Où plonger en Égypte ? – Carte postale de la mer Rouge

Clémence a été invitée à découvrir trois spots de plongée et de tourisme sur les bords de la mer Rouge, par l'UCPA, Dune et Red Sea Safari. Voici ses impressions sur une région pourtant classée « dangereuse » par le ministère des Affaires étrangères.

– La sélection de photos sous-marines proposées dans le diaporama est signée Christophe Kazmierski, merci à lui !

Lorsque l’UCPA m’a proposé un voyage de presse en mer Rouge, je me suis dit que décidément, ces gens me voulaient du mal. Après avoir essayé de me noyer en m’invitant à tester les activités nautiques du centre de Hyères, voilà qu’ils suggéraient de m’envoyer en Égypte, dont la réputation en termes de sécurité est plutôt négative. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le ministère des Affaires Étrangères.

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Carte extraite d’un rapport d’information du Sénat.

L’Egypte est en rouge, destination « fermement déconseillée » aux voyageurs. Bien.

N’écoutant que mon courage (et mon amour pour la plongée, parce qu’il était tout de même question de sorties en mer Rouge : ils m’ont prise par les sentiments, que voulez-vous), j’ai accepté leur offre.

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J’embarquais donc pour un circuit de quatre jours, entre El Gouna, Hurghada, Marsa Alam (sur le site de Marsa Shagra) et Safaga. Ce voyage était organisé et financé par plusieurs partenaires : la compagnie aérienne Pegasus Airlines, les écolodges Red Sea Safari, la compagnie de croisières et d’hôtels Dune, et bien sûr l’UCPA, qui nous accueillait dans son centre d’El Gouna et chapeautait l’ensemble du séjour.

L’Égypte, et ma gêne d’Occidentale

L’Égypte me fascine, au point que j’avais un temps envisagé de venir y passer plusieurs mois, ainsi que de me mettre à l’arabe. Mais quelques mois plus tard éclataient les révoltes du printemps arabe, et vu de France, la situation politique ne me paraissait plus stable. Ce n’était pas tant pour ma sécurité que j’étais inquiète ; l’Égypte a certes connu des attentats perpétrés contre des touristes, mais ils remontent à 1997 et 2004, pour les plus meurtriers dirigés contre des lieux touristiques. On n’a pas cessé d’aller visiter Londres ni Madrid après les attentats sur leurs métro et train, donc pourquoi craindre davantage l’Égypte ?

Ce qui m’arrêtait, c’était une gêne toute personnelle, le sentiment d’une indécence à aller dépenser de l’argent en touriste, dans un pays en proie à une crise politique. Un peu comme si Paris était en pleine révolte, et que les touristes japonais et chinois nous prenaient en photo et continuaient de faire la queue devant le Louvre. J’aurais envie de leur dire : vous ne voyez pas qu’on a des trucs à régler entre nous ?

Du coup, je ne me sentais pas trop d’aller explorer l’Égypte, encore moins d’aller y claquer l’équivalent d’une petite fortune en alcool, bouffe et activités (comparé aux salaires locaux). À qui profite le tourisme sinon au pouvoir en place ? Et quand la population se déchire pour savoir qui devrait être au pouvoir, faire du tourisme, n’est-ce pas choisir un camp ? De quel droit ?

J’étais donc curieuse de pouvoir poser ces questions à des Égyptiens qui travaillent dans le tourisme, pour avoir leur avis sur les interrogations éthiques de l’étranger de passage.

El Gouna, Las Vegas x Monaco x Saint Tropez

Je n’ai pas trouvé meilleure description de notre première étape que ce combo de villes improbables. Imaginez une cité entièrement sortie du désert, créée de toutes pièces par une seule personne : un businessman très riche et un peu fou, ou très ambitieux (la frontière est parfois ténue). Et vous avez El Gouna, destination touristique incontournable, sorte de « Saint Tropez » de la « Côte d’Azur égyptienne ».

Le centre UCPA est hébergé dans un hôtel ! Donc la rusticité du confort attachée à la réputation des sites de sports en plein air, vous oubliez. On est À L’HÔTEL ! Deux lits par chambre, toilettes et douche à l’intérieur, télé, climatisation, balcon et mini-bar. Ma chambre avait une vue sur la piscine, ce qui m’a permis de narguer tous mes followers dès le lever du soleil.

