Ma sexualité, de la frustration à la compétition

Une madmoiZelle a réussi, avec le temps, à comprendre qu'il y avait quelque chose qui clochait dans son rapport au sexe. Après avoir pris du recul, elle raconte.

Ma sexualité, de la frustration à la compétition

J’ai eu une puberté relativement précoce. Mes hormones ont commencé à me travailler très tôt, et, en quelques années, j’ai été physiquement et mentalement prête à avoir des relations sexuelles. À 14 ans, c’était même devenu un besoin.

« Malheureusement », je ne plaisais pas. Je n’étais pas physiquement appréciée par mes camarades et j’étais beaucoup trop timide, à l’époque, pour être agréable, ou drôle. J’avais vraiment pas grand-chose pour plaire.

J’ai été prête avant tout le monde à forniquer, mais j’ai vu tout mon entourage entamer une vie sexuelle bien avant moi. Chaque fois qu’une copine venait me voir en me disant « je crois qu’on va bientôt le faire, avec Machin », je trouvais ça injuste. J’avais envie, moi aussi, de savoir ce que ça faisait, de se mettre toute nue devant quelqu’un, d’avoir un peu peur mais d’être heureuse de partager ça avec un autre être vivant…

Pendant presque quatre ans, j’ai rongé mon frein et exploré mon corps toute seule parce que c’était agréable, mais surtout pour me soulager. Pendant presque quatre ans, j’ai attendu qu’une occasion se présente à moi.

Quatre ans à se la coller derrière l’oreille, c’est long. 

Le moment où j’ai plu

Et puis un jour, j’ai changé. Ça faisait quelques années que j’avais entamé un long processus d’acceptation de moi et ce travail commençait à porter ses fruits. Quand je me regardais dans la glace, par exemple, je n’avais plus systématiquement envie de (me) vomir.. J’ai travaillé en caisse dans un hypermarché pendant l’été et l’obligation de parler aux client-e-s a tout changé : je me suis ouverte. Je suis devenue celle que je suis aujourd’hui, bavarde et enjouée.

Les seuls restes de ma timidité d’antan, ce sont mes joues qui rougissent toujours à la moindre émotion (le seul fait de penser « je ne veux pas rougir parce que de l’extérieur les gens pourraient croire que ça veut dire quelque chose alors que non » me fait rougir : mon corps, ce petit troll).

Dès lors, j’ai plu. Pas à tout le monde, mais je partais de loin ! J’arrivais à la fac et j’ai clairement eu l’impression d’une renaissance : les gens ne connaissaient pas celle que j’étais avant, alors je me suis fait des amis, j’ai commencé à flirter, et on riait à mes blagues.

Moi à cheval sur le petit tracteur du cul : une allégorie.

Ce n’est qu’à dix-huit ans que j’ai vécu pour la première fois cette sensation très bizarre d’être désirée. Je me souviens de la première fois qu’on m’a souri pour me charmer. J’étais à ma toute première soirée étudiante, que j’ai passée à rire et danser avec un garçon que je ne connaissais pas.

Sa façon de m’observer était bizarre. Bizarre et surtout tellement agréable que j’avais envie de n’être plus regardée que comme ça. La preuve que ça m’a marquée : je me souviens encore de son prénom et de son pull à rayures noires et rouges, alors qu’on n’a rien fait ensemble (j’ai appris le lendemain qu’il était en couple, ceci expliquant peut-être cela).

En tout cas, c’était pas comme se faire siffler dans la rue, c’était pas comme se prendre un regard lubrique en boîte. C’était agréable, comme un rayon de soleil sur un mal de crâne.

Les premières fois

J’ai eu ma première fois quelques temps après, avec un garçon qui ne me plaisait pas beaucoup mais avec qui je m’étais au préalable mise en couple deux semaines avant. Pourquoi ? Parce qu’un an plus tôt, au lycée, j’avais eu le malheur de dire à une amie que je comptais pas forcément attendre d’être amoureuse pour ma première fois. Qu’elle l’avait dit à son mec et qu’on me montrait du doigt comme la « potentielle salope » sans même réaliser l’absurdité du jugement. J’ai été « slutshamée » avant même de commencer ma vie sexuelle, c’est un concept sympa !

