Mon premier road-trip de baroudeuse — Témoignage

Elle en rêvait depuis longtemps, et cet été elle s'est lancée. Syham vous raconte son road-trip d'un mois dans le Sud de la France, à base de jolies rencontres, de soleil et d'imprévus.

Mon premier road-trip de baroudeuse — Témoignage

Publié le 13 octobre 2015

Je m’appelle Syham, j’ai 19 ans, et j’ai toujours rêvé de partir voyager sac sur le dos, sans vraiment savoir où j’allais, avec qui et comment. On m’a longtemps retenue de le faire parce que « c’est dangereux, en plus tu es une fille », ou bien « imagine si Émile Louis croise ta route, ou que tu te casses une jambe, et puis de toutes façons tu es bien trop accro à Internet ».

Mais finalement, après quelques préparatifs je me suis lancée dans l’aventure d’un road-trip mémorable au départ de Nancy. Je suis partie un mois, entre juin et juillet.

Apprivoiser son sac à dos

C’est pleine de bonne volonté que j’ai fermé la porte de chez moi à clé, avant de faire face aux premières complications : le sac à dos. Je l’ai regardé. Il m’a regardée. J’ai essayé quelques méthodes de négociation, la compassion, l’intimidation. Mais non, que dalle : ce truc allait me fendre le dos pendant les quatre premiers jours de mon périple. Aujourd’hui encore je ne pourrais pas expliquer pourquoi ce sac faisait la moitié de mon poids. C’est comme si j’avais embarqué des fringues ET Cristina Cordula dans la petite poche avant pour validation quotidienne de mes tenues.

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Je n’étais pas encore assez échauffée pour commencer directement en stop ; j’ai donc opté pour un covoiturage en direction de ma première étape, Lyon !

Une fois arrivée, j’ai été accueillie par la sainte trinité : une amie, une bière fraîche, et une part de gâteau aux pommes. Une petite halte pleine d’amour et de retrouvailles avant de faire face à la deuxième complication de la journée : la grève des transports en commun. Sans le funiculaire, monter à la Fourvière (qui est en fait une très grosse colline, jolie mais chiante) est aussi agréable que de gagner au Monopoly contre Alain Finkielkraut. Alors avec un sac de 35 kilos, c’est pareil, mais les vertèbres en moins et l’atout swag transpiration en plus.

Mis à part le fait que je suis peut-être sur YouTube dans une vidéo nommée « Une passante se fait embrasser par un humoriste qui fait un spectacle place Bellecour », mon petit séjour dans la ville des Lumières n’a été qu’une redécouverte, car j’y étais déjà allée. Ce n’était pas le cas de Montpellier, l’étape suivante de mon voyage.

Une des premières choses que je voulais y voir en tant que touriste nordiste, c’est la femme qui chante Ça me dégoûte de Jul avec une derbouka place de la Comédie. On m’en avait beaucoup parlé ! Bon, je l’ai pas vue, mais c’est pas grave. Comme lot de consolation, j’ai eu droit à un massage d’un type dans la rue qui a eu pitié de mes pauvres épaules en me voyant passer avec mon bloc de fringues sur le dos. Je ne savais pas encore où dormir, mais l’ironie du sort a fait qu’après quelques coups de téléphones passés à droite et à gauche, je me suis retrouvée chez la copine d’un mec avec qui j’étais au collège (si, si) !

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Et j’ai beaucoup apprécié son canapé.

J’ai donc passé la nuit sur place, en attendant l’arrivée d’une amie avec qui je devais ensuite faire un bout de voyage. On a pris la route ensemble dès le lendemain, vers Narbonne. On s’est trompées de train, donc on a fatalement eu droit à l’amende de bienvenue. Mais ça valait pas mal le coup, puisqu’on a passé le trajet avec deux Canadiennes formidables qui nous ont gavées de caramels.

Et c’est LÀ que la vraie aventure a commencé !

