Mon piercing au septum, le regard des autres… et moi

Amélie a un piercing au septum. C'est dingue, un si petit bout d'acier entre les narines qui génère tant de questions... et d'insultes, parfois.

Mon piercing au septum, le regard des autres… et moi

Publié initialement le 15 février 2015

J’ai toujours été attirée par diverses formes de modifications corporelles. À huit ans, je me dessinais adulte, tatouée de la tête aux pieds et en union maritale avec Rufio de Hook. Tout naturellement, à seize ans, j’ai traîné ma mère chez le perceur pour qu’on m’insère une barre en titane au creux de l’oreille. Seul un rejet aurais pu altérer l’ataraxie dans laquelle je planais.

Au fil du temps (et des Tumblr), j’ai décidé de mettre un peu plus en avant mon attirance pour cette forme d’expression. Après un piercing au téton, visible uniquement par celles et ceux désignés par mon doigt divin, j’ai opté pour me faire percer le septum.

À ce moment-là, cette forme de piercing n’était pas aussi courante qu’aujourd’hui. Quelques années plus tard, le monde de la mode l’a largement mis en avant sur ses catwalks et Rihanna a dévoilé le sien sur Instagram. Depuis, il est un peu moins rare de dégoter quelqu’un avec un fer à cheval entre les narines !

#vacation #RIHpost @nassfenty

A photo posted by Rihanna Daily (@rihannadaily) on

Pourtant, bien que le septum se soit popularisé, il n’empêche pas de susciter un florilège de réactions variées. Il est la preuve que la Terre n’est peut-être pas encore un endroit où nous pourrons librement porter un palmier sur la tête sans nous faire traiter de Lizzie McGuire.

Le piercing au septum : ça fait mal ?

Parmi les attitudes les plus cool envers mon piercing, je mettrais la curiosité tout en haut du podium. Je ne compte plus les gens qui me posent des questions incongrues me transformant en prof d’SVT spécialiste en anatomie !

Bien entendu, l’humain semble très réceptif quand on lui parle de douleur et de la manière dont on se mouche avec un bijou dans le pif. Mais le clou du spectacle reste le moment où je retourne mon fer à cheval vers mes narines pour le cacher. J’ai l’impression que je devrais aller postuler pour la prochaine saison d’American Horror Story. Ça me fait crever de rire… et ça a toujours son petit effet peu ragoûtant ! En tant qu’adoratrice des films gore, je jubile.

ahs « Bonjour, je reviens du plateau d’Incroyable Talent. Je sais cacher des trucs dans mon nez et chanter la discographie entière de Tokio Hotel. »

Mon piercing au septum et les remarques désobligeantes

Malheureusement, je n’ai pas toujours droit à ce type de réactions. Les piercings (voyants) ne sont pas encore très bien acceptés dans notre société. Mes parents ont détesté me voir avec le septum percé, puis ils s’y sont faits. Mon ex m’a recontactée pour me supplier de l’enlever. Avait-il peur que sa nouvelle conquête ne me retrouve sur Facebook et se rende compte des drôles de fréquentations qu’il avait entretenues par le passé ? Mes grands-parents, quand à eux, semblent parfois se demander si je n’incinère pas des cochons d’Inde dans une cave, à la gloire du Seigneur des Ténèbres.

J’aime en rire. Pas toujours, mais je m’efforce de le faire.

Pourtant, il arrive que les gens ne soient pas tendre avec ce qu’ils ne jugent pas conforme à leur propre cadre de vie. Les piercings sont encore pour beaucoup (et pas forcément les vieux, détrompe-toi) très proches des mouvements punk, dark, émo ou gothique.

À lire aussi : Les punks, entre riffs qui tachent et cuir clouté — Mode et musique

Porter un bijou ou un dessin sur la peau n’est pas forcément le signe d’une appartenance à un mouvement (ni la preuve que tu finiras ta vie à faire des bolas sur le parvis de la FNAC) (ce qui, pour certain•e•s, est un choix de parcours très épanouissant).

Avant de se rendre compte que j’en avais deux (et de vivre un moment de solitude intense et confus), la mère de mon copain a longuement affirmé que les tatouages étaient un incroyable signe de vulgarité pour les filles. Pour les filles ?!

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Grosse ambiance devant le potage du soir…

À lire aussi : Je veux comprendre… le slut-shaming

Au travail, le choix de montrer ou non mon piercing est toujours un cruel dilemme. Inutile de te dire que chez madmoiZelle, j’ai tout de suite dévoilé la bête. Mon bout de fer a très bien été accueilli ou au pire complètement ignoré. Pourtant, depuis que je suis freelance, je me sens rarement assez forte pour le faire sortir de son antre dès le premier rendez-vous.

