Riadh Niati, photographe de la diversité — Interview

Kenza a interviewé un photographe de talent, globe-trotteur et juriste international. Découvrez Riadh Niati et ses photos de la diversité !

Riadh Niati, photographe de la diversité — Interview

Cette semaine, j’ai le plaisir de vous présenter le travail et le parcours d’un artiste globe-trotter, photographe et juriste international. Je vous invite à découvrir cette personnalité pleine de vie à la recherche du bonheur qui photographie la diversité du monde. Sensibilité, découverte et voyage sont au rendez-vous !

  • Bonjour Riadh, peux-tu te présenter ?

Je suis Riadh, juriste international. Je ne vois pas trop quoi dire de plus.

  • C’est difficile de se définir en quelques mots… Comment en es-tu arrivé là ?

J’ai toujours été animé par le fait de vouloir être utile, tout simplement. Du coup j’ai commencé par la médecine, ça ne m’a pas plu. Je me rappelle avoir eu un choc quand je voyais les personnes qui étaient en cinquième, sixième année de médecine et avaient toujours un rythme de travail infernal. Je me suis rendu compte que ce n’était absolument pas pour moi. J’ai fini en droit un peu par hasard…

En parallèle je faisais de la photographie, mais voyager me coûtait très cher et le matériel aussi. Cependant j’étais animé par la même volonté : celle de vouloir être utile aux autres.

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  • Tu as réussi à combiner à la fois études et photographie au départ ?

Complètement. D’ailleurs pour moi c’est assez inconcevable de ne faire que des études dans un sens où je pense que nous avons du temps pour tout. En première année de médecine, nous n’avions clairement pas le temps de faire quelque chose à côté, mais lorsque j’étais en droit, je trouvais ça dommage que les gens étudient constamment. On a du temps libre et on devrait en profiter pour justement chercher ce que l’on aime et ce qui nous anime !

Pour ma part, ça a commencé par le voyage. Je n’allais jamais en cours, seulement aux examens, ce qui faisait que je voyageais pas mal et faisais de la photographie en même temps. Je faisais des photos de mariage, d’autres à vocation humanitaire et j’écrivais des articles sur les sujets qui me passionnaient.

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Un enfant au Vietnam.

  • Tu écris encore ?

Je n’ai plus vraiment le temps. Ça doit faire bien deux ans que je n’ai pas écrit d’article. Dernièrement j’ai essayé de m’y remettre mais c’était vraiment difficile. J’aimerais écrire à nouveau mais j’ai une quantité énorme de photographies qui n’attendent que d’être publiées.

  • En dehors de la photographie, as-tu d’autres activités ?  Tu arrives à organiser tout cela ?

Oui, bien sûr. C’est très difficile, ça prend beaucoup de temps et c’est difficile d’expliquer ce que l’on fait de notre vie, c’est la question la plus complexe. Je ne sais pas quoi répondre, parce que je ne fais pas toujours la même chose. Je me retrouve dans des situations où je suis professeur, photographe, juriste ou simple voyageur.

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Enfants allant à l’école, Lombok.

  • Tu te vois dans cette situation pour le reste de ta vie ?

Ce n’est pas incompatible d’avoir plusieurs activités en même temps. Au début je le pensais, puis lorsque j’ai commencé à voyager j’ai rencontré d’autres mentalités. En Asie, c’est assez fréquent d’avoir plusieurs métiers en même temps et de faire une multitude de choses en parallèle. Au bout d’un moment, il va falloir un choix mais ce n’est pas définitif, on peut changer de métier.

Le mot d’ordre c’est le bonheur. Si ce que je fais me rend heureux, alors je continue.

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  • Es-tu heureux actuellement ? Qu’est-ce qui te rend heureux ?