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Le stop et les nuits façon Pékin express

Une fois arrivées en ville, on s’est postées à un endroit stratégique pour tendre le pouce avec un grand sourire. Deux mecs adorables nous ont embarquées pour nous amener jusqu’à l’endroit où l’on devait faire du couchsurfing, dans les environs de Carcassonne. Et je suis fière de vous présenter la troisième complication de ce voyage : le conducteur a loupé la sortie. Enfin, il l’a loupée… on ne sait pas vraiment puisque personne ne l’a vue. En bref, on s’est retrouvées à Toulouse.

Ce même conducteur adorable s’est démené pour nous trouver un endroit où dormir pour la nuit, et il nous a déposées chez un ami à lui. Une fois arrivées, on a longuement remercié le jeune homme qui s’apprêtait à payer son clic-clac pour la nuit. Mais on a parlé un peu trop vite : quelques minutes plus tard on était en voiture avec lui, il nous a proposé de nous ramener sur Carcassonne (il avait des gants de rallye pour conduire, le gentil bougre).

On a donc fini par passer la nuit chez un fils d’agriculteur, qui avait sa demeure en plein milieu de vignes. Et c’était fabuleux. On a passé la matinée du lendemain à découvrir les environs, on a fait un tour au marché local (en réalité il y avait qu’une petite vieille qui vendait du fromage de chèvre, on est arrivées trop tard), le tout dans la joie et la bonne humeur. Malheureusement, on a dû se séparer de cette sympathique petite famille pour continuer notre route. Et honnêtement, j’espère profondément recroiser ces gens-là un jour.

La suite du périple s’est donc faite dans la cité de Carcassonne. La première chose à faire pour visiter étant de larguer nos sacs dans une auberge de jeunesse, on est gaiement allées se présenter à la réceptionniste.

Façon « Hello, nice to meet you, bonjour ».

Une fois le tour de la ville terminé, on a décidé de retourner à l’auberge de jeunesse se renseigner sur le chemin à prendre pour notre destination suivante. Et là, tel un Pokémon sauvage, la réceptionniste a proposé de nous amener en voiture à une vingtaine de kilomètres de Carcassonne. On a juste eu le temps de lui acheter des chocolats avant de se remettre en route.

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Des rencontres inoubliables

On a ensuite été prises en stop par une femme, que j’appellerai madame B. Elle a hésité à nous faire monter dans sa voiture parce que, je cite :

« La dernière fois que j’ai fait monter des autostoppeurs, ils étaient infects. Et puis après il y a eu des bonnes soeurs, mais j’ai refusé ; elles ont cru que j’avais un pendentif en forme de croix — c’était un petit planeur, je fais du planeur — je leur ai dit que c’était L’ANTÉCHRIST ! Mais vous, vous aviez l’air gentilles et souriantes, alors je me suis dit pourquoi pas ? »

Pendant le trajet, elle nous a raconté son parcours. J’y repense souvent, à cette madame B. C’est la femme la plus courageuse que j’ai pu croiser de toute mon existence. Un exemple. Alors quand elles nous a déposé au village de Mirepoix, le câlin était de mise. Le genre de câlin plein de respect et d’affection, qui veut dire qu’on se reverra un jour si la vie est bien faite.

Moi, j’y crois.

Mirepoix c’est le piège à citadin•e•s : quand tu rentres dans ce village, tu n’en sors plus. Ou alors très difficilement. On a passé l’après-midi sur un banc à faire du playback sur de la chanson française, et puis ensuite on s’est rappelées qu’on avait nulle part où dormir.

« On va manger une pizza, ensuite on voit. »

On a mangé. On s’est assises.

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Cinq minutes plus tard, un type est passé devant nous en vélo avec des petites plantes dans son panier, et il nous a invitées à dormir chez lui.

Et là, ça a été le début de la fin. J’ai passé en tout une semaine à Mirepoix, avec le jeune homme qui nous a accueilli le premier soir, puis chez un de ses amis quand la mienne est partie — je tiens d’ailleurs à préciser qu’il avait une camionnette aménagée avec un lit, une cuisine et un piano. Je pose ça là, faites-en ce que vous voulez, mais s’endormir à la belle étoile avec le piano, ça déchire. J’ai passé la semaine à arpenter la région et ses paysages incroyables : l’Ariège est un petit paradis perdu pour la hippie qui sommeille au fond de nous.

