Pourquoi parle-t-on avec les mains ?

Tout le monde parle, à un niveau ou à un autre, avec ses mains : on s'échauffe, on mime, on encadre entre guillemets, on ouvre une parenthèse, on balaie un sujet... Mais pourquoi donc ?

Pourquoi parle-t-on avec les mains ?

L’autre jour, j’ai vu ma copine Maitena et, tu vois, Maitena, lorsqu’elle te raconte un truc, elle gigote, elle bouge, elle gesticule, elle fait de grands mouvements – ça t’emporte direct dans son discours. En bref, elle est géniale, investie, et s’exprime un peu avec ses mains.

Mais pourquoi parle-t-on avec les mains ? Est-ce que ces gestes ont une signification particulière ?

Des gestes pour communiquer

Cette question a particulièrement intéressé Susan Goldin-Meadow, docteure en psychologie. La chercheuse a réalisé des travaux sur la manière dont nos gestes et les mouvements de nos mains peuvent être liés à notre communication et notre pensée.

Entre de nombreuses autres découvertes, Goldin-Meadow a notamment souligné l’importance de la gestuelle en observant des enfants atteints de surdité, qui n’avaient pas été exposés par leurs parents au langage des signes, et qui, pourtant, avaient inventé un système gestuel structuré comme un langage !

La chercheuse note également que les personnes aveugles de naissance font aussi ces gestes de la main en parlant à d’autres personnes malvoyantes. Pour elle, cette observation indique que notre tendance à faire des gestes en parlant serait innée, mais aussi que nous n’utilisons pas seulement ces gestes pour être mieux compris par nos interlocuteurs.

Dans un article pour Cerveau&Psycho, Susan Goldin-Meadow explique que nous faisons aussi ces gestes « pour nous-mêmes », et que, souvent, nous ne remarquons ni que nous gesticulons, ni que notre interlocuteur gesticule. Et pourtant, dans ces gesticulations, quelque chose se dit et s’entend !

Pour elle, les mouvements spontanés de nos mains ne seraient absolument pas dus au hasard : ils reflèteraient en fait nos pensées, accentueraient le sens de ce que l’on veut dire… et parfois, ces mouvements peuvent même dire « plus » que ce qu’on l’on dit avec nos mots (Morford et Goldin-Meadow, 1992). Sans même s’en rendre compte, nos interlocuteurs peuvent tirer des informations de ces mouvements.

Je ne suis pas en train de vous dire que tous vos gestes peuvent vouloir signifier quelque chose et qu’à chaque fois que vous vous grattez le nez, cela signifie que vous êtes coupables, mais simplement que certains de nos mouvements de mains peuvent donner quelques indications.

Le héros de la série Lie to Me décrypte le langage corporel pour déceler mensonges, omissions et signes de nervosité.

Des gestes pour éviter la surcharge mentale

En 2001, Goldin-Meadow (et ses collègues) ont réalisé une étude en quatre phases sur 40 enfants et 36 adultes.

Dans la première étape de l’expérience, les chercheu-r-se-s demandent aux enfants de trouver les résultats d’additions, et aux adultes de résoudre quelques problèmes mathématiques.

Ensuite, dans une seconde étape, l’équipe de recherche demandent aux participant-e-s jeunes et moins jeunes d’apprendre une liste de lettres et de mots par cœurs.

Lors de la troisième étape, les chercheurs-es demandent à chaque participant-e d’expliquer la manière dont ils ont trouvé les solutions aux additions ou aux problèmes mathématiques. Dans cette phase-là, on demande à la moitié des participant-e-s d’essayer de garder les mains immobiles lorsqu’ils parlent. À l’autre moitié, on ne précise rien de particulier (ils peuvent donc gesticuler autant qu’ils en ont besoin).

Enfin, dans la quatrième et dernière étape, l’équipe menée par Goldin-Meadow invite les participant-e-s à se souvenir des lettres et mots de la liste apprise par cœur (et d’énoncer ces lettres et mots).

Les résultats sont surprenants : Goldin-Meadow et son équipe observent que les enfants et adultes autorisés à faire des gestes (lors de la 3ème phase) parviennent à se rappeler d’en moyenne 20% de mots et lettres en plus que ceux devant garder leurs mains immobiles. Mais pourquoi ? Quel est le rapport ?

Pour les chercheur-se-s, lors de la troisième phase, les participant-e-s subissent une « charge mentale » importante : ils doivent à la fois garder en tête la liste de lettres et de mots, et expliquer la manière dont ils ont résolu les problèmes mathématiques. Goldin-Meadow explique que dans cette phase, les gestes permettent de « remplacer » certaines explications verbales par des symboles.

Du coup, le travail d’explication serait facilité et cela « libèrerait » des capacités dans nos petits cerveaux… Et ces capacités pourraient être utilisées pour garder la liste de lettres et de mots en tête, ce qui expliquerait pourquoi les personnes autorisées à gesticuler obtiennent de meilleures performances lorsqu’on leur demande de s’en souvenir.

La chercheuse complète son interprétation par un autre argument : lorsque nous faisons des gestes, nous pourrions activer d’autres mémoires que notre mémoire verbale, ce qui faciliterait l’accès à certains mots (et faciliterait donc nos explications).

Susan Goldin-Meadow et ses travaux nous disent donc que la manière dont nos mains bougent lorsque nous parlons n’est pas anecdotique : ces gesticulations pourraient nous aider à communiquer, nous aider à dire ce que l’on pense, à en dire plus, à compléter…

Pour aller plus loin…

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