Un prof en grève de la faim pour pouvoir… enseigner ! [MÀJ]

Un professeur risque de perdre le bénéfice de son concours, à cause d'une affectation incompatible avec ses obligations. Et il n'est pas le seul dans ce cas.

Un prof en grève de la faim pour pouvoir… enseigner ! [MÀJ]
Des nouvelles de Clément Meyer à la fin de l’article !

Article initialement publié le 9 septembre à 11h18 : 

Clément Meyer a décidé de reprendre des études afin de devenir professeur. Il a pour cela suivi un cursus mis en place par l’Éducation Nationale, un master ouvert aux titulaires d’un Bac+4, le MEEF : Métiers de l’éducation, de l’enseignement et de la formation.

À l’issue de la première année, les candidats qui ont été admis au concours peuvent effectuer leur deuxième année de master en parallèle de leur année de stage. Il faut avoir un niveau bac+5 pour être professeur titulaire ; ils doivent donc compléter leur deuxième année de master (qui est validée par la réussite des examens).

Pour conserver le bénéfice de son concours, Clément Meyer doit donc valider sa deuxième année de master, dans l’académie de Lille où il est inscrit, ET compléter son année de stage, sur son lieu d’affectation… à Reims.

C’est le problème : il n’a pas reçu d’affectation dans l’académie où il est censé compléter sa formation. Pourtant, ce cas de figure est prévu dans le cadre du MEEF. Il suffisait d’envoyer un justificatif avec ses voeux d’affectation, avant le 20 juin. Ce que Clément Meyer assure avoir fait.

La maison des fous dans Astérix ?

En recevant son affectation dans une académie différente de ses souhaits, il a donc contacté le ministère, croyant à une erreur.

« Depuis le 13 juillet, je tente de joindre le ministère tous les jours. J’ai envoyé 5 ou 6 courriers recommandés avec des demandes de recours, des courriers d’affectation.

Plus le temps passe, et plus il me semblait difficile d’obtenir une affectation à Lille, je me disais que les postes devaient être déjà pourvus. Qu’à cela ne tienne, j’ai alors demandé un report de stage, la possibilité de le faire l’année prochaine, et de compléter ma deuxième année de master (à Lille) cette année.

Normalement ce report est obtenu de droit. Mais le bureau des Ressources Humaines me le refuse, car il fallait le demander avant le 16 juin.  Or à cette date, je ne savais pas encore si j’étais reçu au concours, ni a fortiori, où j’allais être affecté. »

Clément Meyer apprend finalement qu’un candidat sur liste complémentaire vient d’obtenir des affectations à Lille : c’est donc qu’il restait de la place.

Dans le lycée même où il a effectué son stage en première année, un professeur a été recruté en vacataire (la personne n’a pas eu le concours, elle n’est pas titulaire, contrairement à lui).

« Le guichet 2 ! »

Sans recours, il se retrouve dans une impasse :

  • Poursuivre son master à Lille, et perdre le bénéfice du concours faute d’avoir complété son année de stage
  • Effectuer son stage à Reims, et perdre le bénéfice du concours, faute d’avoir complété son master

Clément Meyer a rendu son histoire publique sur Facebook :

« Bonjour à tous,

En 2013 j’ai décidé de changer de vocation professionnelle. J’ai pour cela repris des études, en master, afin d’intégrer l’Education Nationale en tant que professeur d’économie et gestion. J’ai obtenu le CAPET cette année et d’après un bulletin officiel publié cette année, j’étais censé être affecté dans mon académie d’origine, Lille.

Malheureusement, suite à une erreur de la part du ministère, j’ai été nommé dans l’académie de Reims. Seulement, pour valider mon concours je dois terminer mon master, qui n’est pas dispensé dans mon académie d’affectation.

Le choix qui m’est laissé aujourd’hui par le ministère de l’Education Nationale est le suivant :

Soit je termine mon master, mais je suis dans ce cas considéré comme démissionnaire, ce qui entraîne l’annulation de mon concours, soit, je prends mon poste, mais je ne peux pas terminer mon master, ce qui entraîne aussi l’annulation de mon concours.

