Première fois à tout prix

Sa virginité, Murielle souhaite s’en débarrasser vite fait, bien fait. On se prépare toutes à notre première fois, Murielle, elle, a carrément dressé un plan d’attaque. Ça fait des années qu’elle y pense. Elle a renoncé à lire Harry Potter parce qu’il l’énerve trop à rien savoir y faire en amour. Elle s’est mise à […]

Première fois à tout prix

Sa virginité, Murielle souhaite s’en débarrasser vite fait, bien fait. On se prépare toutes à notre première fois, Murielle, elle, a carrément dressé un plan d’attaque.

Ça fait des années qu’elle y pense. Elle a renoncé à lire Harry Potter parce qu’il l’énerve trop à rien savoir y faire en amour. Elle s’est mise à regarder Sex and the City le vendredi soir. Une fois, elle a même attendu très tard dans la nuit pour regarder Strip-tease parce qu’elle pensait que c’était un programme érotique. Elle s’est moquée de Colleen quand celle-ci a crié qu’elle allait mourir parce qu’elle avait ses règles : Murielle veut L’avoir fait au moins une fois, elle se sent prête, et elle veut pouvoir vraiment mépriser les jeunes filles prudes de La petite maison dans la prairie.

Ça fait des années qu’elle cherche un copain mais ils sont tous stupides. Un jour, elle abandonne, et un parfait prétendant lui tombe sous la main : il a au moins deux ans de plus qu’elle et du poil de fesse sur le visage. Elle en fait une maxime : « C’est quand on ne cherche pas qu’on trouve ».

Pourtant, sa première fois, elle la cherche, et elle va la trouver. Elle a tout planifié, elle connaît toute la théorie du sexe sans jamais l’avoir pratiqué. Dans son couple, elle sait qu’elle est dominante, elle a fait le test et a coché la case « au cinéma, c’est moi qui choisis le film ». Ce qu’elle ne sait pas, c’est que lui y va juste pour la tripoter.

Il est onze heures du soir passées. Elle est allongée dans son lit et se torture l’esprit. Elle sort la lampe de poche de sa Game Boy Color, un crayon, son cahier à spirales, et de son écriture la plus ronde, elle marque des dates dans son agenda.

Mardi 17 juillet : Passer devant la pharmacie et se préparer psychologiquement à entrer. Acheter du rouge à lèvres et du maquillage pour femme.

Mercredi 18 juillet : Maquillée comme une femme, entrer dans la pharmacie. Prévoir un jour de rab au cas où le vendeur aurait un drôle de regard. Auquel cas, acheter des bonbons à la menthe (ça pourra toujours servir).

Jeudi 19 juillet : Cette fois, y aller confiante. Prévoir un jour de plus au cas où le choix de préservatifs soit trop dense et où l’hésitation pourrait trahir un quelconque signe de virginité.

Vendredi 20 juillet : « Tutti Fruity » is so trendy. Est-ce que 52mm suffiront ?

Samedi 20 juillet : Les préservatifs étaient colorés. Avec un jour de retard sur le planning, elle choisit les « Pleasure xtrem », ça sonne comme une marque de cornflaxes mais « effet frisson » fait frissonner.

Dimanche 21 juillet : Appeler innocemment pour proposer une soirée Soprano. « Hier, je pouvais mais ce soir ça va pas être possible, désolé… Jeudi soir, ça te dit ? » Report de quatre jours.

Lundi 22 juillet : Les hormones travaillent. Murielle se renseigne partout où elle peut, elle serait prête à acheter Sciences & Vie Junior ou J’aime lire s’il y avait un article sur le sexe.

Mardi 23 juillet : Murielle réalise qu’elle ne connaît rien sur les hommes et lit le mode d’emploi des préservatifs. Elle se demande toujours à quoi ça ressemble un pénis, elle ne comprend pas où se placent les testicules.

Mercredi 24 juillet : Derniers essayages, appareil fonctionnel. Journée tuerie de poils, tests d’haleine avec papier pH à l’appui.

Jeudi 25 juillet : Ce soir est le grand soir. Armée de ses préservatifs, Murielle va chez Jérôme pour regarder Les Soprano. Malheureusement pour elle, la série est trop passionnante et Jérôme semble résister à ses avances, la soirée est mal partie.

