Voici quand les Irlandaises pourront défendre leur droit à l’IVG

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Le référendum sur la question du droit à l'avortement en Irlande se tiendra le 25 mai prochain. Une annonce pleine d'espoir pour les droits des femmes...

Voici quand les Irlandaises pourront défendre leur droit à l’IVG

Mise à jour du 3 avril 2018 – La date du référendum est désormais connue : il se tiendra le 25 mai 2018. 

À cette date, les citoyennes et citoyens irlandais·es s’exprimeront sur la loi qui encadre l’IVG dans le pays, comme le rapporte le quotidien britannique The Guardian.

Ce référendum donne la possibilité aux irlandais et irlandaises de voter pour ou contre la révision du huitième amendement.

Aujourd’hui, aux yeux de la loi irlandaise, le fœtus et la femme enceinte possèdent un droit de vie égal. L’IVG est possible uniquement si la grossesse met en danger la vie de la mère.

Si la révision de la loi est votée en majorité, le gouvernement autorisera l’avortement jusqu’à 12 semaines de grossesse sans restriction. 

Mise à jour du 30 janvier 2018 – Ce 29 janvier, le gouvernement irlandais a précisé la période à laquelle aurait lieu le référendum qui vise potentiellement à assouplir la législation irlandaise sur la question de l’avortement.

Celui-ci devrait se tenir à la fin du mois de mai, bien que la date exacte reste à définir comme le précise Le Monde.

Les mouvements défendant le droit à l’avortement en Irlande ont manifesté leur enthousiasme face à ce pas en avant.

Les militant·es pro-choix s’organisent pour faire campagne, au côté du premier ministre qui a annoncé souhaiter ce changement.

Mise à jour du 27 septembre 2017 – Le chef du gouvernement irlandais – ou Taoiseach en VO – Leo Varadkar a annoncé le 26 septembre devant le parlement son intention d’organiser un référendum sur la question de l’avortement en mai ou juin 2018. 

Déjà pressentie en juillet dernier suite à l’arrivée de Leo Varadkar à la tête du gouvernement qui jugeait la loi actuelle « trop restrictive », cette annonce est donc saluée par le mouvement Repeal the Eight (voir ci-dessous) qui milite pour la légalisation de l’avortement.

Cependant, les militant•es pro-choix restent prudent•es puisque la question qui sera posée aux irlandais•es n’est pas encore formulée. Si le Guardian parle de la levée de l’interdiction « dans presque toutes les circonstances », cette formulation reste pour le moins imprécise. 

Les mouvements pro-choix prévoient des manifestations suite à la Journée Mondiale du droit à l’avortement le 28 septembre, qui devraient se tenir ce week-end pour continuer de réclamer la libéralisation du droit à l’avortement.

Une jeune Irlandaise internée de force alors qu’elle voulait avorter

—Article initialement publié le 19 juin 2017 

En Irlande, une adolescente a fait l’expérience douloureuse fin décembre d’être internée en hôpital psychiatrique, alors qu’elle souhaitait recourir à un avortement.

L’affaire a été rapportée par le Child Care Law Reporting Project, mis en place pour s’assurer du bon traitement des enfants au cours des procédures légales.

Le Mental Health Act, un frein à l’avortement ?

Fin 2016, alors qu’elle souhaitait avorter et pensait être reçue à l’hôpital dans cet objectif, une adolescente a été internée suite au diagnostic d’un psychiatre, rapporté par le Child Care Law Reporting Project, expliquant que :

« L’état psychologique de l’adolescente résultant de la grossesse pourrait la conduire à se faire du mal voire à se suicider, mais qu’un traitement pouvait permettre de réguler ces risques et que l’interruption de la grossesse ne résoudrait pas tous les problèmes de l’adolescente à ce stade. »

En effet, en Irlande, il existe une loi – le Mental Health Act – qui permet sous certaines conditions d’interner de force des individus atteints de troubles mentaux. Ce processus peut être mis en place si les conditions suivantes sont réunies :

« [Être atteint] d’une maladie mentale, démence sévère ou d’incapacités intellectuelles conséquentes avec un risque sérieux de représenter un danger pour soi ou pour les autres. »

Cela peut aussi être le cas si le jugement de l’individu est « si altéré que la condition de la personne pourrait encore se dégrader si un traitement, qui ne peut être administré qu’en hôpital, n’était pas suivi ».

