Ces détails du quotidien qui me donnent la rage de vivre

Avoir envie de mourir est le sujet du roman de Sophie Jomain, Quand la nuit devient jour. Incapable de se représenter la volonté d'en finir, Clémence a réfléchi aux détails qui la raccrochent à l'envie de vivre.

Ces détails du quotidien qui me donnent la rage de vivre

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un partenariat avec Pygmalion.
Conformément à notre Manifeste, on y a écrit ce qu’on voulait.

En lisant Quand la nuit devient jour, je me suis demandé jusqu’à quel point il faudrait que je souffre pour avoir envie de mourir. Ça me paraît tellement irréel, d’avoir l’envie consciente, volontaire et motivée de quitter ce monde. Je me suis torturé les méninges avec cette question, je ne me suis pas trouvé de raison, de situation objective où je m’imaginerais vouloir mourir.

Ce sont surtout les détails du quotidien, les petits plaisirs insignifiants de la vie qui me donnent le plus de satisfaction.

Alors j’ai repris la question à l’envers, et je me suis demandé ce que je chérissais tant dans la vie, pour y être aussi fortement attachée. Je ne vis pas pour les autres, donc ce n’est pas « pour ne pas faire de peine » à mes proches. J’ai cherché ce qui me manquerait, tout ce qu’il faudrait m’enlever, en même temps, pour toujours, pour que ma vie perde sa saveur.

Et je me suis rendu compte que loin des grosses fortunes et des grands moments, c’étaient surtout les détails du quotidien, les petits plaisirs insignifiants de la vie qui me donnaient le plus de satisfaction, le plus souvent. Je trouve ça carrément niais, pour tout vous dire, mais si je devais extraire l’essence de ma vie, ce serait un parfum au mélange très ordinaire !

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L’odeur du café

Longtemps avant d’en boire, et même alors que j’en bois de moins en moins, l’odeur du café m’a toujours été agréable. Elle a bercé les matins de mon enfance. Mes parents n’en buvaient pas, c’était uniquement chez mes grands-parents et en vacances que le parfum des grains moulus envahissait la cuisine.

C’était aussi l’odeur de la sieste, qui suit le déjeuner les samedis et les dimanches, lorsqu’on se laisse engloutir par le canapé, tandis que le présentateur du 13h rend l’antenne. On baissera le son progressivement, jusqu’à ce que la télé se taise et que le sommeil nous prenne.

Depuis, l’odeur du café a ce super-pouvoir, celui d’absorber ma fatigue même si je n’en bois pas, et de me coller un sourire aux lèvres, même si c’est juste pour un instant. Et comme c’est une boisson très populaire, j’ai un peu l’impression de baigner dedans.

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L’odeur de la ville après la pluie

J’aime tellement cette odeur parce qu’elle prend aux narines et qu’elle n’est jamais aussi forte que lorsque l’averse est immédiatement suivie par les rayons du soleil.

Toujours dans les odeurs, celle qui me redonne toujours le sourire, c’est celle du bitume après une averse, plutôt de mars à octobre. Quand la pierre est tiède et que la pluie lave la ville, et finit par s’évaporer au retour des rayons du soleil. L’odeur du macadam mouillé me chatouille les narines, et je serais bien incapable d’expliquer pourquoi c’est le cas.

Souvent, quand la pluie s’arrête, les oiseaux se remettent à chanter, et c’est comme si la vi(ll)e se réveillait, après un petit passage à vide. Je crois que ça me rappelle cette phrase que répétait souvent un vieil ami : « Il ne pleut pas tous les jours ». J’aime tellement cette odeur pour ça, au fond, parce qu’elle prend aux narines et qu’elle n’est jamais aussi forte que lorsque l’averse est immédiatement suivie par les rayons du soleil.

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Le bruit des pas sur la neige

L’hiver est une saison triste. La nature s’endort et la vue des étendues verdoyantes me manque plus encore que lorsque je passe l’été à Paris, dans la chaleur étouffante, prisonnière des façades réfléchissantes. L’hiver n’a pas de parfums, et moi qui me repose tant sur mon odorat au quotidien, j’ai la sensation d’être privée de l’un de mes cinq sens pendant trois mois.

Mais l’hiver, c’est aussi la saison des silences. Contrairement au printemps, où le boucan des oiseaux sonne l’aube, et à l’été, où la symphonie des batraciens rythme le crépuscule, l’hiver est un long silence, ponctué de quelques notes singulières.

Ma préférée dans cette partition minimaliste ? Le bruit des pas qui crissent dans la neige fraîche. C’est un son unique en son genre, que je n’ai jamais entendu parfaitement reproduit. On dirait un peu un concombre qu’on épluche, mais c’est moins incisif, moins précis, plus « consistant ». Plus doux et plus ferme, aussi.

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Les cerises tièdes

En été, c’est la fanfare en permanence. Du lever du soleil jusqu’au cœur de la nuit, les ambiances se succèdent et rythment les heures de la journée. Dans ce tintamarre harmonieux, ma « madeleine de Proust » à moi, c’est le goût des cerises encore tièdes, picorées à même la branche.

