Aux Editions de l'Olivier
Ce roman est étrange. A vrai dire, nous pourrions même nous interroger sur le genre de ce livre qui tient à la fois du roman, du documentaire futuriste, du récit de cauchemar.
En un temps indéfinissable, mais qui ressemble à notre présent, un père et son fils essayent de descendre dans le sud d'un pays indevinable : ils ont survécu à l'Apocalypse. Le texte ne répond pas à nos questions, nous ne saurons pas les causes de la fin du monde, on ne nous en présente que les conséquences : il n'y a plus d'animaux, tout est couvert de cendres, les cadavres brûlés pourrissent à même le sol.
Nous n'apprenons pas non plus grand-chose sur les deux personnages. Ils n'ont pas d'autres dénominations que « l'homme » et « le petit ». Ils n'ont ni prénom ni âge, parfois des flashbacks laissent à peine imaginer ce qu'est devenue la mère de l'enfant.
En fait, nous les suivons avec un voyeurisme un peu macabre, pour savoir quelles sont les dernières limites que les hommes peuvent se fixer ; et ces limites disparaissent vite, quand il s'agit de survivre, le cannibalisme n'est plus qu'un lointain concept.
Il est appréciable que l'auteur ne s'immisce pas dans le récit, laissant à l'enfant le soin de formuler la dichotomie entre les « gentils », dont ils font partie, et les « méchants ». Nous ne trouvons que la description de leur lente déambulation dans ce monde où « toute chose est telle qu'elle a été jadis mais décolorée et désagrégée », c'est au lecteur de tirer de tout cela les traits de morale qu'il voudra. Ces deux personnages, qui ne sont pas, il faut le noter, les ultimes survivants, deviennent attachants, avec cependant une petite voix dans notre tête, qui dit que tout ceci n'arrivera pas, ou bien, selon que l'on soit optimiste ou non sur le devenir de l'humanité, que tout ceci nous attend. Les seuls passages un peu ridicules sont ceux où le père bricole pour transformer un peu tout en n'importe quoi.
Cormac McCarthy, bien connu aux Etats-Unis, vient seulement d'acquérir en France une soudaine notoriété avec la sortie simultanée de l'adaptation de l'un de ses romans par les frères Coen (No country for old men a par ailleurs reçu quatre Oscars : meilleur film, meilleurs réalisateurs, meilleure adaptation et meilleur second rôle pour Javier Bardem) et de The Road, prix Pulitzer (l'équivalent de notre Goncourt) 2007. Que ce livre, celui d'un homme de plus de soixante-dix ans, soit aussi pessimiste est significatif. Mais les deux dernières pages méritent qu'on le lise jusqu'au bout. Souhaitons-lui un prochain livre plus optimiste.