Libérée grâce à des contre-expertises psychologiques

Pourtant, la jeune femme et sa mère pensaient qu’elle était transférée à Dublin dans le but de pouvoir recourir à une IVG.

Le Guardian Ad Litem (la personne responsable d’un•e mineur•e pris•e en charge par la justice) avait par la suite demandé d’autres expertises psychologiques à deux praticiens, qui avaient conclu que son état ne nécessitait pas un internement.

Elle n’était pas selon eux dans un état de détresse mentale suffisant pour être internée de force dans le cadre du Mental Health Act, un état qualifié également de « difficile à évaluer » étant donné les circonstances.

Suite à cela, l’adolescente avait été libérée, mais le rapport n’indique pas si elle a pu recourir à une IVG ou non.

L’Irlande : l’un des pays les plus restrictifs en matière d’avortement

Cette histoire est symptomatique du traitement réservé aux femmes qui souhaitent avorter en Irlande, où la législation est l’une des plus restrictives du monde.

En effet, la Constitution et en particulier son article 40.3.3 (introduit par le 8ème amendement) consacre « le droit à la vie des enfants à naître », considéré égal à celui de la mère.

Dans les faits, ça veut dire que l’avortement ne peut être légal que s’il y a un « risque sérieux et réel » pour la vie de la mère.

Autant dire que ça réduit les possibilités. D’ailleurs l’ONU a appelé l’Irlande à faire évoluer sa législation, qui violerait le Pacte International relatif aux droits civils et politiques en infligeant un traitement cruel, inhumain et dégradant aux femmes.

En 2016, Slate avait d’ailleurs publié un article sur le parcours du combattant de deux jeunes femmes irlandaises pour pouvoir avorter.

La lutte pour le droit à l’avortement au quotidien

En Irlande, la lutte pour obtenir le droit à l’avortement est donc quotidienne. Une organisation, The Coalition to Repeal the Eight Amendment, réunit les voix qui s’élèvent pour organiser un référendum sur la question.

Suite à cette affaire, une pétition a également été lancée pour appeler le gouvernement à faire en sorte que le Mental Health Act ne soit plus utilisé dans ce genre de circonstances.

Cette actualité nous rappelle aussi la difficulté d’accès à l’avortement sur toute l’île : l’Irlande du Nord (faisant partie du Royaume-Uni) a également une législation très restrictive en la matière.

En mars, les locaux de militantes avaient été perquisitionnés par la police à la recherche de pilules abortives lors de la journée internationales des droits des femmes.

Pour signer la pétition, c’est ici !

Merci à Shadowsofthenight d’avoir partagé la pétition !

À lire aussi : Les Irlandaises se mobilisent pour le droit à l’avortement

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Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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Commentaires
  • Nouanda
    Nouanda, Le 13 avril 2018 à 23h56

    Je suis justement en Irlande pour quelques jours, outre le fait qu'en sortant de l'aéroport de Dublin le premier truc que je voie soit une immense obélisque où il est écrit "God is love" (je n'ai aucune animosité contre une quelconque religion mais ça m'a quand même marquée ahah), je suis restée vraiment choquée du nombre d'affiches anti-avortement placardées tous les dix mètres. Y'en a partout à Dublin, mais aussi à Galway et c'est HORRIBLE. Genre on voit un fœtus avec en légende "si vous vous sentez concerné par la mort d'un enfant de 6 semaines qui baille et qui bouge, votez non" à "si vous vous sentez concerné par l'assassinat d'un enfant de six mois votez non". Et genre y'en a à tous les coins de rue. Bonjour le malaise. (De temps en temps je vois quand même une affiche "our body our choice, vote yes", mais elles sont beaucoup plus rares.). Bref je suis fortement perturbée et je prends encore plus conscience d'à quel point c'est grave d'en être toujours là en Irlande.

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