Je suis très heureux. C’est la curiosité qui me rend heureux, le fait de découvrir l’autre, de se découvrir soi-même et de se sentir vraiment vivant. C’est la liberté qui me rend heureux. Être photographe me rend heureux, malgré les contraintes financières. Il ne suffit pas d’aller à l’aventure et de dégainer son appareil : prendre des photos représente aussi des contraintes. C’est difficile le marché de la photographie, les magazines cherchent des photos à publier dans l’immédiat et ne se préoccupent plus autant de la qualité du cliché. Le marché a changé et a évolué.

La photographie permet de survivre mais c’est compliqué d’en vivre.

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  • Pourquoi la photographie ?

J’ai réalisé qu’une plaidoirie d’une heure ne fera jamais autant d’effet qu’une image. J’avais fait une photo sur les conditions de travail des enfants dans les volcans, elle a touché beaucoup de personnes et j’ai trouvé ça impressionnant. Avec une plaidoirie c’est différent, cela ne concerne que ceux qui sont présents dans la salle. Finalement, je pense que le droit et la photographie ne sont pas incompatibles, bien au contraire. Cependant la photographie comme outil d’expression me permet de diffuser mes messages.

Je veux réveiller les consciences avec mes œuvres, donner envie aux gens de regarder davantage autour d’eux. Soyez plus curieux ! Il faut aussi changer certaines choses. Je veux dire, quand on est devant sa télévision on ne se rend pas compte d’à quel point la situation est compliquée. Quand on se déplace, la frustration est bien pire, on sent qu’on ne peut rien faire même si on s’engage dans une ONG. On se sent impuissant, on se rend compte de la dure réalité.

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Djanet, Sahara Algérien.

  • Tout de même, est-ce que tu penses qu’on peut faire quelque chose pour y remédier ?

Tout le monde peut faire quelque chose. Chacun peut agir. Par la photographie, on véhicule un message et certaines organisations non gouvernementales le font aussi. Malheureusement, aujourd’hui nous sommes dans une société où l’on doit montrer le cadavre d’un enfant sur une plage pour pouvoir éveiller les consciences… Par contre j’ai entendu à plusieurs reprises que l’on pourrait utiliser des photos d’enfants morts éventrés à Gaza pour faire changer les choses, mais je pense que cela ne peut pas aider, ces clichés doivent rester dans le cadre juridique.

La photo de l’enfant échoué sur la plage était, si je peux me le permettre, plutôt « artistique » dans le sens où c’est horriblement bien présenté : ça fait réfléchir, la composition était parfaite, ce n’était pas sanglant et ignoble et donc partageable. C’était choquant et je pense que la photo à ce moment-là était utile car elle a provoqué des milliers de manifestations, comme celle des enfants vietnamiens qui couraient pour fuir le Napalm.

Quoi qu’il en soit, tout le monde peut aider : ce n’est pas une question d’argent, il suffit d’aller voir les gens, de leur parler, de partager un repas avec eux…

  • Tu approuves donc la mise en ligne de la photo d’Aylan Kurdi, le petit garçon échoué sur une plage. Peux-tu nous en dire plus ?

Cette image reflète l’information. Je ne comprends pas pourquoi les gens disent qu’il ne fallait pas la publier. Cette photo montre la réalité et s’ils ne veulent plus voir ce genre de choses, peut-être faudrait-il faire quelque chose, prendre conscience de cette réalité et y réfléchir. Le pire c’est quand on ne veut pas voir ce qui se passe devant nos yeux. C’est un cliché qui a été plus qu’utile pour l’éveil des consciences collectives.

En revanche, je suis contre les photos trop choquantes, graphiques : cela risque d’habituer les gens à voir ce genre de choses et c’est horrible.

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  • Qu’est-ce qui t’attire le plus lorsque tu prends des photos ? Quel est l’élément déclencheur pour te faire sortir l’appareil du sac ?

Je regarde autour de moi et c’est tellement beau. Je veux prendre en photo les moments forts et les partager afin de transmettre un message. Par exemple, lorsque j’étais au Vietnam pendant la période du Ramadan, je voulais voir la minorité musulmane. Ma volonté était de montrer que les musulman•e•s ne sont pas forcément africain•e•s ou arabes : j’ai trouvé cette richesse intéressante.