Elle décide alors d’être sincère et c’est d’une voix rauque – et pour cause ça fait trois heures qu’elle n’a pas parlé – qu’elle annonce maladroitement : j’ai amené des préservatifs. Jérôme lui tapote la tête l’air de dire « qu’elle est mignonne ». Il se lève et retire son pantalon, révélant deux chaussettes de sport blanc pétant et un horrible caleçon couleur Kurt Cobain. Il a enlevé le caleçon avant les chaussettes et, pourtant, c’est lui qui a l’air déconcerté. Murielle n’a pas bougé depuis le début de son strip-tease. Il essaie de la faire rire et se dandine devant elle en enlevant son tee-shirt avec au moins autant de classe qu’un Pete Doherty bourré.

A la lumière bleuâtre de la télévision, dans une chambre pleine de posters Counter Strike, située d’ailleurs à deux mètres du salon où l’on entend Gérard roter après avoir bu trop de bière, Jérôme est à moitié nu, le sexe mou, et il a des poils sous les bras.

Murielle se déshabille pudiquement pendant qu’il la regarde allongé sur le lit, puis elle s’approche de lui pour l’embrasser – on se souviendra qu’il a gardé ses chaussettes. En une minute, le problème de l’érection est réglé, et Murielle pense alors qu’elle a oublié son sac en bas !
Deux choix s’offrent à elle, nous choisirons le b pour respecter les règles de la bienséance :

a) elle peut dire « tant pis » et accepter de faire sans préservatif. Dans cette version de l’histoire, Murielle tombe enceinte, essaie de faire croire à ses parents à la théorie de l’immaculée conception, ce qui fonctionne jusqu’au jour où, au bout de sept mois, Jérôme appelle pour se renseigner sur le nom du bébé et dire qu’il ne veut pas que ça commence par un « P » parce que, cette année, ce sont les chats qui doivent avoir un nom en « P » et son enfant ne doit pas être considéré comme un animal, même s’il ne s’en occupera pas.
Bref, découverte, Murielle est soit :
– obligée d’avorter au bout de sept mois. Elle meurt dans de terribles souffrances.
– expulsée de chez elle. Elle finira sa vie, dans la misère, à l’âge de 45 ans dans de terribles souffrances.
– expulsée de chez elle. Elle finira sa vie, dans la misère, à l’âge de 43 ans dans de terribles souffrances.

b) elle propose à Jérôme d’enfiler un caleçon et de descendre chercher son sac. Celui-ci, à moitié nu, croise sa mère dans les escaliers, le sexe tendu. « Tu fais quoi ? Murielle va bien ? Je vous ai préparé des fraises, je vais aller les lui donner ». Jérôme profite de cette diversion pour prendre le sac et remonte en courant, découvrant à l’encadrement de la porte de sa chambre une mère interloquée et une copine révoltée. Mère écartée, situation réglée ? Absolument pas. Murielle, furieuse, prend tous les livres de sa bibliothèque et les jette par terre. Deux se démarquent du lot : Le sexe pour les nuls et une édition du Kama-Sutra illustrée par Pamela Anderson. Enervée, Murielle lance un « BON, ALORS ? ON BAISE OU QUOI, MAINTENANT ?! » provocant.
Jérôme, qui pense encore à sa mère, met quatre vingt dix-huit minutes à retrouver son érection, mais il est rassuré, il n’est pas impuissant, et Murielle suce bien. Il a pensé trop haut, ce qui lui vaut une gifle. Murielle n’est absolument pas excitée quand Jérôme peut enfin la pénétrer. Il crache alors dans la paume de sa main pour lubrifier : il a vu ça dans un film porno et est très fier de s’en souvenir. Il est pourtant moins fort que les acteurs porno, car le temps de penser à Peter Sabalca et Henri Dupont, il sent venir la jouissance. Ce qu’il annonce haletant : « je… crois… que… je… vais… jouir ». C’est sur ce dernier mot qu’il lâche sa cargaison. Puis il se retire très vite, se cache sous la couette et parle à Murielle de la dépression post-orgasmique : un homme a besoin d’être seul après l’amour. Il se plaint de ne pas être aussi fort qu’un acteur de film X. Murielle boit un verre d’eau, largue Jérôme en trois mots, se rhabille et rentre chez elle. SHE MADE IT, mais à quel prix ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Elya
    Elya, Le 21 juillet 2008 à 14h10

    Ma première fois était un peu différente, mais tout aussi glauque, si ce n'est plus.
    Moi je la comprends vraiment Murielle et je n'ai pas spécialement honte. D'autant que je suis un peu bête, j'ai besoin d'expérimenter au maximum, de connaître le pire pour comprendre ce qu'est le meilleur.

    J'envie les gens qui n'ont pas besoin de passer par les extrêmes pour savoir ce qu'ils veulent, personnellement, je suis l'exact opposé.

    En tout cas, chouette article, bien écrit, léger mais qui amène à des réflexions sérieuses. Bravo. ;)

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