographe de concert, quinze minutes pour capter la lumière

Ma découverte de la journée n’a pas été seulement musicale : pour la première fois, j’accompagnais à un festival une personne accréditée pour faire des photographies. J’ai donc eu l’occasion de comprendre plus en détail certains des rouages presse d’un festival qui ne m’avaient qu’effleurée lorsque (il y a encore peu) j’étais une festivalière lambda avec ses Pom’potes dans son sac à dos. Et notamment la manière dont travaillent les photographes de concert. J’imaginais naïvement qu’ils se pointaient devant les barrières pour mitrailler les artistes quand bon leur semblait, et se barraient quand ils avaient trop mal aux bras…

En fait, tout ce boulot est règlementé à la minute près. La majorité du temps, les photographes ont droit de présence pendant les trois premières chansons du concert, sans flash (certains artistes rajoutent des conditions particulières). Ils rentrent donc en file indienne, et sont évacués en masse lorsque le temps est écoulé. Ce qui leur donne, au maximum, quinze minutes pour prendre le maximum de clichés et changer d’objectif pour varier les prises de vue. La plupart portent donc plusieurs appareils en bandoulière, façon Indiana Jones du reflex.

Cette limitation de temps, m’a expliqué Miquette, sert à ne pas créer une « frontière » de photographes entre les musiciens et leur public. Vu le volume sonore craché par les enceintes, ils ont d’ailleurs intérêt à ne pas rester trop longtemps devant, même bien équipés. Autre point surprenant : alors qu’il existe un nombre incalculable de nanas douées en photo, les professionnels qui travaillent sur les concerts sont principalement des hommes, souvent baraqués. Une carrure qui doit servir : pour avoir le meilleur point de vue, il faut parfois malheureusement jouer des coudes et s’imposer…

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Franz Ferdinand & Sparks, ou pourquoi je suis (toujours) trop petite

Sur ce constat, nous sommes reparties traverser les stands de kebabs et crêpes en sens inverse, afin de se positionner pour Franz Ferdinand & The Sparks. J’ai beau avoir écumé quelques festivals dans ma vie, je ne suis pas encore blindée face aux erreurs de la spectatrice débutante. Par exemple, j’avais déjà eu l’occasion de voir Franz Ferdinand en festival. Leur passage déplaçait systématiquement les foules, avec une bonne énergie, des tubes au kilo (qui n’a pas beuglé Take Me Out la main en l’air, je vous le demande) entre pogos et spectateurs en délire.

J’avais donc omis le fait que Franz Ferdinand + un autre groupe = bain de foule décuplé = difficulté à accéder à la barrière = étouffement programmé.

Bref, je suis restée coincée dans la foule quelques dix mètres avant la scène. Foule qui était à fond, et pour cause : entre leurs titres communs sous le blaze de FFS et les reprises de leurs chansons respectives, la complicité entre Alex Kapranos, le chanteur de Franz Ferdinand, et Russel Mael, leader des Sparks, était clairement perceptible et collait une patate proche de la frite. Mention spéciale pour Collaborations Don’t Work, le titre ironique qu’ils ont définitivement fait mentir.

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Si je l’ai bien entendue, cette complicité n’a été visible que quelque temps seulement pour moi. Du haut de mon mètre-un-peu-moins-que-70, je suis plutôt dans la moyenne, mais c’est sans compter sur le fait que la plupart des mecs qui vont assister à des festivals semblent avoir mangé de l’engrais dès la naissance et avoir atteint la taille des séquoias de Californie (oui, le terme « demi-mesure » ne fait pas partie de mon vocabulaire). Voilà, donc, à peu près, où j’en étais au bout de vingt minutes de concert :

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Un chauve, un frisé, un passé chez le coiffeur il y a peu : ma vue pendant 60% du concert de FFS

C’est donc à regrets que nous avons fini par rebrousser chemin, étant de plus en plus serrées parmi les sacs à dos. FFS, ça s’écoutait aussi très bien de loin, et ça vaut sans doute le coup d’être vu dans une salle, pour mieux apprécier la prestation.

The Offspring, mes rêves d’ado face aux papys du punk rock

Cette marche à reculons avait aussi un but ultime : être parmi les auditeurs les plus près de la barrière pour le concert de The Offspring. Ce groupe de punk californien, c’est un peu toute mon adolescence, c’est le CD écouté et rayé mille fois d’Americana, les heures passées à singer les choristes de Pretty Fly (For A White Guy), ou encore mes tentatives hasardeuses de ressembler à une punk. Bref, il était temps de rencontrer enfin le mythe qui m’avait fait vibrer quand j’avais quinze ans — et qui secoue encore mon lecteur MP3 quand je suis énervée.

Cette fois, nous avons accompli notre mission. Dès la première chanson, les basses se sont mises à gronder et le public à pogoter à tout va. La voix était là, éraillée et énervée, l’énergie aussi, les lumières dézinguaient, les tubes de deux/trois albums ont défilé les uns après les autres sous mes yeux de fan transie.

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Transie mais un peu perplexe. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils approchent la cinquantaine, mais les membres du groupe sont restés assez statiques sur scène. La prestation était propre, impressionnante comme les shows à l’américaine savent l’être, mais un peu impersonnelle. J’aurais aimé un peu plus de communication et de connivence avec la foule, qui était tout simplement du pain de mie béni pour les musiciens : tou•te•s mes voisins et voisines connaissaient par coeur les paroles de l’intégralité du set et étaient complètement déchaîné•e•s !