Je partage essentiellement ce qui me touche ou m’interpelle dans mes différents voyages. Je m’intéresse en ce moment aux différentes ethnies, surtout que nous assistons à la disparition de certaines d’entre elles ; les photographier est pour moi une manière de garder ces peuples en mémoire.

  • Peux-tu nous donner un exemple de l’une de ces ethnies ?

En Indonésie sur l’île de Lombok, par exemple. Je suis certain que dans dix ans cette culture n’existera plus. Il n’y a que les personnes âgées qui mettent les tenues traditionnelles. Les jeunes s’habillent comme nous. Pour diverses raisons d’ailleurs, comme la télévision, ils pensent que pour être beau/belle il faut s’habiller comme un•e Occidental•e. J’envie énormément les photographes des époques passées car ils ont pu voir des choses incroyables.

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  • Qu’est-ce qu’une bonne photo ?

Une photo où l’on pose notre regard plus de dix secondes en se posant des questions.

  • Y a-t-il une photo qui a justement attiré ton attention plus de dix secondes ?

La jeune fille afghane de Steve McCurry. Quand j’étais gamin, c’était la couverture de mon livre d’histoire/géographie. Je pouvais regarder cette photo pendant des heures. Je me posais tellement de questions : quelle était la provenance de sa femme, pourquoi regardait-elle comme ça ? Esthétiquement la photographie est superbe mais le visage de cette fillette est énigmatique. Elle a l’air stressée, apeurée. Je me demandais ce qui s’était passé dans sa vie, je voulais tout savoir, ce portrait est extrêmement fort.

Ce n’est pas le modèle de l’appareil qui compte : j’ai vu de très belles photos prises avec des simples téléphones portables. La qualité du cliché n’a rien à voir avec le fait qu’il peut faire réfléchir et transmettre un message.

  • Où es-tu allé et pourquoi ?

Je ne voyage pas, je me perds. Par exemple, quand j’étais au Qatar j’avais choisi la lettre K et j’ai atterri à Kuala Lumpur. Je ne prévois jamais où je veux et vais aller, je me dirige simplement vers les villages ; c’est plus intéressant pour moi car les grandes villes se ressemblent toutes. Je demande qu’on m’héberge et je regarde comment les personnes vivent en habitant avec elles.

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  • Peux-tu nous parler de tes influences artistiques, de ce qui anime ta curiosité ?

Ma première influence, c’est le livre Les Mille et Une Nuits. Il m’a donné envie de voyager. J’aime beaucoup Steve McCurry, Sebastiao Salgado, Robert Capa, Wim Wenders… Ce sont des grands de la photographie, et quand je regarde ce qu’ils font je me dis sans cesse qu’il me reste tellement à faire. D’ailleurs je vous recommande le film sur Sebastiao Salgado réalisé par Juliano Ribeiro Salgado et Wim Wenders qui s’intitule Le Sel de la terre : il montre comment un photographe peut changer son monde — c’est incroyable ce qu’a pu faire Salgado avec la photographie alors qu’à la base il était économiste !

Wim Wenders dit d’ailleurs que pour être un bon photographe, il faut étudier autre chose que la photographie. Par exemple, l’économie a permis à Salgado de comprendre le fonctionnement du monde, et il explique dans le film comment il a combiné cette discipline et la photographie.

  • On dit que ce qu’il y a dans notre sac reflète une personnalité ou des traits de caractère : que peut-on trouver dans le tien ?

Mon appareil photo… mon sac est très anarchique. Je peux y retrouver un bouquin que j’ai perdu il y a six mois. La dernière fois je l’avais ouvert j’étais à l’aéroport et j’ai trouvé une bobine de fil, je ne me rappelais même pas pourquoi j’avais ça sur moi ! J’avais même retrouvé des ballons, je pense que c’était un enfant qui m’avait mis ça là-dedans.

