Le cinéma, après tout, pourquoi y va-t-on ? Pour de belles images, de la belle musique, des beaux dialogues ? Eh bien l'Enfant des frères Dardenne, Palme d'Or à Cannes, ne contient rien de tout cela.
Les images sont réalistes, peut-être un peu trop, le silence est partagé par les protagonistes et les spectateurs, les mots quand il y en a sont crus, et quotidiens.
L'Enfant raconte l'histoire de deux gamins. Non, trois. Bruno, vingt ans. Sonia, dix-huit ans. Jimmy, quelques jours. Des jeunes paumés, errant sur les bords d'autoroutes, vivant de larcin en larcin. Elle, elle est émouvante, le bébé dans les bras, et lui il est haïssable. Une veste identique, un coup de pied -sauté- boueux sur un mur blanc, un air vaniteux, la cigarette aux lèvres et le portable en main. Ne comprend pas, ne veut pas comprendre. Haïssable, oui. 
Un film qui colle étrangement à l'actualité. Pour de l'argent on pourrait faire beaucoup, vendre vraiment tout. Des scènes tristes à en avoir mal au cœur, on sait très bien que justement ce n'est presque plus du cinéma.
Une histoire presque insoutenable, question de sensibilité peut-être. Un équilibre entre le tragique et le comique, dernier recours. Le couple d'acteurs (Jérémie Reignier, Déborah François) est plutôt bon, les jeux de caméra le sont toujours. Le film se passe dans une banlieue misérable de la ville belge de Liège, l'idée serait venue aux deux scénaristes et réalisateurs, déjà deux fois primés sur la Croisette, en voyant une très jeune mère et une poussette. Mais on sait bien au fond que cette histoire est universelle et intemporelle.
Pas du grand cinéma alors, pas de dialogues extraordinaires, de BO géniale ou d'effets spéciaux à couper le souffle. L'histoire le fait déjà bien assez. A voir, pour toutes les questions que ce film soulève.