Papa Was Not a Rolling Stone : histoires d’amours et d’ambitions à La Courneuve

Sylvie Ohayon adapte son premier roman autobiographique au grand écran : Papa Was Not a Rolling Stone raconte sa jeunesse à La Courneuve, dans les années 80. Un film entre revanche et hommage, dédié « à tous les enfants de la République ».

Papa Was Not a Rolling Stone : histoires d’amours et d’ambitions à La Courneuve

En 1987, Stéphanie Meunier est en Terminale. Elle vit avec sa mère et son beau-père dans l’une des barres de la cité des 4000, à La Courneuve.

Sa cité, elle l’aime autant qu’elle veut la quitter. « L’idée de vieillir lentement dans ma cité me terrorisait », dira-t-elle. Entre un beau-père violent qui mériterait le quadruple des claques qu’il distribue, et une mère qui l’est devenue trop jeune, Stéphanie trouve deux refuges : la danse, et la lecture.

« Tout est vrai »

L’histoire de Stéphanie Meunier, c’est en fait celle de Sylvie Ohayon, qui a grandi dans cette cité. En 2011, elle part s’isoler dans une chambre d’hôtel à New York, pendant six semaines, pour écrire.

Papa Was Not a Rolling Stone était son premier livre ; c’est désormais son premier film. À l’écran, Doria Achour prête les traits de sa jeunesse au rôle de Sylvie Ohayon, qu’elle interprète avec une grâce et une majesté qui trahissent toute la détermination, le refus de se soumettre à un destin assigné, toutes ces ambitions qui ont armé l’auteure malgré et contre les épreuves.

Bien plus qu’un décor, La Courneuve en serait presque un personnage du film à part entière. Elle est davantage un parent que ce beau-père minable, qui serait seulement ridicule s’il n’était pas violent.

Fait suffisamment rare pour mériter d’être soulignée : la banlieue n’est pas caricaturée dans ce film. Sylvie Ohayon raconte son adolescence, ses ami•e•s, son premier amour, ses flirts et ses prises de têtes sans grossir le trait, sans chercher l’exagération. « Tout est vrai », me dira-telle en interview (à paraître sur madmoiZelle).

La réalisatrice a choisi de projeter son film en avant-première à La Courneuve, au coeur de cette cité qui l’a vue grandir, puis partir, sans jamais vraiment la quitter. J’y étais, en compagnie des Courneuviens, de ceux et celles qu’elle a voulu impliquer dans le projet.

À en juger par les réactions de la salle pendant le film et les commentaires glanés à la sortie, le tableau a séduit. Il suffit d’écouter Soumaye Bocoum, sublime dans le rôle de la meilleure amie, pour tomber sous le charme.

Histoires d’amours et d’ambitions

Papa Was Not a Rolling Stone est une histoire d’amours, au pluriel. Ces amours qui ont sauvé la vie de Sylive, alias « Stéphanie Meunier », son avatar à l’écran. Son amour pour « les belles lettres », pour l’école qu’elle a saisie comme une chance de changer son destin. « Je ne voulais pas d’une vie assignée à résidence », écrit-elle.

L’amour de sa grand-mère, qui l’a élevée et aura davantage été une mère pour elle que Micheline, « sa mère qui l’aime mal ». Son amour aussi pour cette mère maladroite, qu’elle n’a pas su détester malgré tous ces mots cruels que la douleur n’excuse pas.

C’est à ces histoires d’amours que Sylvie Ohayon rend hommage et justice, dans ce décor trop souvent décrié, au sein de La Courneuve, meurtrie par les caricatures et la violence des harangues politicardes.

Ces histoires sont belles autant qu’elles sont terribles, et ce pour la même raison : parce qu’elles sont authentiques. On a depuis dynamité les tours qui barraient le paysage, mais la cité ne se résument pas à ses murs…

Trente plus tard, on n’a pas fini de brandir en exemple les banlieusards « qui [s’]en sont sortis » comme des exemples de réussite, comme une preuve que « c’est possible », ce qui trahit bien le présupposé d’exception. Et on s’étonne qu’encore aujourd’hui, leurs ambitions soient plafonnées, l’échec soit intériorisé comme la norme et la réussite comme l’exception.

La scène chez la conseillère d’orientation n’a pas pris une ride.

Papa Was Not a Rolling Stone rappelle, à ceux qui en douteraient encore, que la banlieue contient et produit autant de trésors et de talents que n’importe quelle campagne. C’est fou combien une histoire personnelle de la fin des années 80 contient d’universalisme et d’actualité !

Je n’écouterais plus Jean-Jacques Goldmann de la même façon depuis cette version guitare-voix d’Envole-moi

Papa Was Not a Rolling Stone sort au cinéma aujourd’hui, le 8 octobre, et je ne peux que vous le recommander. Et si comme moi, en sortant de la salle, vous avez une furieuse d’en savoir plus sur cette auteure-réalisatrice, bonne nouvelle : elle a déjà sorti 3 livres !

Je vous laisse, j’ai commencé Papa Was Not a Rolling Stone et je ne peux plus le lâcher.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Pseudo-Original
    Pseudo-Original, Le 10 octobre 2014 à 7h03

    Ah et aussi, le seul truc qui m'a un peu déplu dans le film : Stéphanie est PARFAITE. Super jolie. Super bonne élève. Et en plus elle doit se débrouiller toute seule. Déjà ça ne men paraît pas vraiment objectif et en plus ça montre qu'il faut être comme ça pour "s'en sortir"...

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