J’ai tenté de demander une correction d’affectation, qui a été refusée.

J’ai demandé l’intervention du médiateur de l’Éducation Nationale, du Défenseur des Droits, du médiateur de la République, sans succès.

J’ai fini par demander un report de stage, qui est refusé au prétexte qu’il fallait en faire la demande avant les vœux d’affectation, c’est-à-dire avant le 16 juin, date à laquelle je n’avais ni les résultats du master 1, ni ceux du concours.

J’ai également fait appel aux syndicats d’enseignants, qui ont tenté de m’aider, mais face au nombre important de problèmes comme le mien, le ministère a décidé de ne pas bouger. Nous sommes plusieurs centaines dans cette situation. »

Contacté par téléphone, Clément Meyer m’a affirmé qu’ils étaient sept dans son cas (affectés à Reims), et 200 professeurs stagiaires selon les syndicats, à déplorer des affectations erronées.

Il a décidé d’entamer une grève de la faim jusqu’à ce que le ministère réponde à ses requêtes :

« J’ai quitté mon travail, j’ai repris des études parce que j’avais décidé d’entrer dans l’enseignement mais je me trouve confronté au rouleau compresseur de l’administration et j’ai besoin de votre aide.

Seul je n’arriverai à rien.

Devant cette situation totalement absurde, il ne me reste qu’une seule solution pour me faire entendre : je vais entamer une grève de la faim devant les bureaux du ministère de l’Éducation Nationale d’ici quelques jours, le temps de m’organiser, d’alerter les médias sur ce point.

Si vous connaissez quelqu’un de votre entourage qui est dans cette situation, ou si vous y êtes confrontés vous-même, je vous invite à me rejoindre pour partager mon combat ou me soutenir dans ma démarche.

Merci. »

Des dossiers en cours d’examen

Les nombreux professeurs stagiaires ayant été affectés dans les académies de Versailles et Créteil (le gros des 200 stagiaires qui se plaignent d’une mauvaise affection) vont devoir compléter leur deuxième année de master dans ces académies (le transfert est possible). Il est trop tard pour procéder à une réaffectation.

Mais le cas de Clément Meyer est différent, puisque l’académie de Reims ne propose pas sa formation (en économie et gestion). Il lui est véritablement impossible d’effectuer son stage sur son lieu d’affectation actuel, ET de compléter sa formation.

Le ministère assure étudier les dossiers au cas par cas, afin notamment de répondre en priorité aux personnes en situation de handicap et/ou aux regroupements familiaux.

Affaire à suivre, donc mais à l’heure où l’Éducation Nationale galère pour trouver des candidats potentiels (sur 22 000 postes créés, 7 000 n’ont pas été « consommés » selon la Cour des Comptes), il faudrait peut-être que cette vieille institution apprenne, pour commencer, à traiter correctement les gens qui souhaitent devenir profs.

Quand se décidera-t-on en France à valoriser un minimum celles et ceux qui éduquent nos enfants ? Ce n’est sans doute pas avec des cas comme celui de Clément que l’Éducation Nationale réussira à motiver des bonnes volontés pour exercer « le plus beau métier du monde », une mission à notre sens fondamentale pour Najat Vallaud-Belkacem.

Quoiqu’il en soit, espérons que le ministère aura à coeur de régler rapidement et favorablement le cas de Clément. Nous avons contacté le cabinet de la ministre hier, qui nous a promis une réponse dans la journée.

Mise à jour du 9 septembre à 18h00 : 

Clément Meyer n’aura pas à entamer une grève de la faim pour pouvoir conserver le bénéfice de son concours. En effet, il a reçu un email des ressources humaines de l’Éducation Nationale dans l’après-midi, l’informant de sa nouvelle affectation, dans l’académie de Lille ! 

Il pourra donc effectuer son année de stage tout en terminant son master, ainsi que le prévoit sa formation.

Nous espérons que la situation des autres profs stagiaires se trouvant dans son cas sera rapidement résolue.

À lire aussi : Comment tuer la vocation professorale ?

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  • Lieve
    Lieve, Le 13 septembre 2014 à 0h12

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