Mon placard déborde de fringues… et ça me va bien !

On ne peut pas dire que Juliette soit raisonnable quant à la quantité de fringues qu'elle possède. Mais un placard qui déborde, ça lui va bien, au fond.

Mon placard déborde de fringues… et ça me va bien !

Bon, vous allez me dire que de la part d’une rédactrice mode, l’information énoncée dans ce titre ne paraît pas très étonnante. Néanmoins, je ne pense pas être la seule dans ce cas, et je ne pense pas non plus que les personnes concernées par ce problème (qui n’en est pas vraiment un à partir du moment où cela ne devient pas une souffrance au quotidien) exercent tous un métier relatif au domaine des tendances.

Quoiqu’il en soit, ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est que je m’appelle Juliette, j’ai 23 ans, j’aime bien les frites, et mon placard dégueule de fringues à ne plus savoir quoi en faire… Mais ça ne me dérange pas du tout.

Laissez-moi vous conter cette belle épopée.

La génèse d’une passion

Pour commencer cette charmante histoire, il faut faire un retour vers mes jeunes années. Je me souviens que quand j’étais enfant, je m’intéressais aux fringues, oui, mais pas plus que ça. Je me rappelle même que faire les magasins brisait menu mes (jeunes) ovaires (c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui : je n’achète que sur Internet) — je n’étais pas de ces enfants qui adoraient acheter de nouveaux vêtements.

Mon truc, c’était les déguisements. Là où mes fringues de tous les jours n’étaient rien d’autre que le fruit de l’obligation sociale de ne pas se promener la chatte à l’air, j’attendais le carnaval avec impatience (ainsi que certains anniversaires, car tous n’exigeaient pas de se déguiser, ce qui était bien dommage), en choisissant quel costume j’allais bien pouvoir demander à ma maman de me faire (la joie d’avoir une mère qui manie très bien la machine à coudre).

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Moi, à 5 ans, attendant patiemment le carnaval

Puis, vers mes 9-10 ans, j’ai commencé à m’intéresser aux vêtements, mais pas vraiment au style. J’avais (et j’ai toujours) un rapport très affectif avec eux. Il y en a que je ne jetterais pour rien au monde, car je les adore, comme mes chaussons avec des têtes de canards qui portent des lunettes de soleil (véridique, je vous retrouverai une photo). En gros, je mettais les habits que j’aimais et dans lesquels je me sentais bien, sans me soucier de s’ils allaient bien ensemble ou non.

Ce n’est que vers le collège que j’ai commencé à m’intéresser à ça, à chercher mon style (un travail de longue haleine), à me démarquer des autres, il faut bien l’avouer, et surtout à m’exprimer.

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Moi quand j’essaye différentes tenues

C’est d’ailleurs en voyant que les fringues étaient un parfait moyen de montrer un bout de sa personnalité, de ses goûts et de ses influences, de les rendre visibles au premier coup d’oeil que j’ai commencé à les collectionner. Mais elle peuvent aussi servir à tromper son monde, à exprimer un sentiment, une attitude, une position, une idée, un pouvoir…

Bref, ce qui me fascine le plus dans la mode, c’est bien cette appropriation que l’on peut en faire au service d’une envie, d’une idée… Et pouvoir exprimer le contraire le lendemain, simplement en se changeant. C’est magique !

Mes fringues et moi, cette grande histoire d’amour

C’est une fois que j’ai compris que je pouvais faire ce que je voulais de ce pouvoir des fringues et du style, simplement en faisant marcher mon imagination, qu’a commencé ma lente ascension vers le placard bien trop rempli — qui est, je rappelle, le sujet de cet article (même si je me suis un peu égarée entre-temps).

J’ai aussi découvert que ces possibilités étaient infinies, qu’une veste, portée avec différentes tenues, n’exprimera pas la même chose à chaque fois. J’ai donc commencé à m’acheter de plus en plus de fringues, avec cette idée en tête, en plus d’un changement de style qui se faisait au fur et à mesure du temps.

Si vous liez mon insatiable soif de nouveautés, d’explorations de tenues inédites, à mon rapport toujours aussi affectifs aux vêtements, vous arrivez vite à un nombre un peu trop élevé de ceux-ci dans mon dressing. Mais, très honnêtement, ça ne me dérange pas. Et en tout premier lieu car je sais que je ne pourrais jamais changer là-dessus !

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Dans ma vie, je suis quelqu’un de passionné, en amour comme dans les fringues (mon deuxième love, faut bien l’avouer, et non pas mon premier comme le chantait Tony P) : j’ai très très vite des coups de coeur, qui repartent aussi vite qu’ils sont venus. Et une fois que je me suis rendu compte de cette faculté d’oubli très développée, je m’en suis servi afin d’alléger un tant soit peu les souffrances de mon portefeuille : je m’octroie toujours un temps de latence entre le moment où je tombe amoureuse d’un manteau et celui où je l’achète !

