Les fameux classiques, on ne sait jamais vraiment comment les lire. On peut avoir le souvenir rébarbatif d’une ennuyeuse obligation scolaire, d’une contrainte guère souhaitée, et on trouve quelquefois un chef-d’œuvre comme Phèdre particulièrement pesant. A tort, bien évidemment. Car s’il ne fallait retenir qu’une seule pièce de théâtre tout au long de la prolixe dramaturgie française, ce serait indéniablement la pièce de jean Racine.
En 1677, on sait déjà parler d’amour presque comme aujourd’hui, avec une beauté quasi jamais égalée. Phèdre, la fille de Minos et de Pasiphaé, est issue d’une famille maudite par Vénus, la déesse de l’amour. Le Minotaure est en quelque sorte son demi-frère, sa sœur Ariane a ensuite été abandonnée par Thésée, qui terrasse le célèbre monstre dans le Labyrinthe, et elle épouse ensuite l’ancien fiancé de sa sœur, qui lui donne deux enfants. Mais Phèdre est amoureuse du premier fils de Thésée, Hippolyte, qui lui, alors qu’on le croyait fier et insensible au cœur et à toute passion, est amoureux d’Aricie, une jeune fille dont la famille a tenté de s’emparer du trône et qui est condamnée à un célibat absolu.
Compliqué ? Et cela le devient encore plus lorsque la mort de Thésée, qui est roi, jette le trouble tant dans le cœur des ambitieux que dans celui de Phèdre. Qui d’Hippolyte, Aricie ou les enfants de Phèdre accédera au trône ? Phèdre se laissait dépérir, plus qu’honteuse de ses incestueuses pensées. Mais elle ose enfin se dévoiler, et est repoussée par le fier héros, dépité. De tentative en suicide réussi, le retour de Thésée est un véritable coup de théâtre, Oenone, la confidente de Phèdre, ourdit un véritable complot et tout finit mal, très mal.
Phèdre, c’est l’archétype de la passion, ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachées : c’est Vénus toute entière à sa proie attachée. Ce qu’on suppose être l’Amour avec un grand a, le coup de foudre, Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue, dans toute sa fureur, dans toute son inanité car cet amour si terrible n’est pas réciproque du tout. Et au-delà, il y a la splendeur de la langue racinienne. On aime ou pas les alexandrins, mais on ne peut que s’émerveiller devant tant de perfection. Ariane, ma sœur, de quel amour blessée / Vous mourûtes au bord où vous fûtes laissée. En fait, il faut lire cette pièce. Et Racine tout entier. Et si j’ai l’air intransigeante ce n’est que pour tenter de faire partager les frissons inhérents à un indescriptible chef-d’œuvre…











Le 29/03/2006 Ã 13h20
Ca m'a donné envie de le lireLe 29/03/2006 à 13h50
♥ Et tu as pu placer "ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachées...", bravo !Le 29/03/2006 à 18h51
J'aime cette pièce de Racine.Le 29/03/2006 à 21h36
Oui. Phèdre.(quelle beauté, ce vers, C'est Vénus tout entière à sa proie attachée, je me le répète, il coule tout seul, c'est impressionnant)
Le 30/03/2006 Ã 15h10
(quelle beauté, ce vers, C'est Vénus tout entière à sa proie attachée, je me le répète, il coule tout seul, c'est impressionnant)
Le 01/04/2006 Ã 15h11
J'ai adoré Phèdre ( et ton article, huhu ), mais j'avais préféré Bérénice, c'est grave ?