Le restaurant ? On n’y a pris que le « petit-déjeuner continental », qui n’a rien à voir avec le bar à céréales des centres métropolitains. Oeufs sous diverses formes (préparés sous vos yeux), saucisses, gratins, pommes de terres, haricots typiques, bar à salade, bar à fruits, bar à tout-ce-qui-se-mange-de-sucré-ou-salé au petit déjeuner… beaucoup, beaucoup de choses.

Sur le bateau aussi, c’était la fête du slip. On est sortis en journée, pour plonger sur deux spots différents. Pas besoin d’avoir un niveau : on peut passer son baptême et progresser tout au long de la semaine, jusqu’à la certification du premier niveau pour celles et ceux qui souhaiteraient le passer.

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La Mer Rouge, ce spectacle permanent

Vous ne devinerez jamais ! Je suis allée sur les sites où Le Monde de Nemo a été tourné !*

Les roches immergées étaient recouvertes de coraux, il n’y avait pas besoin de se déplacer : il suffisait de rester en suspension et d’apprécier le spectacle. On a vu tellement de poissons de toutes les couleurs que je n’en ferais pas la liste, et comme je n’arrivais pas à retenir leurs noms tellement il y en avait, je leur ai donné des surnoms.

Un couple de poissons clowns sont sortis à ma rencontre et faisaient mine de s’élancer contre mon masque, s’arrêtant à quelques centimètres, comme s’ils voulaient me charger (comme le père de Nemo contre le barracuda : on y revient). Ces petites bêtes sont extrêmement agressives, alors qu’il paraît que les requins sont bien plus farouches. Je n’ai pas eu le plaisir d’en croiser, mais je compte bien retourner écumer cette mer jusqu’à ce que je puisse en rencontrer !

*N’importe quoi hein, je sais bien que Nemo a été tourné dans l’Océan Pacifique et pas dans la mer rouge. Teuh.

L’Égypte post-printemps arabe

À l’issue de la première journée, nous avons rejoint le groupe de stagiaires en vacances pour la semaine. Apéro, resto puis petite soirée sur le spot de kitesurf : l’ambiance détendue m’a donné l’occasion de poser mes questions à Ahmed, le directeur du centre, et Kareem, un des moniteurs.

Tous deux m’ont parlé du printemps arabe « vu de l’intérieur ». Alors bien entendu, au cours de ce très court voyage, je n’ai pu parler qu’à quelques Égyptiens, dont tous avaient un intérêt dans le tourisme. Je ne rapporte pas ici une vérité générale, ni une analyse géopolitique rigoureuse, simplement mon ressenti de touriste, a priori mal à l’aise avec la destination.

Que ce soit Ahmed, Kareem, ou d’autres rencontrés au hasard de nos pauses cafés/dîner, tous les Égyptiens avec qui j’ai pu échanger avaient un regard positif sur la présence des touristes dans cette région. Ils ont bien sûr suivi les événements politiques qui ont secoué le pays, ils y ont participé d’une manière ou d’une autre, mais ils ne se font pas d’illusion sur la portée réelle des évolutions qui ont été entérinées depuis (euphémisme : rien n’a changé concrètement).

À El Gouna, la jeunesse dorée se retrouve comme les Français•es passent leurs étés à St Trop’. On se rencontre entre jeunes de milieux sociaux équivalents : très riches pour eux, classe moyenne aisée pour nous (il faut tout de même se payer le voyage !). Je déteste les destinations de vacances « cloisonnées », où il est impossible d’entrer en contact avec les populations locales (ou bien lorsque le faire relève d’une forme de voyeurisme et/ou de néo-colonialisme indécent).

Ce n’était pas le cas d’El Gouna, et j’y reviendrai volontiers pour sortir et échanger davantage avec cette jeunesse, mais aussi avec ceux qui travaillent dans les entreprises touristiques. L’UCPA forme et recrute localement, et c’est une des raisons pour lesquelles le centre est très bien accepté dans cette région.

Finalement, j’ai fait l’une des rencontres les plus inspirantes de ma vie (rien que ça) lors de la deuxième étape de notre voyage, à Marsa Shagra, dans le sud du pays.

Hossam Helmy, président-fondateur de Red Sea Safari

On ne va pas se mentir : quand j’ai vu qu’on allait passer une nuit dans un « écolodge » au sud de Safaga, j’ai eu très peur. Il faut savoir qu’au-delà de cette ville, il n’y a plus ni eau courante ni électricité. On est dans le désert, l’accès à la mer est bloqué par une barrière de corail, et divers méga-hôtels, véritables forteresses, émaillent le littoral tous les quelques dizaines de kilomètres.

