Reportage au lycée Émile-Loubet de Valence, critiqué pour son dress-code jugé sexiste

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Au lycée Émile-Loubet, les tenues des élèves, et plus particulièrement des filles, sont contrôlées. Au matin du mardi 4 avril, les lycéen•nes ont décidé de se réunir devant l'établissement pour protester.

Reportage au lycée Émile-Loubet de Valence, critiqué pour son dress-code jugé sexiste

La semaine dernière, on vous racontait l’histoire du lycée Émile-Loubet de Valence : son personnel est accusé d’effectuer un contrôle drastique de la tenue des élèves. Et plus particulièrement celle des filles, dont la longueur des vêtements serait un motif de renvoi temporaire.

Le mardi 4 avril à sept heures, les lycéen•nes étaient appelé•es à se rassembler devant l’établissement, pour protester contre les mesures de code vestimentaire.

Les tracts et banderoles étaient au rendez-vous, le tout coordonné par le collectif Section Rosa. Celui-ci avait proposé de l’aide aux élèves, en repérant les débuts de la polémique sur Twitter.

Pas de jupe trop courte, pas de jeans troués au lycée Émile-Loubet

Car c’est sur les réseaux sociaux que tout a commencé, par le tweet d’une lycéenne se plaignant d’avoir été renvoyée du lycée. En cause ? Une jupe jugée trop courte.

Elle poste alors une photo de sa tenue considérée comme indécente : une jupe près du corps et des collants opaques. Objectivement, rien d’extravagant.

Et puis tout s’emballe : d’autres élèves affirment que le maquillage est contrôlé, que les filles sont sommées de mettre les bras le long du corps pour être sûrs que les doigts ne dépassent pas la longueur de la jupe. (Une unité de mesure communément utilisée pour juger les robes de soirée des américaines lors des bals de promo…)

Nordry Granger, membre du collectif Section Rosa, est présente ce jour-là au rassemblement. De nombreux•ses internautes ont soulevé le fait que ce code vestimentaire était nécessaire pour préparer les élèves à la vie professionnelle.

Elle n’est pas d’accord :

« Les témoignages qu’on a reçus viennent uniquement de filles, donc c’est essentiellement elles qui sont contrôlées.

Leur imposer ce code vestimentaire sous prétexte de les préparer à la vie professionnelle, c’est n’importe quoi.

Ça veut dire qu’il faudrait accepter l’idée que le patriarcat est partout, et qu’il est légitime à leur dicter comment s’habiller ?

Quand Cécile Duflot se fait siffler à l’Assemblée Nationale parce qu’elle porte une robe, ce sont les siffleurs qui sont indécents, pas elle. »

Des restrictions humiliantes au lycée Émile-Loubet

Des tracts signés « les lycéennes » circulent dans le rassemblement, exprimant un ras-le-bol indéniable. On y lit par exemple :

« Nous n’avons pas besoin d’être jugées ni humiliées par notre proviseure, avec sa notion de décence à elle, pour savoir si nos vêtements vont nous empêcher ou empêcher les autres de correctement étudier. »

Surtout que les restrictions se font un peu à la tête du client. Quand on discute avec différent•es lycéen•nes, certain•es disent avoir été victimes de remarques, d’autre non, mais tou•tes finissent par remarquer que les élèves sont ciblé•es.

Lucie, Carla et Elisa ont revêtu leurs plus beaux jeans troués pour l’occasion. Si elles affirment ne jamais avoir été renvoyées chez elle pour tenue indécente, elles trouvent quand même les remarques blessantes.

« Souvent, c’est les fortes têtes qui ont droit à des remarques. Et c’est vrai que c’est humiliant : la proviseure engueule les filles devant tout le monde quand elle les estime mal habillées.

Quand on est sûre de soi ça va, mais on a déjà vu des filles se mettre à pleurer… »

Au lycée Émile-Loubet, un code vestimentaire sexiste ?

Devant la banderole, une lycéenne brandit fièrement sa pancarte en carton. Elle s’appelle Marie, et elle s’insurge contre les accusations auxquelles son établissement fait face depuis quelques semaines.

« Ok, les filles n’ont pas droit au même traitement que les garçons, mais de là à dire qu’Émile-Loubet est sexiste, c’est un peu abusé.

