Ces personnages littéraires qui me saoulent – Chronique de l’Intranquillité

Ophélie aime lire, certes. Mais ça ne veut pas dire qu'elle aime tous les personnages de tous les bouquins. Voici une petite sélection de protagonistes qui ont le don de l'agacer !

Ces personnages littéraires qui me saoulent – Chronique de l’Intranquillité

?L’autre soir je lisais voracement un bouquin de Jane Austen, une auteure qui a le talent de m’emporter totalement dans son univers. J’avais l’impression d’être moi aussi dans cette petite bourgade de la campagne anglaise avec ses héroïnes et ses drames statiques de salons bourgeois.

Tout allait bien, j’avais l’âme à la hauteur des qualités honorables dont étaient pourvu les personnages principaux, lorsque, soudainement, j’ai été prise d’une violente envie de jeter mon Kobo à travers la chambre : un personnage bien relou depuis le début du roman m’avait énervée au-delà de ce que ma patience de lectrice pouvait supporter. J’oscillais entre la nécessité de faire une pause entre deux chapitres pour me calmer et le désir de continuer à lire pour savoir si ce personnage débile allait prendre cher comme il le méritait.

Je crois qu’il y a deux clans en matière de lecteurs :

  • Ceux qui ouvrent un bouquin, entament leur lecture et n’hésitent pas à refermer définitivement l’ouvrage s’il ne leur plaît pas. Éventuellement ils ré-essaieront l’expérience quelques temps plus tard mais globalement, ils peuvent se lancer dans la lecture de n’importe quel livre sans en attendre beaucoup et sans ressentir plus de peine que ça à ne pas le terminer.
  • Ceux qui mettront un point d’honneur à finir tout ce qu’ils ont commencé et qui vivront comme un échec terrible le fait d’abandonner entre deux chapitres – pire, au milieu d’un chapitre.

Comme on s’en doute, je suis de la deuxième race. Du genre à bien me vénère pendant trois cents pages sur la crétinerie de tel héros sans cervelle juste pour refermer le bouquin avec la satisfaction d’être allée au bout de ma mortification littéraire.

Cette triste constatation m’a donc donné envie de laisser libre court à ma haine de lectrice frustrée d’avoir subi pendant tant de pages des personnages si relous et si bêtes qu’ils mériteraient de pouvoir souffrir dans leurs chairs immatérielles lors d’un autodafé bien réel.

Le Chevalier des Grieux dans Manon Lescaut, de l’Abbé Prévost

Le pitch : nous sommes en plein XVIIIème siècle. Le chevalier des Grieux est un jeune homme de dix sept ans qui s’éprend violemment d’une fille nommée Manon. Le
problème ? Manon va être envoyée au couvent. La solution logique : les deux héros décident de s’enfuir afin de vivre leur grand amour en toute tranquillité. A partir de là, les emmerdes commencent car Des Grieux est si naïf et simplet qu’on se demande s’il est bien pourvu de toutes ses capacités mentales alors que Manon se révèle être une femme calculatrice, manipulatrice, vénale et pourvue de tant d’autres qualités du même ordre.

On devrait naturellement mépriser Manon, la prostituée immorale qui berne le jeune homme bien né. Mais Des Grieux fait preuve d’un tel jusqu’au-boutisme sentimental dégoulinant d’aveuglement qu’on se surprend à penser qu’il a bien mérité tout ces malheurs et ça calme un peu notre envie de l’empaler avec une sabre.

Emma Bovary dans Madame Bovary et Frédéric Moreau dans L’Éducation Sentimentale, de Flaubert

Il paraît qu’il existe des gens qui s’identifient à Emma Bovary dans la vie réelle : ça me laisse toujours un peu pensive d’apprendre de telles choses. Emma Bovary rêve sa vie et veut vivre dans ses rêves, ce qui en soi n’est pas répréhensible, si ce n’était pas une excuse pour légitimer un comportement d’hystérique chiante, jamais satisfaite de son bonheur petit-bourgeois et toujours à la recherche de plaisirs égoïstes et superficiels.

Quant au brave Frédéric Moreau, il est l’archétype le plus complet du personnage romantique : totalement stupide. À aucun moment Frédéric Moreau n’entre dans l’action, non non. Il est là, indécis et complètement à côté de la plaque, changeant d’opinion selon le sens du vent, avec l’inconsistance caractéristique des héros flaubertiens.

Ashley Wilkes dans Autant en emporte le vent, de Mitchell

On connaît tous ce beau gosse de Rhett Butler à la moustache frémissante, cette insupportable Scarlett O’Hara dont on déteste la méchanceté et l’égocentrisme naturel mais dont on admire la force de caractère. Mais on connaît moins Ashley Wilkes, le grand amour de Scarlett, celui dont la passion la poursuivra durant toute sa vie. Conséquemment, on est en droit d’imaginer que le brave Ashley doit être un chic type pour résister à la Georgie en feu et en sang et soutenir la comparaison face aux avances du sexy et riche Rhett Butler.

Grossière erreur ! Ashley est lui aussi dans le clan des rêveurs mous, il est totalement dépourvu de courage et de force pratique et se complaît dans d’interminables lamentations sur le bon vieux temps qui n’est plus et la perte de son petit confort bourgeois d’avant-guerre. On veut secouer Scarlett pour lui dire qu’elle fait fausse route et on en vient à espérer cent fois la mort d’Ashley pour sauver l’héroïne de sa vaine passion.

Sherlock Holmes, de Conan Doyle

Alors oui je sais, tout le monde trouve que Sherlock est formidable mais moi dans le clan des détectives privés de romans policiers anglais, j’ai toujours préféré Hercule Poirot : petit, gros, moustachu et belge, il m’est éminemment plus sympathique que ce similidandy hyperdoué et misogyne de Sherlock Homes. Qui, en plus, est prétentieux au possible et méprisant envers son cher Watson (qui ne mérite vraiment pas ça, le pauvre.)

Les personnages masculins chez Jane Austen

Si Jane Austen a toujours choisi une femme comme personnage principal de ses romans, c’est probablement par bon sens au vu de son incapacité à faire vivre un personnage masculin. Et c’est pour le mieux au vu de la finesse d’analyse et du fourmillement d’esprit
?dont ses héroïnes sont capables, mais sérieusement : est-ce une raison pour totalement abandonner ses hommes à des archétypes ringards et grossiers ? Bingley le gentil simplet amoureux, le fier et obscur Darcy qui n’est pas si insensible que ça au fond de son coeur, Knightley l’homme d’expérience et de bon sens un brin moralisateur mais qui pousse l’héroïne à se remettre en question, etc., etc. : peu importent leur rôle et leur importance, les personnages masculins ne sont vus qu’au travers du prisme des héroïnes qui les simplifient à l’extrême en les réduisant à une série de clichés aux comportements caricaturaux. On finit par ne même plus comprendre pourquoi l’héroïne s’intéresse sur plus de deux cents pages à des mecs aussi fades.

Oh un jour je pourrai probablement faire un « Top 100 des personnages les plus relous dans la littérature », car aussi pénibles soient-ils, ces protagonistes entraînent une forme d’attachement bien particulière (le genre d’amour qui s’éprouve à coup de tarte dans la gueule et de réjouissements sadiques). Après tout, il y a pire que les personnages qu’on déteste : il y a les personnages dont on ne pense rien.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • BillyBBl
    BillyBBl, Le 20 avril 2014 à 18h59

    Edmund dans Mansfield Park m'énervait moi. Mais bon après tout est une question d'affinité. J'aime être agacé Frédéric par exemple.

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