Trois choix s’ouvrent à toi, madmoiZelle qui me lis :
1. Tu connaissais déjà les paroles de Gimme Shelter dans le ventre de ta mère parce qu’elle n’écoute que du vieux rock.
2. Tu ne connais que quelques titres, sans être aficionada pour autant.
3. Tu es allergique à ce groupe.
Petits 1 et 2, tu peux continuer ta lecture. Petit 3, il vaudrait mieux que tu ne lises pas ce qui va suivre.
A bigger band Tour
Ce concert (Shine a light est avant tout un concert, mais n’est pas qu’un concert non plus, j’y reviendrai) a été filmé lors de deux concerts à l’automne 2006 à New York, au Beacon Theater, salle qui semble être l’Olympia local au vu de sa configuration (fosse, scène peu élevée par rapport au sol, deux balcons, mais avec un peu plus de dorures et de peintures sur les plafonds). Le cadre, plutôt intime, est posé, et les premières images sont Martin Scorsese qui se filme en train de faire différents préparatifs : organisation des caméras, installation des projecteurs, recherche de la set-list sans laquelle il ne peut placer ses caméras : comment va s’ouvrir le concert, sur un riff de guitare ou directement sur du chant ? Le spectateur assiste à ces dix ou quinze minutes d’un œil amusé : comme lors d’un concert, on vient voir les Stones, et la première partie n’est qu’un amuse-gueule.
« Action ! »
Et puis on y est enfin, les lumières s’allument et Jumpin Jack Flash résonne dans les salles (de concert comme de cinéma). A la fin de la chanson, on applaudit presque, confortablement installée dans son fauteuil (bien loin des cinq heures passées debout lors du concert parisien, ou plutôt saint-denisien, de ces mêmes Rolling Stones l’été dernier). En fait, on pourrait applaudir à la fin de chaque morceau. Il y a du connu (Start Me Up, Sympathy For The Devil, Brown Sugar, Tumbling Dice, et bien sûr Satisfaction), mais aussi du moins connu (Far Away Eyes, Some Girls, All Down the Line, Connection, She Was Hot), des reprises (Just My Imagination des Temptations, Champagne and Reefer de Muddy Waters avec Buddy Guy, et une sorte de reprise récupérée, As Tears Go By, introduite par une pique envers Marianne Faithfull). Il y a aussi des invités : Jack White (des White Stripes) livre une prestation géniale de Loving Cup et Christina Aguilera se trémousse sur Live With Me. On peut également observer Bill, Hillary et toute la famille Clinton (ils ne chantent pas, serrent juste des mains).
En plein milieu d’un morceau, la caméra s’interrompt quelquefois pour laisser place à des images d’archives, plus (quand ils ont des cheveux blancs) ou moins (quand ils ont vingt ans) récentes, mais toujours très drôles : Mick Jagger avait un horrible accent de Londonien de la haute, Keith Richards habillé en drag-queen, les journalistes demandant si, à soixante ans, ils feront toujours de la musique : à l’époque, ils ont répondu oui.
Un testament ?
Mais alors, on peut se demander ce qui différencie Shine a light de n’importe quel film - au sens large du mot, qu’il s’agisse d’un concert, d’un documentaire, d’un mélange de deux genres - déjà fait avec ou sur les Stones (citons Gimme Shelter de David Maysles en 1970 et aussi Sympathy for the devil de Jean-Luc Godard en 1968, il y en a bien d'autres). Shine a light est un concert soigné, bien plus que tous les autres. La différence réside peut-être dans le fait que la fin approche : si ce film se révélait être l’ultime témoignage des Stones, il se devait d’être réussi. La plus forte image restera sûrement Mick et Keith chantant joue contre joue Far Away Eyes. Ils ne joueront peut-être plus, mais tout admirateur possède désormais avec ce film un Placebo efficace.