Lorsque je voyage, je prends en général deux tenues et mon appareil photo. Je n’utilise qu’un seul objectif, en partie par fainéantise. Par ailleurs, je n’utilise pas de focale fixe mais plutôt un zoom.

  • Peux-tu nous raconter une anecdote qui a laissé une empreinte considérable chez toi ?

Une empreinte physique et mentale, c’est lorsque je suis allé en Égypte pendant la révolution. C’était sur la place Tahrir, c’est là où mon premier appareil photo est mort. On m’a attaqué et lacéré le cou là-bas et ça m’a laissé une marque. Je n’ai ensuite porté que des chemises boutonnées jusqu’en haut, je portais des écharpes dans des chaleurs extrêmes pour que la cicatrice s’estompe.

Ça m’a laissé une empreinte dans le sens où je me suis rendu compte qu’il fallait faire attention. J’ai continué à voyager mais j’étais plus prudent. Lorsqu’on voyage en solo, je pense qu’il est très important de ne justement pas rester seul ; il faut toujours être accompagné par des locaux car on ne sait jamais ce qui peut se passer. Pendant la révolution, il y avait l’armée, et quand j’ai vu tout ça je me suis sincèrement demandé ce que je faisais là. Il ne faut pas prendre trop de risques, ça c’était de la folie pure et j’étais très imprudent.

Je fais plus attention maintenant.

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Égypte — photo prise avec un iPhone 3GS. C’était pendant la période de la révolution, il n’y avait aucun touriste et l’économie allait vraiment mal. Je voyais ce vieil homme réfléchir profondément, avec cette expression qui pouvait résumer la situation.

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  • Y a-t-il des personnalités et des rencontres que tu n’oublieras jamais ?

Il y en a vraiment beaucoup. En général ce sont les réfugiés qui m’ont le plus touché, il y a une force incroyable chez eux et ils ont tous une histoire à raconter. Je me demande si moi j’aurais pu supporter ce qu’ils ont vécu. Dans cette situation d’injustice totale, qu’est-ce que j’aurais fait à leur place ? Des idées noires nous viennent soudainement… face à une telle situation on aurait sûrement pensé à la mort.

C’est pour ça que j’insiste sur fait de partager un repas avec eux, on ne se rend pas compte de ce que cela peut représenter pour eux alors que pour nous c’est si peu. Ce sont des gens comme nous, ils sont nés à une époque et à un endroit où il n’est plus possible de vivre. Quand on prend conscience de leur situation, notamment en s’engageant pour des ONG, on relativise davantage. Plus on échange avec ces personnes, plus on se rend compte que notre vie est belle ; on arrête dès lors de se soucier du superflu et de prendre soin de l’essentiel dans nos vies comme l’égalité, le fait d’être plus humain et de rester digne. Ces personnes nous apprennent à être dignes. Elles sont formidables.

  • Que penses-tu de la situation actuelle par rapport aux migrant•e•s, à la réponse de l’Occident et du monde en général ?

C’est terrible : on est arrivés dans une situation où les États essaient de rejeter les migrant•e•s alors que la population essaie de les aider. Dans des pays démocratiques, voir ce genre de choses est inadmissible. Pour l’Union Européenne, c’est trahir ses valeurs. Dernièrement le discours de Nadine Morano en a été une illustration — ce n’est pas une référence non plus, mais voir cela à la télévision en 2015 est hallucinant. C’est effrayant de parler d’invasion et d’utiliser des termes choc pour générer de l’angoisse, ce n’est pas une « crise » : utiliser ce vocabulaire fait peur à tout le monde.

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  • De quelle photo es-tu le plus fier ?