Ça vaut le coup d’avoir des taches de jus pourpre sur les dents, les gencives, les lèvres, les ongles et la pulpe des doigts.

Oui, ça demande un peu d’escalade dans le bois fragile, des acrobaties à l’échelle, des remontrances de la grand-mère qui forcément s’inquiète dès qu’elle vous voit à plus d’un mètre du sol. Mais ça vaut le coup. Ça vaut le mal de ventre à la digestion parce que j’oublie toujours qu’il faut pas boire trop après, mais c’est l’été, j’ai soif en permanence, bien sûr que je bois trop.

Ça vaut le coup d’avoir des taches de jus pourpre sur les dents, les gencives, les lèvres, les ongles et la pulpe des doigts.

Depuis que j’ai quitté la campagne, je ne peux plus aller cueillir mes cerises moi-même : c’est un timing très délicat, il faut les choper dès qu’elles sont mûres, avant les oiseaux, ce qui laisse une fenêtre d’intervention très réduite. Alors, une fois dans la saison, je m’en procure un kilo chez un maraîcher.

Et je les mange nature, souvent devant Roland-Garros (parce que c’est la saison).

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Quel est le rapport entre Novak Djokovic et les cerises ? C’est Roland-Garros, suivez un peu. Et puis c’est mon article, je fais ce que je veux !

La chair de poule

Quand ma peau réagit à mes émotions, j’ai le sentiment qu’elle traduit mes sensations dans le monde réel.

Je sais que la chair de poule se produit plutôt dans des situations inconfortables : quand on a froid, quand on a (très !) peur, quand on est malade, mais aussi quand on est très ému•e. Si je déteste la plupart de ces circonstances, j’adore la sensation de la peau qui se contracte et me tire.

Comme si mon enveloppe corporelle me rappelait son existence : je suis ton corps, je suis ta peau, prends soin de moi, nous sommes indissociables.

C’est peut-être bête, mais quand ma peau réagit à mes émotions, j’ai le sentiment qu’elle traduit mes sensations dans le monde réel. Que c’est pas que dans ma tête qu’il se passe quelque chose, que ce que je ressens résonne dans ma chair, et ça me raccroche à une réalité tangible.

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Les éclats de rire

À l’opposé des larmes et émotions qui prennent à la gorge et affleurent sur la peau, il y a celles qui irradient le corps tout entier, et le soulagent de ses tensions : les éclats de rire.

J’ai fait plusieurs dépressions dans ma vie, je sais aujourd’hui avec le recul que je n’étais pas « juste triste » ou « juste fatiguée », justement parce que pendant ces périodes, je n’avais plus d’éclats de rire.

Je ris fort et je n’en suis pas désolée, je ris beaucoup, souvent, de pas grand chose, de tout, parce que ça fait du bien. Parce que ça défoule, ça soulage, c’est contagieux, ça ne dure pas, à chaque fois j’oublie combien c’est bon, et ça me surprend quand ça revient.

Je chéris ces éclairs de joie pour les diamants qu’ils sont : inestimables.

Ce que je n’oublie pas, en revanche, c’est que les occasions de rire aussi franchement se font rares dans une actualité qui passe de sombre en tragique, alors je chéris ces éclairs de joie pour les diamants qu’ils sont : inestimables.

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La couleur du ciel à l’aube

Les couchers de soleil sont hyper populaires dans l’univers romantique. Moi je préfère l’aube, à tel point que je me suis promis qu’un jour, je ferai le tour du monde et j’assisterai partout au lever du soleil. Tout comme les couchers, il n’y en a pas deux pareils, mais à l’inverse du crépuscule, l’aube symbolise pour moi un début, le commencement, de nouveaux possibles.

C’est paisible et puissant à la fois, c’est une explosion si lente qu’on la croît figée, jusqu’à ce que le jour s’installe. C’est un bouleversement progressif, tant de contradictions simultanées ! Je crois que j’aime autant l’aube parce qu’elle me ressemble, au fond. C’est un beau bordel, chaque jour différent.

Je ne pourrais pas renoncer à l’aube suivante. C’est plus fort que moi.

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Et toi, quels sont les petits plaisirs, les ancres et/ou les bons souvenirs qui te font garder pied dans la réalité ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Cecelight
    Cecelight, Le 27 mai 2016 à 14h04

    J'ai une réelle obsession avec l'enfance due à la perte d'un cousin extrêmement jeune lors de mon adolescence et ma propre enfance étant relative. Parents aimants, mais pression qui m'a foutue en l'air. J'ai donc besoin de rééquilibrer en étant régressive.
    Donc l'odeur du miel, vanille et karité. Les bonbons. L'odeur de la tarte aux pommes de ma mamie. Le caramel. Les fous rires. Les danses impromptues. Chansons impromptues. Les câlins. Les sourires dans les transports en commun. Regarder les nuages. Faire des bulles. Sauter dans des piscines.

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