Lunar Park, le dernier roman de Bret Easton Ellis, a été élu Meilleur livre de l'année par la rédaction du magazine Lire. Ce n'est pas le Goncourt, mais mine de rien c'est une sacrée distinction. On reluquait le bouquin, mais on n'a pas forcément vingt euros, et c'est le genre de récompense qui nous fait allégrement mettre la main à la poche, et sans regrets.
Pour lire Lunar Park, il faut connaître un peu la vie de l'auteur américain, avoir lu son oeuvre, courte mais incisive. A vingt ans, il acquiert une notoriété immédiate avec Moins que Zéro, en 1985. Adulé comme le porte-parole d'une génération décadente, entre partie de jambes en l'air et drogues omniprésentes, ses livres sont des succès complets, des best-sellers choquants pourtant. Les Lois de l'Attraction, American Psycho, Zombies et Glamorama, des histoires d'hommes désillusionnés, évoluant aveuglément dans leurs paradis artificiels, sous fond de bourse à Wall Street, d'université tranquille ou dans l'univers de la mode. 
Lunar Park, il le qualifie comme son dernier roman. Les critiques parlent d'autobiographie fictive. C'est Easton Ellis lui-même qui parle, qui se dédouble parfois, entre l'homme et l'écrivain. Il prévient lui-même le lecteur, en disant qu'il ne veut pas "clarifier ce qui est autobiographique et ce qui l'est moins. Mais c'est de loin le livre le plus vrai qu'[il ait] écrit". Il commence d'ailleurs par juger son style, selon quoi il aurait perdu son habitude des phrases courtes et mâchées. Il compare les différents incipit de ses romans, et raconte sa vie, s'exorcise surtout.
Easton Ellis essaye de jouer au parfait père de famille. Il est marié, s'occupe de deux enfants, Robby est à lui, mais pas Sarah. Leur maison est grande et agréable, il flirte avec une étudiante de l'université du coin qui fait sa thèse sur lui, le chien ne l'aime pas, tous les mercredis soir il va subir une thérapie de couple avec sa femme, le meilleur dealer du coin est à son service, bref tout va bien pour lui.
Mais un beau jour cette apparente tranquillité laisse s'exprimer des démons enfouis. Les petites madeleines de Proust deviennent des mandarines. La maison change petit à petit d'aspect, pour ressembler à celle de son enfance. Chaque nuit à 2h40 du matin, heure à laquelle son père est mort, quelque chose d'étrange se passe. La peluche de sa petite fille s'anime subitement. Son fils est impliqué dans des disparitions d'enfants. Et surtout, les crimes de Patrick Bateman, le héros d'American Psycho, sont reproduits avec une minutie effrayante.
Le ton du livre est un peu étrange. On sait très bien que c'est impossible, qu'un jouet ne peut pas devenir vivant, que les fantômes n'existent pas. Mais au fur et à mesure qu'on tourne les pages, on a envie d'y croire. Le style est brillant, c'est Bret Easton Ellis, après tout, gage suffisant de qualité. Une histoire un peu hallucinée, où la frontière entre réel et vérité est bien dissimulée.