Garde à vue pour vol de tampons, c’est aussi ça la précarité menstruelle

En galère financière, une jeune femme a dû se résoudre à voler des tampons et a fini en garde à vue. La réalité de la précarité menstruelle...

Garde à vue pour vol de tampons, c’est aussi ça la précarité menstruelle
Un article signé Lou

Lou a 16 ans, elle est en seconde et intègre la rédaction de madmoiZelle pour 2 semaines en stage d’observation.

Elle a raconté à la rédac cette histoire qui la révoltait, et épaulée par Queen Camille, elle a décidé d’écrire cet article pour la partager avec les lectrices et lecteurs du magazine.

Hier ma sœur m’a raconté une histoire quelque peu enrageante qui est arrivée à l’une de ses amies, et montre une fois de plus que les protections hygiéniques sont des produits de première nécessité.

Une jeune femme dans l’obligation de voler des tampons

Un week-end, les parents de la jeune femme sont partis. Tout se passait bien pour elle jusqu’à ce qu’elle ait ses règles et qu’elle se rende compte qu’elle n’avait pas d’argent…

Elle a donc décidé d’aller à l’encontre de ses principes en volant quelques tampons.

Arrivée dans une grande chaîne de magasins, elle a ouvert une boîte de tampons et en a pris une dizaine, les a mis dans ses poches et s’est dirigée vers la sortie où des agents de sécurité l’ont arrêtée.

Ces agents l’ont ensuite placée dans une pièce où elle est restée deux heures jusqu’à l’arrivée des policiers qui l’ont emmenée au poste.

On a ensuite appelé ses parents en leur disant que leur fille était « au commissariat pour vol », sans préciser que c’était des tampons qu’elle avait volé.

Elle a donc été laissée en garde à vue toute la nuit en guise de « leçon ».

Elle y a beaucoup pleuré et n’a pas pu dormir… tout ça parce que les protections hygiéniques ne sont pas considérées comme des produits de première nécessité.

La précarité menstruelle : encore une réalité pour nombre de femmes

C’est aberrant : être en garde à vue parce qu’on n’a pas eu les moyens de payer des tampons ! Je pense que c’est alarmant car on nous fait encore une fois payer notre utérus…

À cela s’ajoute le fait qu’il y a encore l’idée commune selon laquelle les règles sont quelque chose de sale, ce qui fait que la personne à qui il est arrivé cette mésaventure a mis du temps à en parler.

C’est la honte qu’elle a ressenti à cause de ce vol et de ce sujet qui reste tabou qui a fait que c’est seulement au bout d’une année qu’elle a évoqué cette mésaventure auprès de ses proches…

Cette femme a la chance de pouvoir se payer des tampons habituellement, mais pensons à celles qui n’ont pas assez de moyens pour ça, et qui n’ont pas le privilège de pouvoir se sentir rien que légèrement sereines pendant leurs menstruations !

Le problème ici est que j’ai encore l’obligation d’utiliser le mot « privilège » pour quelque chose qui devrait être acquis.

Pourtant on paye toujours le prix de quelque chose qu’on a pas choisi : avoir un utérus.

Des protections hygiéniques gratuites

La précarité menstruelle est de plus en plus discutée, mais reste malheureusement une réalité, notamment pour les femmes précaires et celles qui n’ont pas de domicile fixe.

Si tu te retrouves un jour en galère de protections et d’argent, tu peux te tourner vers une antenne du Planning Familial qui aura probablement de quoi te dépanner.

Si tu es élève ou étudiante, l’infirmerie de ton établissement scolaire ou université devrait aussi pouvoir te fournir des tampons ou serviettes.

Les solutions non-jetables comme la coupe menstruelle, les culottes de règles ou les serviettes hygiéniques lavables coûtent plus cher à l’achat, mais leur prix est amorti par leur longue durée de vie.

Enfin, même si ça peut être gênant pour toi, n’hésite pas à demander à une femme de ton entourage ou même une inconnue si elle a un tampon ou une serviette en rab.

La solidarité féminine fonctionne généralement bien dans des cas de type « au secours, j’ai mes règles et aucun moyen de les absorber » !

Et si le sujet te tient à cœur, tu peux soutenir la start-up Périodes qui milite pour l’installation de distributeurs de protections hygiéniques en libre-service dans les écoles et entreprises.

Une madmoiZelle

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Commentaires

Gwen ap Fiàmh

Au nom du principe assez communément admis dans notre société qui fait que l'échange de biens ou de denrées se fait contre de la monnaie, non ? :hesite::rolleyes:
Hmm, c'est pas forcément exact déjà : le troc, le don, la sécu, il y a plein d'échanges de biens sans échange de monnaie et heureusement.
Ensuite, l'échange de monnaie, c'est un moyen économique, pas un principe fondamental ; au contraire par exemple du droit à la vie, la santé et la dignité comme exprimé dans la déclaration universelle des droits de l'homme.
Enfin, quand bien même ce serait un principe fondamental, ça ne répond pas à ma remarque qui disait que le droit à la santé (dans le cas présent), ou à ne pas mourir de faim (pour un Sdf) doit être supérieur au droit à la propriété lucrative ("nul n'a le droit au superflu tant que tout le monde n'a pas accès à l'essentiel ").

Bref, ça me semble assez nul de constamment fustiger les plus précaire lorsqu'ils osent ne pas respecter l'ordre social créé par et pour les dominants :erf:
Si l'exemple n'était pas sur la précarité menstruelle mais sur une action féministe de désobéissance civile, type femen par exemple, je pense que la quasi-totalité des gens ici approuverait, j'ai l'impression qu'il y a un double standard en fait :hesite:
 

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