Et j’ai fait des rencontres, tant de rencontres… Chaque jour apportait de nouvelles personnes adorables et de nouveaux lieux à découvrir, des feux de camp et quelques beuveries dont je me souviendrai très longtemps. Entre tout ça, il y a eu une fête dans un hameau habité uniquement par une petite mamie qui roulait les « r », et du calme. Beaucoup de calme.

J’ai finalement dû partir après une dernière nuit à la belle étoile, de nouveau en stop, avec un ostéopathe globe-trotteur et un chef de chantier de La Rochelle.

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Un goût de trop peu

J’ai ensuite passé quelques jours à Bordeaux pendant la canicule, hébergée par une amie. À mon arrivée j’ai appris à ne pas m’asseoir sur des bancs en pierre exposés plein Sud quand je suis en short. J’ai bizarrement été brusquée par le « retour à la civilisation », surtout quand j’ai vu un type au téléphone alors qu’il avait deux autres smartphones accrochés à la ceinture.

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Pourquoi ?

J’ai pu visiter la ville, partir en quête d’un ventilateur avec l’amie qui m’hébergeait, et rattraper mon retard sur la saison 5 de Game of Thrones (je vous raconte pas la galère pour esquiver les spoilers). Une pause de courte durée, puisque j’ai rapidement repris mon petit carton sous le bras, sur lequel j’avais cette fois écrit « TOURS ».

J’ai fait un bout de chemin dans le bus d’une équipe de rugby, puis j’ai été rejointe par un jeune Estonien qui se rendait au même endroit que moi. On a continué la route ensemble dans la voiture d’un couple qui revenait d’un mariage basque (ils avaient des restes de fromage dans la voiture, j’ai jamais autant prié pour ma survie), puis on s’est séparés à la gare de Tours. Il m’a offert une pièce estonienne, et en échange je l’ai gavé de noix du Brésil. J’ai ensuite rejoint une amie, avec qui j’ai passé un peu moins d’une semaine dans sa maison de campagne, à base de films, de détente et de cabanes dans les bois.

Le retour à Nancy s’est fait la mort dans l’âme, mais la tête pleine de souvenirs. C’est une expérience que je recommencerai dès l’été prochain, mais cette fois en Iran ou en Russie. On dit que quelque chose de grave pourrait arriver si on part seule à l’aventure, mais cette chose peut arriver juste en bas de chez soi, et se refuser une telle expérience quand on en a envie signifie aussi refuser de raconter une anecdote incroyable à ses chats ! Ou à ses potes, oui, ok.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Skarov
    Skarov, Le 4 août 2016 à 21h21

    @TheMadii
    Tu as déjà eu ta réponse, mais je vais quand même apporter ma pierre.

    J'ai passé toutes mes vacances chez mes parents, et le jour où j'ai eu un chez moi (appart étudiant) j'ai rencontré mon copain, avec qui j'ai passé les vacances suivantes en gros.
    Du coup pour moi, le rêve de road-trip, c'est aussi un moyen de voyager seule, de découvrir des gens sympas, de voir des endroits du pays que je ne connais pas malgré tout. Se retrouver avec moi-même sera déjà une grande expérience.
    Et comme cela a été dit, une partie du road-trip pour moi et ne de pas dépenser, et je n'ai clairement pas les moyens pour un billet d'avion.
    Enfin, je t'assure que j'admire sincèrement ton courage, mais malgré mon envie de road-trip, je reste peureuse, et je préfère assurer mes arrières. Pour moi, le moindre imprévu en vacances, c'est l'aventure, alors ce road-trip c'est un dépaysement total en prévision. Après je comprends ton point de vue. Ce concept d'aventure est dicté par ma nature très casanière, et je n'ai jamais pris le temps de m'ouvrir aux gens et faire des rencontres.

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