La disparité entre élite et population est impressionnante en Birmanie. En 2006, le mariage de la fille de Than Shwe avait suscité une vague de protestations dans le pays. On y voyait les jeunes mariés dans un hôtel de grand luxe, exhibant bijoux et pierreries. Suite aux sanctions de l'ONU, le pays vit replié sur lui-même, la population étouffe. Mais l'isolement diplomatique n'empêche pas les militaires d'avoir de puissants interlocuteurs, intéressés par les ressources naturelles birmanes.
Si l'économie sous la junte est essentiellement agricole, la Birmanie a recentré son secteur public (détenu par les militaires) sur les industries d'extraction (pétrole, gaz, pierres précieuses et bois). Inde, Chine et Russie sont les principaux partenaires commerciaux du régime. La Chine possède en particulier de nombreux droits d'exploitation dans l'Ouest et le Nord du pays. Les Chinois recherchent essentiellement les hydrocarbures, développent des projets de pipeline pour alimenter directement le sud du pays, afin de contourner le détroit de Malacca (le détroit le plus dangereux de la région). Pour préserver leurs intérêts, la Chine et la Russie font jouer leurs droits de veto à l'Onu pour éviter toute réelle sanction à la Birmanie.
Cette proximité avec de grandes puissances peu regardantes sur la démocratie permet au régime birman (mais pas à la population) de supporter les sanctions internationales, imposées notamment par les Américains. Les militaires retirent les bénéfices des impôts perçus sur les compagnies étrangères mais ne réinjectent que peu de fonds dans le fonctionnement du pays. On arrive ainsi à des situations ubuesques. Le régime fait construire des hôpitaux mais ne forme pas de médecins, n'achète pas de matériels. A contrario, les fils des dignitaires font des allers-retours en jet privé pour aller à l'école chaque jour à Singapour.