Sortie en salles le 11 janvier 2006. En DVD le 25 juillet 2006.
De : Sam Mendes
Avec : Jake Gyllenhaal, Peter Sarsgaard, Jamie Foxx
Jarhead, littéralement "tête de jarre", c'est le surnom que se donnent les Marines entre eux. Le ton est donné. Synopsis officiel ? 
Eté 1990. Anthony Swofford, fils et petit-fils de militaires, vient tout juste de fêter son vingtième anniversaire lorsqu'il est envoyé dans le désert saoudien. La Guerre du Golfe vient d'éclater, son bataillon de Marines est parmi les premiers à se déployer dans cette aride et immense étendue de sable.
Pour ces jeunes déracinés, gavés d'images et de phraséologie guerrières, ivres de rock et de bière, commence alors la longue et dérisoire attente d'un ennemi fantôme. La soif, la peur, l'épuisement, l'ennui, les frustrations lancinantes, les tensions extrêmes s'additionnent dans un climat de plus en plus délétère et explosif. Dans cet enfer naîtront pourtant de surprenantes et inaltérables amitiés entre compagnons d'armes liés par le vieux serment des Marines.
Originalité du film, le héros, interprété par le jeune premier qui monte en ce moment, Jake Gyllenhaal (qui en fin de compte n'a pas un nom si compliqué que ça) est un personnage à clé. Anthony Swofford existe, ancien militaire qui a raconté sa Guerre du Golfe dans un bouquin éponyme, intitulé Jarhead, donc. Le film est parmi les favoris aux Oscars, et le réalisateur a d'ailleurs déjà été primé pour American Beauty.
Quant on arrive sur le site officiel, on est accueilli par la formule "La Guerre c'est l'enfer, l'attente c'est pire". Le film ne tombera probablement pas dans une effusion d'hémoglobine ni une vision manichéenne du conflit, en tout cas on l'espère. Montrer des jeunes Marines dans l'attente, et en fin de compte dénoncer les guerres ? On verra bien...
Et en effet, on le voit très bien. Je vais vous éviter le grand couplet moralisateur "les guerres, c'est pas bien", mais il est parfois nécessaire de voir ce qui se passe de l'autre côté du rideau. La Guerre du Golfe, dans le fond, on n'y connaît pas grand-chose. Saddam Hussein qui envahit en 1990 le petit Etat du Koweït, et le conflit qui devient rapidement mondial. Parole prophétique prononcée par les soldats la fin du film : "ne plus jamais remettre les pieds dans ce merdier", c'est pourtant ce qui arrive en Irak en ce moment...
En fait, dans Jarhead, tout est "fucking". Fucking war and you don't fucking die, fucking Marines. Un huis clos dans l'immensité du désert, les images sont à couper le souffle. Le sable à perte de vue, et des hommes seuls avec eux-mêmes. C'est cru, c'est beauf, presque. Ils échangent les photos de leurs petites amies dénudées, ils sont de vrais gros durs, virils et tout, et ils n'ont qu'un mot à la bouche : tuer.
Espoir déçu. Anthony Swofford, le personnage principal, explique d'une fois qu'on a tenu un fusil dans ses mains, peu importe ce qu'on fasse ensuite, aimer une femme ou construire une maison, on n'oublie jamais ce contact. Quand on a été soldat, on n'oublie jamais cette expérience. L'expérience de la mort, de la guerre. Mais encore faut-il avoir appuyé sur la détente. Jake Gyllenhaal est littéralement parfait, jouant le soldat engagé un peu par dépit, trompé par sa petite amie, lisant Camus en pleine dysenterie.
Un film "choc", en fin de compte, accompagné d'une très bonne BO. Tom Waits, Nirvana, The Doors. Mais quelques passages à vide malgré tout, une seconde moitié de film beaucoup moins prenante que la première. On s'installe dans la routine de ces soldats désillusionnés, et on n'en sort qu'à la fin du conflit. Et donc, les guerres, c'est mal.