Je me voyais déjà être accueillie dans un camp pseudo-écolo, financé par un milliardaire étranger mégalo, et être très mal à l’aise devant cette spoliation du territoire. Et je ne pouvais pas être plus à côté de la plaque.

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Le village de Marsa Shagra

De base, la plongée n’est pas une activité « écolo », au contraire, puisqu’elle a un impact négatif fort sur le milieu naturel. Mais les écolodges de Red Sea Safari sont conçus pour minimiser cet impact. J’ai pu rencontrer la responsable environnementale du site, et l’ancienne auditrice en maîtrise des risques (spécialité RH, sécurité et environnement) qui somnolait en moi a retrouvé ses réflexes d’interrogatrice critique.

L’eau potable, l’électricité, la gestion des déchets, l’emploi des populations locales sur le site, le rapport aux Bédouins qui vivent dans le désert à quelques kilomètres, mais également la capacité d’accueil maximale et les rotations de Zodiac sur les sites de plongées, je ne crois pas avoir omis un seul aspect de la gestion du site. Et je fus extrêmement satisfaite des réponses, mais j’ai compris d’où venait la préoccupation sincère d’inscrire le développement du site dans une démarche socialement et écologiquement responsable en rencontrant le président-fondateur de Red Sea Safari.

Hossan Helmy est le fils d’un haut-gradé militaire, ce qui dans sa jeunesse lui a permis d’accéder au sud de Safaga, anciennement une zone exclusivement militaire, interdite aux civils. Il a appris en autodidacte la plongée pour pouvoir explorer la côte, et s’est installé sur « le meilleur endroit », où la barrière de corail se scinde au niveau de la plage, ce qui permet une mise à l’eau des plongeurs sans passer nécessairement par un embarcadère ni abîmer le corail.

Dès le départ, son projet était de changer la manière dont le tourisme est développé dans le Sud. Selon la loi égyptienne, il aurait dû construire 2500 logements pour exploiter son terrain ; Hossan Helmy a refusé. Il a sollicité des universitaires spécialisé•e•s en développement durable pour qu’ils évaluent le nombre maximal de plongeurs que le corail peut supporter par jour.

Ce chiffre a été évalué à 250 : ce sont donc autant de places d’hébergement qui ont été construites avec impact minimum sur l’environnement. J’ai eu le plaisir de dormir dans une tente, et même si nous étions le 12 novembre, je n’ai pas eu froid. Il parait qu’en janvier, ça pique un peu…

La rotation des plongeurs est assurée sur plus de 60 sites accessibles soit depuis la plage, soit depuis les Zodiacs qui déposent les plongeurs le long de la barrière de corail, soit lors de sorties en bateau à la journée. Le site propose à la fois des plongées encadrées et des sorties en autonomie (depuis la plage ou les Zodiacs), et il faut dire que le corail est tellement riche qu’on ne s’en lasse pas ! J’ai pour ma part fait deux fois la même plongée (même parcours) et je n’y ai pas vu les mêmes espèces.

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Coucou !

Nous avons pu échanger avec Hossan Helmy avant notre départ, et j’ai été vraiment fascinée par sa vision du tourisme et du développement économique du sud de l’Égypte.

Dune, l’exploration par la mer

La dernière étape de notre périple était une sortie d’une journée avec les croisières Dune, à la découverte de l’apnée, en compagnie du recordman du monde d’apnée statique, Stéphane Mifsud (11 min 35 secondes : moi je tiens 2 min 30 et j’ai l’impression de mourir, voilà).

Malheureusement pour moi, une sinusite m’a empêchée de plonger ce jour-là (il est impossible de descendre en profondeur dès qu’on a les sinus bouchés : la pression est alors trop forte sur les tympans). C’est donc depuis la surface que je regardais Stéphane descendre à 10 mètres en toute sérénité, se poser sur le sable avec la grâce d’un chat, et admirer la faune marine sans faire une seule bulle, sans le bruit mécanique assourdissant du scaphandre autonome des plongeurs.