J’ai donc couché avec ce garçon, parce que je ne croyais pas au besoin d’être amoureuse pour prendre son pied (et je n’y crois toujours pas). Sauf que la nuance que je ne percevais pas à l’époque, c’est qu’il y a tout un monde entre « coucher sans être amoureuse » et « coucher sans désir de l’autre ».

Je me suis ennuyée pendant tout l’acte, que j’avais pourtant voulu et provoqué, laissant vite tomber tout esprit d’initiative pour attendre que ce soit fini, couchée sur le dos, la tête tournée vers la télé allumée (c’était un Envoyé Spécial sur les supermarchés, d’ailleurs, si tu veux tout savoir). Après quoi on a compris, autour d’une pizza surgelée cuite dans mon micro-ondes qui faisait four, qu’on n’avait finalement rien à faire ensemble, et on s’est quittés sans pression. J’avais quand même les jambes qui tremblaient un peu de ces sensations pas dingues mais différentes de ce que je connaissais.

Mais c’était fait : je n’étais plus vierge, je pouvais passer à autre chose. Et par « autre chose », j’entends « enchaîner les coups d’un soir, en avoir autant que possible ». Je les enchaînais, premièrement, parce que je VOULAIS prendre du plaisir et que quand on ne connaît son corps que par le biais de la masturbation, qu’on a 18 ans et à peu près le même âge que ses partenaires pas toujours expérimentés, c’est pas simple.

Je me disais que je n’étais pas normale parce que je n’avais pas d’orgasme par le biais de la pénétration (alors que si, je le suis, normale : il y a mille autres façons de prendre du plaisir). Que si je rejetais un mec à qui je plaisais et qui me plaisait un tout petit peu, je passais peut-être à côté du coup de ma vie.

Une quête d’à peu près tout

Je brassais de l’air. Je choisissais le mec qui me draguait dans la soirée, quand il y en avait un (dites, tout de même, je suis pas Miss Monde), j’avais une relation sexuelle avec lui, et le lendemain matin, je ressentais un mélange de fierté et de lassitude. De fierté, parce qu’à chaque fois que je rajoutais un partenaire à la liste de ceux qui m’avaient visitée, je crachais sur mon passé de meuf rejetée, et qu’à force de cracher dessus, peut-être que j’arriverai à le noyer. De lassitude, parce que toutes les fois finissaient par se ressembler. Que ça manquait, je sais pas, d’un petit truc en plus. Ça manquait d’âme. Que lui comme moi, on avait un peu été des robots. 

À peu près ma tête après un rapport pas folichon.

Je ressentais de la lassitude parce que là où je pensais bouffer la vie par tous les bouts (surtout le gland), je me contentais de faire du cul pour faire du cul, principalement pour les raisons précédemment citées, et aussi par peur d’être prude. J’étais d’un côté tiraillée entre le jugement de ceux qui trouvaient que j’avais un peu trop de partenaires, et par la pression que je me mettais pour être la plus libérée possible.

Plus tard, j’ai ressenti une furieuse et étrange envie de me sentir aimée pendant l’acte avec des inconnus, à en croire le rapprochement de la fréquence de mes rapports dans les semaines qui ont suivi les trois fois où j’ai été rejetée par des garçons que j’aimais. « Le coeur brisé, la chatte en feu » aurait pu être mon épitaphe.

Ce furent des coïts profondément tristes pendant lesquels il m’est arrivé de pleurer, parce que je pensais à celui qui n’avait plus voulu de moi, en ressentant une pointe de haine. J’avais envie de l’appeler pour crier dans le téléphone « t’as vu, hein, t’as vu, tu veux plus de moi mais y en a d’autres qui sont tout durs quand je veux bien d’eux ». C’était profondément triste, pour moi comme pour mes partenaires de ces soirs-là, qui ne méritaient pas que la fille dans leur bras pleure en pensant à un autre.

Je sais pas pourquoi j’avais cette envie de faire savoir à mes ex que je niquais. Ça aurait simplement fait mal à ces mecs dont le seul crime a été de ne plus m’aimer et de me quitter avant qu’on ne souffre trop. Que son ex puisse être désiré-e par autrui, ça, tout le monde le sait. Ça n’empêche pas pour autant de quitter quelqu’un qu’on n’aime plus et qu’on désire, du coup, encore moins.

Et maintenant ?

Et maintenant, j’ai compris.