Je défends les droits des femmes, j’ai des convictions, mais ce dont souffre notre lycée c’est surtout d’une réglementation trop stricte. »

Et de fait, l’application de cette réglementation semble avoir pour conséquence une différence de traitement entre les élèves. C’est ce point qui a surtout retenu l’attention médiatique et des réseaux sociaux, ce que déplore l’une des amies de Marie :

« C’est un super lycée, on fait plein de trucs intéressants, plein de sorties, les profs sont top… On trouve ça dommage de voir Émile-Loubet réduit à ça dans les médias. »

Et si on laissait la parole aux lycéen•nes d’Émile-Loubet ?

Finalement, quand je discute avec les lycéen•nes, ils et elles sont peu à me parler de sexisme. Ils veulent surtout pouvoir s’exprimer au travers de leurs vêtements, montrer leur personnalité et vivre comme ils et elles en ont envie.

C’est ce que m’expliquent Lucie, Carla et Elisa :

« On est ado, on a le droit de vivre notre jeunesse ! C’est aussi pour ça qu’on va dans un lycée public, parce qu’il n’y a pas d’uniforme et plus de liberté. »

Noémie, élève du lycée, arbore une jolie chevelure rose. Elle affirme n’avoir jamais été prise à partie pour sa teinture. Mais elle aussi s’insurge contre ce contrôle systématique, et confirme ce besoin d’expression :

« Le lycée, c’est vraiment le moment où on développe sa personnalité. On a besoin de s’affirmer, de montrer qui on est. »

Croire que les élèves vont s’habiller n’importe comment sans réglementation, c’est sous-estimer les adolescent•es. C’est leur retirer une confiance dont ils et elles ont besoin pour développer leur estime d’eux-mêmes.

Laisser la parole aux lycéen•nes, c’est ce qu’a décidé de faire la direction de l’établissement. Vendredi 7 avril, un questionnaire sur le point de vue des élèves sur la notion de décence leur sera distribué.

Le but : établir un vrai dialogue pour aboutir à un terrain d’entente.

À lire aussi : La culture du viol et le sexisme se portent (toujours) bien dans nos écoles

Lise F.

Tombée dans la marmite du jeu vidéo à l’adolescence, Lise cause gameplay, graphismes et OST en toute tranquillité. Pendant son temps libre, elle écrase des gens sur Splatoon avec un grand rire machiavélique et donne des coups de pelle à ses voisins sur Animal Crossing. Ses autres passions sont faire et manger des cookies, dormir et râler.

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Commentaires
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  • Freehug
    Freehug, Le 10 avril 2017 à 22h52

    @Mario From Space : le truc c'est qu'en théorie je suis 100% d'accord avec toi, en pratique, ces jeunes vont être balancés sur un marché du travail poussif et injuste dans au mieux quelques années. Il faudrait repenser tout le système mais en attendant ? Ben on fait du bricolage (vu qu'on n'a pas non plus de moyens, c'est chouette). Et le coup des tenues c'est du bricolage, parce qu'en attendant une révolution pour un certain nombre d'élèves c'est une vraie lutte de leur faire abandonner leur casquette ou leurs baskets. Et dans 1 an leur patron n'aura pas la patience de leur apprendre. Déjà que c'est pas simple de trouver du boulot...

    Pour le reste j'aurais dû préciser que je ne parle QUE d'expérience personnelle. Quand j'étais au lycée le personnel devait partir du principe que le dresscode on verrait ça plus tard (remarque, c'était peut-être tout simplement pas encore la mode des jeans troués, en y repensant on avait pas droit aux chapeaux), et à la fac, on nous a martelé l'importance du tailleur/costard (erk). Mais le lycée où je bossais n'avait pas de filière générale, on avait des cap, lycéens en filières pros et bts. Du coup on était d'autant plus stricts sur la tenue qu'ils avaient peu de temps pour apprendre.

    Bref, en attendant mieux je suis pour un léger code vestimentaire, non sexiste, pour tous les lycéens (au passage on ne disait rien sur les bretelles de soutif parce qu'en plus d'être sexiste vous pouvez être sûres qu'une gamine à qui on balance ça ses camarades ne la louperont pas). Je serais aussi pour des cours de vie pratique : remplir des papiers administratifs, gérer un budget, pouvoir se faire à manger ou entretenir son appart c'est pas inné et ce serait quand même super utile. Et, aussi, des vrais cours d'éducation sexuelle tant qu'on y est mais bon là on peut rêver.

    J'ai un peu l'impression qu'au-delà du manque de moyens on a bricolé un système qui à la base était super élitiste pour l'appliquer de gré ou de force à tout le monde. Les rares alternatives ou améliorations c'est souvent des gens motivés en plein système D.

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