Je dois bien vous le dire : heureusement que je fais ça, sinon j’aurais le double des articles que je possède déjà. J’aurais donc dû leur céder ma chambre afin de les stocker, et dormir dans le placard. Pas top. J’essaye au maximum de ne pas tomber dans l’achat compulsif, même si ça m’est déjà arrivé, bien sûr, parce qu’on a tous des moments de faiblesse.

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Exemple d’une simple façon de dédouaner de ses crimes.

Je vous parlais de mon rapport très affectif aux fringues : ça, c’est un problème. N’étant pas et n’ayant jamais été quelqu’un qui sait correctement exprimer ni ses sentiments ni son attachement aux gens, je transpose tout ça sur des objets que l’on m’a offerts, qui me rappellent ces personnes et les beaux moments passés avec elles !

Il m’est donc parfaitement impossible de jeter/donner cette veste que j’ai portée tant de fois quand j’étais au lycée, qui m’a suivie dans les meilleurs et les pires moments d’une période, ou ce pull que m’a offert ma mère il y a 4 ans, que j’ai souvent mis mais qui dort au fond du placard depuis des mois. Je ne peux tout simplement pas m’y résoudre ! J’essaye de faire des efforts là-dessus, mais ça m’est encore bien difficile, je l’avoue…

Un côté superficiel… qui ne m’a jamais dérangée

Ce rapport si spécial que j’ai avec les vêtements est souvent perçu comme du matérialisme, de la superficialité.

Ça en est, dans un sens, mais je ne trouve pas ça très grave. J’estime que nous sommes tous des gens superficiels, chacun à différents niveaux. Et que celle/celui qui n’a jamais accordé d’importance à ce que les autres pensaient d’elle/lui, à son apparence, à celle des autres, ou encore à des potins me lance la première bottine.

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Aïeuh.

J’ai bien souvent l’impression que certaines personnes qui ne conçoivent pas que l’on puisse avoir et assumer pleinement un côté « superficiel » en s’intéressant à la mode ou à la beauté, des domaines si souvent moqués (mais qui ont, paradoxalement, le plus de visibilité et qui sont les plus fréquemment recherchés, notamment sur le Net), sans pour autant être quelqu’un de creux et d’insipide.

À lire aussi : De la signification sociale des fringues, et mon propre rapport au style

Mais en fait, je vais vous livrer un secret. La magie de la vie, c’est de pouvoir s’intéresser aux dernières tendances en lisant Orwell ! Mais aussi de laisser les autres s’intéresser à ce qu’ils veulent sans les juger et se penser meilleur qu’eux, simplement parce qu’Unetelle aime les voitures et qu’Untel suit la mode de très près. Occupons-nous de nos fesses, y a déjà assez de travail.

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Bref, en ce qui me concerne, mon placard est plein à craquer, les déménagements sont de vrais casse-tête pour trouver de quoi transporter tous mes « bébés », je peux partir avec une énorme valise remplie à ras-bord pour seulement 5 jours (et trouver que je m’en sors bien)… et avouer sans honte que je possède à peu près 50 paires de chaussures.

Ce dressing qui dégueule, ça fait partie de moi, de ma personnalité, de mes névroses, et de mon bonheur, et franchement, ça me va bien !

Et les conséquences, dans tout ça ?

Mise à jour du  28 juillet 2015 — Alors, il est vrai que si j’ai écrit cet article, c’est pour me déculpabiliser, moi et celles qui seraient dans le même comportement d’achat, mais aussi pour expliquer mon propre rapport (très affectif, comme tu as pu le lire) aux fringues. De plus, ce papier n’a pas pour but d’étaler une hypothétique richesse ou de mettre mal à l’aise certaines lecteurs et lectrices, mais simplement de parler de mon propre comportement de consommatrice de mode.

En revanche, même si cela me va que mon placard déborde d’habits, je ne perds pas pour autant de vue que la production des vêtements de certaines marques pose problème. Si j’achète beaucoup en friperies et fabrique parfois moi-même mes vêtements, il est vrai que je ne suis pas étrangères aux enseignes telles que H&M, Forever 21 ou encore Zara. 

À lire aussi : 5 marques de mode éthiques à (re)découvrir

Je suis tout à fait consciente de l’impact que mes achats peuvent avoir sur l’environnement et les conditions de travail de ces personnes qui produisent ces habits et accessoires pas chers. Malheureusement, même si je suis au courant de tout cela, j’ai beaucoup de mal à réfréner mes envies de jupes, jeans et sacs à petits prix.

Si j’essaye de réduire mon empreinte écologique et humaine par d’autres comportement (comme ne plus manger de viande, acheter bio dans la nourriture, les cosmétique et les produits du quotidien, prendre les transports en commun et donner à des associations mes vieux vêtements), ma passion pour les fringues et mon petit budget ont souvent raison de mes engagements.

Je pars du principe que nous avons tous et toutes des défauts dans notre vie de consommateur-trice, et ma kriptonite personnelle, c’est bien celle-ci, et j’en suis consciente.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Tranche1993
    Tranche1993, Le 28 juillet 2015 à 16h59

    Merci Juliette !! :hugs:

    Et à bientôt pour de nouveaux articles :highfive:

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