Si Dexter Holland avait remué un doigt avec un peu plus d’amitié, il aurait tout simplement provoqué un ras-de-marée d’amour dans le public. Si je suis ravie d’avoir vu The Offspring en live, je tiens surtout à remercier leurs fans : grâce à vous, j’ai vécu un concert à fond. Et c’est un petit bout de l’adolescente exaltée en moi qui a mentalement levé la main les deux doigts repliés pour se joindre à vous.

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Après ça, avec Miquette, nous en avons profité pour faire un petit tour du côté de Fauve. J’avais déjà vu le groupe en concert, et je ne peux que vous le conseiller — même à vous, détracteurs•trices des anonymes énervés. Sur scène, le collectif donne sans compter à ses auditeurs, tous les titres sont réarrangés et prennent un aspect plus rock, qui collait plutôt pas mal à l’intitulé du festival. Un Fauve plutôt calme qui a d’ailleurs annoncé faire une pause, et a provoqué l’étonnement du public. On verra demain, comme dirait l’autre, parce qu’en attendant, le festival continue.

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Kasabian, la révélation de la soirée

Nous sommes donc retournées à la Grande Scène pour assister au concert de Kasabian. J’avais beau connaître le nom du groupe britannique, je me suis rarement penchée en détail sur sa discographie. Et pourtant, force est de constater que j’en ai pris plein les tympans et plein les yeux, au point d’avoir envie de plonger dans un bac à disques en rentrant. Tom Meighan, le chanteur, a un charisme de dingue sur scène, même lorsqu’il porte des lunettes de soleil.

Quant à Sergio Pizzorno, le guitariste, sa tenue complètement barrée de squelette stylisée a fait la joie des photographes, et l’énergie de l’ensemble du groupe a carrément transporté la fin de soirée. Enfin, c’était le rock qu’on attendait, celui des idoles adolescentes à la hauteur de leur public. Même sans connaître les tubes, j’ai apprécié le spectacle, et si j’en crois les échos que j’ai eu les deux jours suivants, je n’ai pas été la seule.

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C’est donc avec un burger au chèvre plein la bouche, de la boue plein les bottes, des étoiles plein les pupilles, et du rock accrocheur plein la tête que s’est terminée cette première soirée. Épuisées mais heureuses, nous avons repris le chemin du métro, sans nous planter cette fois. Entre temps, nous avons aussi dégoté trois sosies capillaires de notre patron. Mais comme ceci est une autre histoire, je vous laisse sur cette vision du rock sans âge, et vous donne rendez-vous au plus vite pour vous raconter la suite du festival !

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Toutes les photos de concert de l’article ont été prises par Miquette. Pour découvrir le reste de son travail, rendez-vous sur sa page Facebook !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mlle-lit-la-lune
    Mlle-lit-la-lune, Le 2 septembre 2015 à 18h49

    Benjamin Clementine, je l'aime depuis que je l'ai découvert par hasard il y a 3 ans dans un petit bar parisien. Il passait en première partie, avant le groupe attendu, donc c'est plutôt distraitement qu'on a vu arriver ce grand mec aux pieds nus. Et là, BAM! Une vraie claque, c'était tellement beau <3 Mais pas de regret @Lea Bucci, le format festival ne lui convient pas vraiment. Je suis arrivée 10 minutes après le début et suis restée jusqu'à la fin, mais même en étant tout devant, j'ai eu l'impression que la moitié du concert s'envolait sans arriver à me toucher. Les gens ont commencé à partir, ou à râler que c'était bizarre, ça m'a rendu toute triste pour lui :erf: Vivement le retour de concerts intimistes pour profiter de cet artiste envoûtant et certainement habité!

    Après j'ai fait FAUVE, FFS, et Kasabian (et un peu de trucs par ci par là mais qui n'ont pas vraiment retenu mon attention). J'avais déjà vu chacun de ces groupes 2 ou 3 fois en concert (festival ou non), et c'est toujours la grosse patate quand j'en sors :danse:(oui même pour FAUVE, parce que je trouve leur rage stimulante et finalement chaleureuse. Coucou à mon voisin inconnu qui a sauté et chanté avec moi :happy:) Et puis Kasabian, ils sont juste parfaits: adorables, drôles, spectaculaires, plein d'énergie, touchants avec une musique qui te fait vibrer et ne te lâche plus. Déferlante d'endorphine pour moi à chaque fois :gnih:

    Par contre, cette année je n'y suis allée qu'un jour, j'ai eu l'impression de passer à côté de toute l'ambiance. Un jour, c'est trop court :lunette:

    Sinon niveau ambiance, je suis assez d'accord avec @Miss-Marie, c'est pas franchement la super joie. Pas de problème dans la queue des toilettes pour moi, mais des gens énervés parce qu'on dansait, chantait et applaudissait FFS trop fort (on n'était pas dans le noyau près de la scène, donc apparemment quand t'es un peu en périphérie, tu dois faire comme si t'étais à Roland Garros = rester silencieux sans bouger :stare:) Je conseille du coup le "bilbao bbk festival" qui a lieu à Bilbao donc (une ville du pays basque espagnole). Tout le monde tape la discut' à tout le monde, c'est très cool dans un paysage montagneux, mais le son n'est pas top.

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