Néanmoins, j’ai toujours l’impression de vivre avec un terrible secret. Cela devrait-il être le cas, vu qu’il n’influe en rien sur mes compétences ? Devrais-je l’écrire sur mon C.V. ? Me présenter à Tellement Vrai ?

La bienveillance de la gérontocratie face à mon piercing au septum (non)

Jadis (il y a environ trois heures), je promenais mon chien sur les trottoirs déserts typiques de Boulogne-Billancourt le mardi matin. La brise embrassait fougueusement mon visage lorsque j’entendis derrière moi des grommellements dignes d’une horde de Grinch à la veille de Noël.

Deux grands-mère s’exaspéraient du fait que mon chihuahua venait de déposer trois gouttes d’urine sur un arbre. Sentant le ton monter et les mots « dégueulasse » et « petite conne » poindre sur leurs délicates paires de lèvres, je me retournai pour leur lancer un regard qui en disait long.

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Après m’être expliquée et voyant le ton monter, je souhaite qu’elles prennent congé et s’éloignent de ma vie à jamais. Avant de décamper avec leurs sacs de course à roulettes, l’une d’entre elles s’est approché de moi, et a dit un peu trop fort à mon goût :

« Avec votre anneau de meuh-meuh dans le nez, vous le voyez votre avenir ? Il est tout tracé. »

Elle me montrait une crotte de chien.

J’ai hésité entre exploser de rire à m’en tordre l’estomac, ou pleurer. Dans tous les cas j’ai compris que tant qu’on s’en tiendrait à de telles conclusions, demain ne serait pas le jour où les ancien•ne•s s’émanciperont de leurs propres clichés…

Sans mon piercing au septum, je me sens (définitivement) comme une bamba triste

Le problème, au fond, ce n’est pas tellement que certain•e•s estiment que je ressemble à un boeuf. Le truc, c’est que maintenant mon piercing fait partie intégrante de qui je suis. Si on l’insulte, ce n’est pas seulement à Crazy Factory qu’on s’attaque, mais à moi toute entière.

Quand je l’enlève pour faire du sport, j’ai ce même tic qu’une personne à laquelle on retire son appareil dentaire : je le cherche inconsciemment, dans une subtile danse du bout du nez. Sans lui, je ne me reconnais pas sur les photos. Me demander de le retirer serait comme me sommer de me couper un pied.

J’aime pouvoir choisir de le cacher ou non : c’est ce qui m’a séduite dans l’idée de départ. Pourtant, j’ai le sentiment que ce choix, ce n’est pas toujours moi qui le fais, au fond…

Il est parfois compliqué de confirmer le discours que j’avais lors de mon Street Tattoos : je m’en veux souvent un peu trop de ne pas arriver à m’y tenir tous les jours.

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Piercing au septum : et si on pouvait tous disposer librement de nos corps sans jugement ?

Heureusement, mes concitoyen•ne•s ne sont pas tou•te•s aussi fermé•e•s que des huîtres gros calibre. On me dit souvent que mon piercing est joli, ou qu’on ne m’imaginerait plus sans (tout comme mes tatouages et mes écarteurs). De plus en plus de personnes viennent me poser des questions (et pas pour me demander quand arrivera ce jour béni où je déciderai enfin de le jeter aux ordures).

Je me fiche qu’on apprécie ou non sa valeur esthétique : je n’accepte simplement plus que l’on me juge à sa simple vision ! En faisant le choix de me faire percer, j’acceptais ses conséquences. Pourtant, je ne pensais pas qu’elles arriveraient si violemment dans ma face.

Mes frères, mes sœurs, rassemblons nos frêles cloisons nasales pour un futur dans lequel disposer comme on le souhaite de son corps ne sera pas réprimandé par les goûts d’autrui.

Courage, nous vaincrons. Promis.

dealwithit

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Shinigamylle
    Shinigamylle, Le 22 novembre 2015 à 14h48

    @Sivia : (je réponds à la bourre, désolée !) C'est complètement individuel pour les croûtes de lymphe, ma pote n'en a quasiment pas eu, moi par contre la vache, il croûtait grave, c'était une jolie torture quand je me mouchais et faisais bouger le bijou sans faire exprès, les croûtes raclaient le canal, arg :gonk: (et je précise que je ne tripotais pas le bijou, le faisait bouger le moins possible, et le soir je retirais délicatement les croûtes après les avoir humidifiées avec un coton-tige, so glam's)

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