Qu’est-ce qu’un espion ?

Si vous avez des tendances paranoïaques, on vous conseille de ne pas lire cet article, car Laura vous plonge dans un monde de mensonges, de manipulations, de chantage et de séduction, celui de l’espionnage.

Qu’est-ce qu’un espion ?

L’espion fait partie de l’imaginaire collectif. Dans nos esprits, c’est l’être mystérieux et inaccessible qui risque sa vie pour sauver la planète et qui ne laisse que des ruines derrière lui. On l’imagine, probablement à cause de monsieur Bond, vêtu d’un costume et entouré de belles femmes, ou à l’inverse rampant dans des contrées sablonneuses sous un soleil torride. C’est (souvent) un homme, (toujours) polyvalent et (généralement) isolé de sa hiérarchie.

Sans pouvoir prétendre vous révéler le quotidien de la vie d’espion, je vais tenter d’ancrer un peu plus la légende dans la réalité.

Qui est l’espion ?

Le terme d’ « espion” est souvent méprisé par les professionnels qui lui préfèrent généralement l’expression plus fonctionnelle “agent de renseignement”.

En France, le service en charge du renseignement extérieur est la Direction Générale de la Sécurité Extérieure connue également sous le sigle DGSE, ou sous des appellations plus sibyllines telles que la Maison, la Boîte, le Service, ou en rapport avec le siège parisien, la Piscine et la Centrale. C’est l’équivalent français de la CIA.

Les agents de la DGSE sont donc des fonctionnaires recrutés par concours et rémunérés selon la même grille de salaires que les employés des autres administrations. Ils disposent d’un budget général de 592.8 millions d’euros en 2012 et, c’est moins glamour que dans les fictions,  sont soumis à une stricte comptabilité lorsqu’ils doivent, dans le cadre de leur mission, utiliser des fonds.

La DGSE dépend du Ministère de la Défense et emploie près de 5 000 personnes, civiles ou militaires, dans 77 métiers allant des prévisibles agents de renseignements et officiers traitants à des cuisiniers, linguistes, analystes, documentalistes, couturiers, ingénieurs… Si vous êtes intéressées par un emploi à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure, sachez qu’un plan de recrutement de près de 700 personnes a débuté en 2009 et s’achèvera en 2015. La majorité de ces employés travaille au siège est n’est pas soumise aux dangers qu’on imagine aller avec le métier. Il n’empêche qu’il ne leur est pas conseillé de dévoiler l’identité de leur employeur.

Quel est son rôle ?

L’espion fait partie d’un service de renseignements chargé de récupérer des informations secrètes. Le secret en question peut porter sur les forces, les faiblesses ou les intentions d’un groupe légal (une entreprise ou un État par exemple) ou illégal (un groupe terroriste ou mafieux) qui menace directement ou indirectement les intérêts français. La découverte du secret doit elle-même restée cachée afin que celui-ci ne perde pas sa valeur.

La Direction Générale de la Sécurité Extérieure est, comme son nom l’indique, en charge des menaces se trouvant à l’étranger. La gestion des menaces présentes sur le territoire français est de la compétence de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), composée de policiers, sous la responsabilité du Ministère de l’Intérieur et soumise au respect des lois de la République.

Les zones les plus ciblées par les actions de la DGSE se situent dans ce que ce service appelle « l’arc de crise », qui s’étend de l’Afrique de l’Ouest à l’Himalaya. Les principales menaces pour la France s’y trouvent, avec en haut de la liste la prolifération nucléaire et le terrorisme islamiste, suivis par les guerres civiles, le crime organisé (notamment les trafics, l’immigration clandestine et les enlèvements) et la piraterie.

Comment agit-il ?

L’accès au secret par l’officier de renseignement peut se faire de trois façons.

Le renseignement opérationnel est probablement la plus facile à appréhender pour les novices que nous sommes. Le secret doit être récupéré directement à la source, sans qu’aucun des détenteurs ne s’en aperçoive. Les officiers de renseignements, qui sont très spécialisés, interceptent des communications ou se rendent sur le lieu où est conservée l’information pour en faire une copie.

Le renseignement technologique consiste en l’exploitation, souvent à distance, des instruments technologiques modernes pour obtenir des informations. Si vous avez un téléphone portable, si vous avez un ordinateur connecté à Internet, la DGSE est en mesure de copier sans que vous ne vous en rendiez compte le contenu de votre appareil. Si vous n’avez pas Internet, la DGSE pourrait tout de même envoyer son service opérationnel faire une copie de votre disque dur sur une clé USB… Mais les chances que cela arrive sont relativement faibles.

