« Le pouvoir militaire semble aujourd'hui bien plus solide qu'il ne l'était il y a 20 ans » rappelle Renaud Egreteau, professeur à Sciences Po (Le Monde du 29 septembre). Cette crise n'est pas la première d'un régime installé depuis 1962.
Quand l'armée arrive au pouvoir en 1962, elle prend également le contrôle de la sphère économique. Petit à petit, la « voie birmane vers le socialisme » permet aux militaires de s'enrichir en dirigeant les entreprises publiques et l'armée devient un « État dans l'État » selon la journaliste Bertil Lintner (Courrier International du 4 octobre). Les militaires disposent d'hôpitaux, d'écoles à leur seul usage. Familles et amis jouissent de nombreux privilèges pour l'emploi ou la santé quand la population birmane voit ses conditions de vie se dégrader. Bertil Lintner rappelle qu'avant la prise de pouvoir de 1962, la Birmanie avait « l'un des meilleurs niveaux de vie et d'éducation de l'Asie du Sud-est ».
Mais depuis 1992 et l'arrivée du général Than Shwe au pouvoir, la situation s'est durcie. Le général Than Shwe avait fait partie des militaires qui renversèrent la démocratie en 1962, avec à leur tête le général Ne Win (Than Shwe était alors capitaine). Il monte les échelons jusqu'en 1988. Ne Win quitte alors le pouvoir. Des milliers de manifestants réclament alors la démocratie. Mais les manifestations sont violemment réprimées et font 3 000 morts. En 1990, des élections législatives libres sont pourtant organisées. La leader d'opposition Aung San Suu Kyi, apparue en 1988 sur le devant de la scène, remporte les élections à la tête de la Ligue nationale pour la démocratie. Mais les militaires ignorent les élections. Ils l'emprisonnent. Elle ne pourra recevoir en personne le prix Nobel de la Paix qu'elle reçoit en 1991. Than Shwe prend le pouvoir en 1992. À partir de cette date, il va tout faire pour maintenir un régime encore plus dur. Il s'oppose à toute tentative de démocratisation et élimine l'aile modérée des militaires en 2004. Libérée en 1995, Aung San Suu Kyi est de nouveau placée sous résidence surveillée en 2003.
2005 est un tournant. Superstitieux, entouré d'astrologues, probablement paranoïaque, Than Shwe déplace la capitale au centre du pays, dans une ville construite à la hâte, vide de tout habitant, en plein milieu de la jungle, Naypyidaw. Il modifie également l'ensemble de la masse monétaire en faisant détruire tous les anciens billets pour en imprimer de nouveaux avec le chiffre 9 (un chiffre porte-bonheur selon ses astrologues). L'économie de la population birmane s'effondre. Mais l'élite militaire ne cesse de s'enrichir.