Je dirais que c’est la photo qui est apparue au National Geographic, dans le sens où j’ai vraiment souffert pour la prendre, j’ai failli finir à l’hôpital. Ce jour-là, le volcan était actif et c’était insupportable, je n’arrivais pas à respirer. J’y suis allé quand j’ai vu que des gens y travaillaient mais au final c’était de la folie. J’ai dû déchirer mon pantalon pour recouvrir ma bouche. Je ne pouvais plus respirer et c’était trop tard pour repartir car j’étais déjà tout en haut. Il y avait de la poussière sur l’objectif de mon appareil photo et je n’avais pas assez de force pour la nettoyer.

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Pour cette photo, l’homme se demandait ce que je faisais ici et pensait que je m’étais perdu. Je lui ai donc dit que je prenais des photos, et c’est à ce moment-là qu’il m’a salué, notamment quand il a vu que je pouvais parler l’indonésien. J’ai ensuite dû descendre car c’était insupportable. Les touristes pleuraient parce qu’ils n’arrivaient pas à respirer, sauf les enfants qui eux ne pleuraient pas. J’avais l’impression que leur enfance avait sauté d’un coup, ils avaient un regard vide, c’était terrifiant. La fille sur la seconde photo n’avait pas de chaussures.

Lorsque je suis redescendu en bas et que j’ai montré les photos à mon ami, il n’a pas beaucoup aimé la photo de l’homme me saluant et ça m’a fait mal car c’était celle dont j’étais le plus fier. J’ai cru que j’étais le seul à l’aimer, mais je l’ai quand même mise en ligne. Le National Geographic m’a contacté et cela m’a motivé.

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  • Te vois-tu faire cela toute ta vie ? N’as-tu pas peur ?

Ce qui fait peur c’est juste l’argent, mais comme je l’ai déjà dit je suis heureux. Je ne me vois pas m’arrêter. Je suis toujours curieux, ça va être dur de mettre de côté cette curiosité. En connaître plus sur l’autre m’attire.

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  • Tu fais des photographies de couples et de mariages, qu’est-ce qui t’intéresse dans cela ?

L’émotion. Mais le mariage c’est stressant et un peu commercial, on peut très vite s’en lasser. Du coup je préfère choisir mes client•e•s.

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  • Est-ce que tu penses que les critères de beauté occidentaux ont un impact sur les femmes dans le monde ?

Complètement ! Déjà en Asie, la peau blanche c’est LE critère de beauté prééminent. Il faut être blanc pour être beau. Quelqu’un de peau foncée ne peut être beau, en tout cas pas autant que les autres. Je pense que ce sont les restes de la colonisation et aujourd’hui de la télévision. Dans les films, les magazines, les gens sont majoritairement blancs. En Indonésie, l’idéal de beauté est plutôt néerlandais, en Malaisie plutôt anglais… On retrouve beaucoup cela chez les jeunes qui s’habillent comme les Américains, surtout en Philippines.

Une personne qui n’a pas beaucoup de succès en Occident en aura sûrement beaucoup plus en Asie, alors qu’à l’inverse une personne très belle qui possède les traits de beauté propres au pays donné n’est pas exceptionnelle. En Indonésie, les présentateurs télé mettent du fond de teint qui ressemble presque à de la peinture blanche, c’est incroyable ! En Asie du Sud-Est ils ont beaucoup de produits pour rendre la peau blanche, allant du déodorant au savon.

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  • Que penses-tu du rôle des femmes dans les sociétés où tu es allé ?

Pour moi il est pratiquement le même partout, la femme est le pilier des sociétés. La plus grande force est chez la femme. Elles ont des récits qui sont incroyables, qui nécessitent beaucoup de courage. C’est dans les pays pauvres et peu développés qu’elles souffrent le plus. Je pense notamment au Vietnam et à l’Indonésie, où les femmes souffrent et semblent avoir été condamnées dès la naissance à l’ignorance.

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  • Peux-tu nous parler de tes portraits de femmes ?