Le renseignement humain est le plus subtil. D’après Alain Chouet, qui a travaillé 30 ans à la DGSE :

“Le problème n’est pas d’obtenir, fût-ce avec virtuosité, ce que les autres peuvent dire, montrer ou faire avec plus ou moins de bonne volonté, mais bien ce que leurs lois, leurs coutumes ou leur environnement social leur interdisent formellement de communiquer ou de faire, sous peine des pires sanctions dont aucun code pénal au monde n’est avare. Considérant cette fin, il va de soi que les moyens mis en oeuvre seront en rapport : manipulation, séduction, corruption, violence, menace, chantage, au terme d’un processus qui aura mis à nu toutes les facettes de l’objectif visé, pénétré son intimité, exploité toutes ses vulnérabilités”
– Alain Chouet, La sagesse de l’espion
, p.16

Une fois qu’une menace est perçue et que la DGSE s’aperçoit qu’il lui faut davantage d’informations, elle identifie les personnes qui détiennent le secret recherché, puis désigne celle qui sera la plus à même de le dévoiler : c’est la future “source”. Cette dernière est ensuite approchée par l’officier de renseignement, qui s’installe dans son entourage de manière discrète, noue des relations de plus en plus étroites, puis demande de menus services et informations et en profite pour prendre l’ascendant sur la source. L’officier de renseignements est aidé dans sa tâche par des experts en technologies et en psychologie. Il transmet ensuite les informations qu’il a récoltées à son officier traitant, qui envoie à son tour les données aux analystes de la DGSE.

Une fois en la possession de la DGSE, l’information, ses causes et ses possibles conséquences sont communiquées à nos dirigeants politiques qui peuvent orienter leurs décisions avec une connaissance précise de la situation. Si nécessaire, les autorités politiques demandent à la DGSE d’intervenir clandestinement pour neutraliser la menace.

6% des Français jugent la DGSE de manière négative en raison de son organisation « opaque » et « peu fiable« , de ses « méthodes excessives » et parce qu’elle « attente parfois aux libertés« … Ce que ces 6% ne réalisent peut-être pas, c’est qu’ils décrivent l’essence même de ce service de renseignement. La DGSE agit toujours secrètement et illégalement, elle ne peut faire autrement. Si ses actions sont découvertes, elles engageront la responsabilité internationale de la France et sa réputation sera mise à mal. La mission sera donc considérée comme un échec.

Les faux époux Turenge

Les scandales de la DGSE

Mehdi Ben Barka était un opposant marocain sous le gouvernement de Hassan II, victime de complots et de tentatives d’assassinats. En 1965, cet homme politique internationalement reconnu a été enlevé en pleine journée au milieu de Paris par deux policiers français. Son corps n’a jamais été retrouvé. Une enquête menée par des journalistes de L’Express implique des truands, des responsables français des services de renseignements et les autorités marocaines. Plusieurs films et téléfilms se sont insipirés de ce scandale.

En 1985, un navire appartenant à GreenPeace vogue vers le Pacifique pour protester contre les essais nucléaires français qui doivent y avoir lieu. Le bateau, appelé le Rainbow Warrior, fait halte en Nouvelle-Zélande et coule après deux explosions avec un photographe à son bord. Peu de temps après, un couple suisse, les “époux Turenge” sont arrêtés, inculpés pour meurtre et leur appartenance à la DGSE est suspectée, puis confirmée. L’ancien Premier Ministre Néo-Zélandais expliqua plus tard que « C’était la plus grave violation de la souveraineté territoriale qu’ait jamais subie la Nouvelle-Zélande. C’était un acte de terrorisme soutenu par un État, un acte de guerre« , et une crise diplomatique éclate entre la France et la Nouvelle-Zélande.

Si vous voulez en savoir plus sur les services de renseignements français, je vous conseille la lecture de « La sagesse de l’espion« , aux éditions l’Oeil Neuf, écrit par Alain Chouet qui a travaillé pendant 30 ans pour la DGSE et qui explique en une centaine de pages les caractéristiques du métier.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Madness
    Madness, Le 29 juin 2012 à 21h54

    Merci beaucoup pour cet article particulièrement intéressant ! Je ne m'étais jamais vraiment posé la question sur l'espionnage, j'ai simplement regardé la série Léa Parker avec une ex-Miss :shifty:. J'aimais bien, en plus :cretin: !

    Je pense que je lirai ce livre si je le trouve, et sûrement d'autres de la même collection, cela me fascine toujours d'en apprendre un peu plus sur un métier que je ne côtoierai probablement jamais de ma vie.

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