Ça m’aura pris vachement de temps, de comprendre ça, mais mieux vaut tard que jamais. Je ne ramène pas chez moi le moindre mec un peu mignon si je n’ai pas de complicité avec lui, ou si je n’en ai pas envie. J’ai compris que je n’ai de revanche à prendre sur rien, ni personne. Ni mes anciens complexes (qui font partie pour la plupart du passé) ni les mecs qui m’ont brisé le coeur avec plus ou moins de force. Je ne vois plus le sexe comme une compétition, mais comme un échange — sur plusieurs semaines, plusieurs mois ou une seule nuit, peu importe.

Ça ne veut pas dire que je juge ceux et celles qui rentrent avec quelqu’un dès qu’ils en ont l’occasion. Ça ne veut pas dire que j’applique mon cas de figure à tout le monde. Ça veut simplement dire que je n’ai plus envie de le faire si je n’ai pas un bon feeling, une complicité avec l’autre. Que je ne veux plus ramener un mec qui m’agace chez moi, parce que je ne sais pas me lâcher quand je suis gonflée par quelqu’un. Et que je ne ramènerai plus les mecs qui attendent davantage de moi qu’un peu de sexe, en tout cas jamais sans leur expliquer au préalable.

Je n’ai plus besoin de prendre des pénis en bouche pour me donner l’illusion que je suis importante aux yeux des autres. Je le fais seulement quand j’en ai envie, ce n’est ni comme une récompense pour mon partenaire ni comme un dû. Et puis je le suis, importante, puisque je suis un être vivant, puisque je suis moi !

Au fond, j’ai vachement rejeté la faute sur tout le monde : les collégiens qui ont dit que j’étais la fille la plus laide de la classe, ceux à qui je n’ai jamais dit qu’ils me plaisaient, mes ex parce qu’ils avaient arrêté de m’aimer avant que je me détache complètement d’eux. Mais en réalité, ce que je n’arrivais pas à comprendre, c’est que la seule personne qui avait pour obligation de m’aimer, c’était moi-même. Et que c’est uniquement quand j’aurais compris ça que je pourrais suffisamment me respecter pour avoir enfin un rapport épanoui à ma sexualité.

Aujourd’hui, je n’ai plus de relations sexuelles pour retenir un mec que j’aime, ni pour l’oublier, ni pour le narguer. Je n’ai plus de relations sexuelles comme une solution au reste de ma vie, ou pour collectionner les expériences torrides ou ratées pour avoir des anecdotes à raconter.

Et depuis que j’ai compris mon véritable rapport au sexe, ça va franchement mieux. Je regrette aucune de mes expériences sexuelles, pas même celles qui se sont terminées dans l’angoisse en attendant le résultat du dépistage du SIDA, ni celles avec des hommes qui ne me respectaient pas, ni les ratées, ni quand mes « amis » à la fac ont créé un groupe intitulé « Pour que [mon prénom] [mon nom] arrête de niquer avec tout le monde », dans un élan d’irrespect, de dégueulasserie et de slut-shaming.

J’assume tout. Aujourd’hui, 1er juillet 2014, je le dis : je ne veux avoir des relations sexuelles QUE pour de bonnes raisons. Des raisons toutes simples, qui tiennent en une ligne : « cette personne me plaît » et « j’en ai envie ».

Avec ou sans drap pour protéger ma schnek du regard d’autrui.

Et ça fait vachement de bien ! Parce que se comprendre, comprendre ce qu’on attend de sa propre sexualité et ce qu’on a envie de vivre, ça amène à se respecter, et respecter ses partenaires, que je choisis désormais parce que j’ai envie qu’on partage quelque chose, et pas parce que je les vois comme un numéro, ou comme une étape de plus pour oublier ceux que j’aimais. Je ne jouerai plus avec les sentiments de personnes, et je vais apprendre un truc très simple, à la base de toute expérience sexuelle, mais que j’avais oublié de faire en chemin : aimer ça. Aimer le sexe pour ce qu’il est. 

Ni plus, ni moins.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MsOriginalDoll
    MsOriginalDoll, Le 17 juillet 2014 à 13h18

    Suite à ton article, je pense sincèrement qu'une fille ne peux ressentir cela qu'après avoir vécu une vie sexuelle et/ou amoureuse aussi importante. Je ne dit pas non plus de se taper tout un continent, mais c'est en expérimentant qu'on apprends !

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