L’apnée peut faire peur ; personnellement j’entends « retenir sa respiration », alors qu’il s’agit plutôt de relâcher tout son corps. En anglais, l’activité proposée s’appelle « free diving », ce qui est beaucoup plus vendeur et surtout, beaucoup plus parlant : il s’agit de plonger sans équipement, juste en combinaison, palmes, masque et plombs (pour couler un peu quand même, hein). Et c’est relaxant, c’est une activité d’exploration et de détente, tout en étant aussi sportive : on progresse rapidement au cours d’une semaine de stage intensif.

Quatre jours en mer Rouge, verdict ?

Ce fut une découverte étonnante, et j’y ai fait des rencontres passionnantes, ce qui est pour moi LE critère de réussite d’un voyage. Bien sûr, il y a tout de même des points négatifs : ne pas maîtriser la langue est frustrant, et avoir passé 4 heures de route aux côté du chauffeur qui ne parlait qu’arabe sans pouvoir échanger avec lui m’a vraiment dérangée (bon, il m’a appris à dire « chameau » en arabe, vu que je devenais folle chaque fois qu’on dépassait un camion de chameaux… et ça arrive plus souvent qu’on ne pourrait le penser, sur la route entre Marsa Shagra et Safaga).

Ensuite, peut-être aurez vous remarqué que j’ai écrit cet article entièrement au masculin en parlant de mes rencontres, et pas au genre neutre (é•e•s) comme à mon habitude : c’est parce que je n’ai rencontré que des hommes (parmi les Égyptiens) ! On m’a expliqué à plusieurs reprises que les femmes pouvaient tout à fait travailler, mais simplement, comme il y avait déjà peu de travail dans le Sud, les hommes les prenaient en priorité. Culturellement parlant, ce n’est pas « logique » que la femme aille travailler et que l’homme reste à la maison, même si la loi le permet.

J’ai un peu rapproché ça de notre situation en France, où il n’y a pas d’obstacle au fait que les pères restent au foyer pendant que leurs épouses travaillent, sauf que « culturellement parlant », ce n’est pas vraiment rentré dans les moeurs (demandez à ce sujet son avis à Fab, lui qui a vécu « aux crochets de sa femme » pendant qu’il montait sa boîte dans son grenier !)…

Pendant le voyage, j’avais sympathisé avec Kareem, que je pensais revoir en France puisqu’il devait s’y rendre à l’occasion d’une formation avec l’UCPA. Sauf que sa demande de visa n’a pas été acceptée. Alors je ne sais pas s’il est vraiment « éthique » d’aller faire du tourisme dans un pays en crise politique, ni si je suis bien placée pour juger de la stabilité politique d’un pays. Mais je sais désormais que pour pouvoir échanger avec la jeunesse égyptienne, il faut aller à sa rencontre. Parce que voyager est véritablement un privilège… Pas seulement économique. Verdict ? À très bientôt, l’Égypte ! 

Et toi, es-tu déjà allée en mer Rouge ? Viens en parler dans les commentaires ! 

Quelques liens relatifs aux endroits que nous avons visité :

Nous avons volé avec Pegasus airlines, une compagnie lowcost qui affrète des vols vers Hurghada, au sud du Caire. Suite aux attentats et aux recommandations de sécurité, la fréquentation touristique s’est effondrée, le nombre de vols vers cette destination a suivi cette tendance, et c’est parti pour un cercle vicieux.

Chacune de ces destinations présente des formules avec transfert depuis l’aéroport d’Hurghada. L’UCPA propose également des formules vol compris.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Dive in pink
    Dive in pink, Le 4 février 2015 à 18h36

    Je suis plongeuse depuis mes 13 ans ça fais donc 7 ans et je suis niveau 3. Cet été avec toute ma famille on a passé une semaine plongée à Safaga. Et c'était absolument fabuleux, les coraux, les poissons multicolores, c'était comme dans les documentaire. J'ai pu réaliser un rêve que j'avais depuis petite et qui m'a pris en regardant les documentaire qui était de voir un poisson lion (au passage il y en a des centaine, tellement que certain plongeurs ne peuvent plus les supporter :P)

    Spoiler
    J'ai même vue une tortue : LE RÊVE :dowant:
    Et comme il est dit dans l'article il n'est pas nécessaire d'avoir un bon niveau, ma sœur ayant passé son niveau juste avant de partir a pu profiter pleinement de l'expérience puisque les plongées dépassent rarement les 20 mètre.
    Les égyptiens était adorable et content de revoir des touristes chez eux. Bref je le recommande à tout le monde

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