Quand je voyage j’ai envie d’entendre les récits les plus marquants, et généralement ce sont ceux des femmes. En tant qu’homme, mon grand défi est de photographier des femmes. Le plus dur c’était dans le Sud de l’Égypte : il m’a fallu trois semaines de négociations pour photographier une femme qui porte le niqab. Certaines des personnes âgées ont une superstition qui consiste à croire qu’on peut mourir après s’être fait photographier.

Je trouve que les femmes sont plus naturelles et moins timides. Lorsque je voyage, les premières à vouloir m’aider sont des femmes. Les premiers contacts que je me fais dans un pays sont avec les femmes. Ma première rencontre en descendant du bus en Thaïlande fut par exemple avec une femme qui faisait du poulet frit, elle n’a pas hésité à m’héberger et je suis resté une semaine avec sa famille et elle.

Sur mes portraits ce sont généralement des vieilles dames ou des jeunes femmes avec des enfants. Les femmes de mon âge sont difficiles à approcher, surtout dans les pays hindous ou musulmans. Les portraits de femmes sont assez difficiles à réaliser car il y a beaucoup de restrictions culturelles ou religieuses, mais en même temps c’est plus intéressant.

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  • Des conseils pour celles ou ceux qui voudraient faire comme toi ?

D’abord, il faut aimer ce que vous faîtes et il faut prendre du plaisir sinon vous n’allez pas avoir assez de force pour le faire.

  • Des projets à venir ?

Au Vietnam dans la province d’An Giang, j’ai rencontré et interviewé une famille dont les enfants sont atteints de l’agent orange, le défoliant que les États-Unis ont employé pendant la guerre. Cette substance entraîne des modifications génétiques ou des cancers. Mon projet est de collecter de l’argent pour les membres de cette famille. Les parents doivent en effet faire douze kilomètres pour vendre en quantité limitée des tapis que brode la mère sans arrêt, et ils se font un bénéfice ridicule de l’ordre de 25 centimes par tapis. Ils font ça pour leurs enfants. Mon projet est de les aider à avoir un magasin chez eux, ils ont besoin de 500$.

  • Qu’est-ce qui te manque le plus par rapport à ta vie d’autrefois ?

Rester avec la famille me manque. J’ai commencé à voyager très tôt, je ne sais pas si j’avais vraiment une vie avant. Ce qui me manque néanmoins c’est de me poser, ne rien faire et juste regarder mes mangas. Ma mère qui me prépare du café, me faire chouchouter par mes parents. Je regrette par contre de ne pas avoir utilisé mon temps à bon escient et d’avoir passé beaucoup de temps à ne rien faire. Je vous recommande grandement de faire des choses en parallèle de vos études, car encore une fois, pour moi ce n’est pas un diplôme seul qui va donner du travail.

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  • Une phrase pour la fin ?

Pour ceux qui veulent suivre ce que je fais, n’hésitez pas à aller jeter un coup d’œil à ma page Facebook. Faites ce qui vous rend heureux comme ça vous n’aurez plus jamais l’impression de travailler. Une dernière chose : beaucoup de femmes me disent qu’elles aimeraient voyager seules mais qu’elles ont peur. Effectivement c’est un risque de voyager seul, il faut être accompagné d’un groupe ou d’une personne et il y a plusieurs manières de le faire. Cela ne vaut pas que pour les femmes mais aussi les hommes : on ne peut pas savoir ce qui se passe sur place. Ne jouez pas les Indiana Jones, soyez prudent•e•s.

À lire aussi : Voyager seule, mais pourquoi (et comment) donc ?

Merci à toi Riadh, on te souhaite une bonne continuation !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Miss-Marie
    Miss-Marie, Le 24 novembre 2015 à 20h19

    Wha, merci pour cette superbe interview, j'ai été très heureuse et émue de découvrir le parcours de ce photographe/voyageur et ses photos... Je partage également l'idée que les images sont les éléments qui véhiculent en général le mieux les messages, et celles de Riadh Niati en sont l'exemple parfait. Un beau parcours de vie, très humain et inspirant !

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