Partir vivre dans le Sud : du mythe à la réalité

Depuis que j’ai l’âge de porter du sable à ma bouche, chaque été, je descends passer mes vacances au bord de la Méditerranée. La mer, les pins, les cigales, les odeurs de lavande et de poisson melon frais… C’est le bonheur, et peut-être ce qui ressemble le plus au paradis (enfin à moins de 2h […]

Partir vivre dans le Sud : du mythe à la réalité

Depuis que j’ai l’âge de porter du sable à ma bouche, chaque été, je descends passer mes vacances au bord de la Méditerranée. La mer, les pins, les cigales, les odeurs de lavande et de poisson melon frais… C’est le bonheur, et peut-être ce qui ressemble le plus au paradis (enfin à moins de 2h d’avion).

[soupire béât les yeux fixant l’horizon] Alors forcément j’ai eu, comme d’autres, l’idée, l’envie, le rêve un peu fou, d’abandonner Paris, pour m’installer au bord du canal du Midi ou en plein coeur de la garrigue…

Au soleil, la vie doit être plus belle, c’est vrai, mais peut-être pas autant que je me l’imagine… Avant de faire mes valises, je dresse la listes des fausses idées qui m’habitent – ou la farandole des déceptions d’une parisienne qui baigne dans l’illusion.

Le mythe : Vivre dans le Sud c’est un peu comme être en vacances toute l’année. On se lève entre Motus et les Z’amours (11h20), on déjeune en terrasse, on fait la sieste pour digérer puis on va à la plage, on jardine et invite des potes pour faire des concours de Tequila Paf devant Intervilles. Une vie de rêve glandu quoi.


« Il fait tlop saud pour tlavailler »

La réalité : On a beau être pas loin des tropiques (à 10 000km près), dans le Sud aussi, il faut travailler – enfin à moins d’être l’inventeur du barbecue à 3 roulettes ou d’être à la retraite – et malheureusement, la plus courante des non-activités c’est le chômage…

Le compromis : Prendre un faux travail (comme Jessica dans le Sous le Soleil, qui gère très sporadiquement une paillotte) puis devenir député, passer sa vie sur les marchés et faire voter une allocation Sud – 600€ versés mensuellement aux gens qui vivent dans une ville où il fait trop chaud pour travailler.

Le mythe : Le Sud ne connait pas l’hiver. Le Sud passe du printemps à l’été, de l’été au printemps, un peu comme en Thaïlande mais sans les pluies diluviennes. Du coup, on y vit en bermuda, on compte jusqu’à 5 récoltes de pastèques dans l’année et le port de la tong reste digne même au mois de janvier.

La réalité : Il fait beau 4 mois dans l’année, juste de quoi bronzer des pieds, démarrer des feux de forêt et peler du crâne et du nez. Le reste du temps, les nuages, la pluie et surtout le mistral ou la tramontane balayent le ciel en toute impunité. Un climat encore plus difficile à digérer quand on a une piscine et des palmiers à rentabiliser – ça rend le cœur triste, un peu comme si on voulait décorer un sapin en plein mois de juillet.

Le compromis : Choisir Nice qui jouit d’un microclimat inexpliqué ou carrément la Corse, à condition de faire un effort pour s’intégrer (autocollant Corsica à l’arrière de la voiture, accent et humilité).

Le mythe : En s’installant dans le Sud, on s’offre avant tout une meilleure qualité de vie. On fait des salades, on porte des chemisettes, on serre la main à son maire qui s’appelle Marcel et surtout on échange un F3 parisien contre une maison avec piscine et vue sur la mer. Ou un mas familial entouré de vignes avec des enfants qui courent sous le patio comme dans « Du Côté de Chez Vous » l’émission-déprime sponsorisée par Leroy Merlin.

La réalité : 800 000* retraités envahissent la région chaque année, faisant grimper les prix des caniches nains, des packs de yaourts Câlin mais aussi et surtout du mettre carré. De riches étrangers s’ajoutent au flot d’immigrés, résultat : tout ce qui a une terrasse, un jardin ou une vue sur la mer voit son prix s’envoler (comparable aux beaux quartiers parisiens).

Le compromis : Epouser le directeur de la clinique du Golf, un avocat senior de chez Brother & Brother, le directeur des casinos Spartatouch, un russe ayant su bénéficier de l’ouverture au capitalisme… Ou se rabattre sur le presque-sud (le Cantal, le Périgord ou la Lozère).

* Chiffre donné au hasard pour impressionner le lecteur mais qui pourrait s’avérer pas si loin de la vérité.

Le mythe : Dans le Sud les gens sont toujours heureux, ils ont l’accent chantant, l’amour de la vie et surtout, en cas de pénurie, ils ont assez de biscuits apéro pour survivre pendant 4 mois. Des gens sociaux quoi. Du coup, en 2 semaines on connait déjà le prénom de tous le monde dans le quartier et en cas de pépin (besoin de lait à 2h du matin, de faire garder son gamin, de traduire une chanson de raï’n’b en italien ou de cacher un frère en cavale chez des voisins), on sait sur qui compter.

La réalité  : le quartier du Mistral dans Plus Belle la Vie n’existe pas. En vrai, la vieille Rachel envoie des lettres d’insultes à ses voisins, Samia est en prison depuis qu’elle a poignardé son frère, Roland exploite trois sans papiers dans sa cuisine et Mélanie pense qu’avoir une tarlouze au comptoir, ca fait fuir la clientèle.

Le compromis : partir vivre dans le Sud oui mais avec sa propre bande d’amis, ou bien faire un métier qui favorise les échanges humains (boulangère, coiffeuse, gérant de boîte échangiste…).

Le mythe : En déménageant, je deviens une fille de là-bas. J’ai l’accent, je bronze, mes cuisses se raffermissent, j’ai les ongles manucurés, je porte des tangas et je me tatoue une salamandre le long du pied. Je deviens sexy, chaleureuse, sportive, accessible, expensive, j’ouvre une boutique de lingerie, je fais les soldes chez Cache Cache et j’épouse un pompier qui sait hypnotiser les taureaux et pêcher les daurades à mains nues.

La réalité : je ne suis pas d’origine espagnole ou italienne. Je ne danse pas sur les places des fêtes, j’ai un peu peur des gitans, j’attrape des coups de soleil à la raie des cheveux et au-delà du 26°, je transpire de la moustache. En clair, je ne suis pas du Sud et même avec 350 séances d’UV je ne le deviendrais vraiment jamais.

Le compromis : Aucun. S’il existait un quelconque moyen pour que je ressemble à Laetita Milot, que j’ai les jambes de Cendrine Dominguez, les cheveux de Penélope Cruz et la joie de vivre de Victoria Abril, ça ferait longtemps que je l’aurais fait.

Et toi, as-tu déjà songé à vivre dans le sud ? Y vit-on vraiment plus heureux ? Et si le bonheur se trouvait au bout de l’A6 ? Faut-il qu’on délocalise Paris et le reste de la France qui souffre sous la Loire ? Et toi fille du sud : es-tu heureuse là où tu vis ou rêves tu de rejoindre le nord du pays ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Yeuuubi
    Yeuuubi, Le 31 août 2014 à 3h13

    Je vis dans le sud (près de Nice ) et je dois avouer que le "grand Nord" (Paris) me plait plus, j'ai bien envie d'y habiter et je connais beaucoup plus de gens là bas  :/ .

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