Parce qu'ils vivent des offrandes de la population dans un pays à 85% bouddhiste, les moines sont touchés de plein fouet par les difficultés de la population. Ils se sont donc engagés auprès des manifestants. Pour Gustaaf Houtman, chercheur au Royal Anthropological Institute (Libération du 1er octobre), les moines jouent de facto un rôle politique car le régime contrôle l'ensemble de la population. Les monastères représentent les seuls lieux sûrs du pays. « La crise s'est développée à partir d'une organisation spontanée de jeunes moines constitués en réseau. Ils ont fait quelques modestes demandes, comme la réduction des prix des biens de première nécessité […] mais le régime n'a jamais répondu ». Cependant, on aurait tort de parler de "force politique" proprement dite, c'est-à-dire d'une force organisée et tournée vers la vie politique. « [Les moines] ne protestent pas politiquement. Ils sont dans leur bon droit en descendant dans la rue parce qu'ils ne peuvent plus pratiquer leur religion. […] Les moines se sont rassemblés dans la rue parce que leur moyen de subsistance s'est épuisé : la population n'a plus les moyens de subvenir à leurs besoins alimentaires. Cette situation affecte leur capacité à mener une vie de moine selon les règles ».
La Birmanie compte quelques 400 000 moines, soit presqu'autant que le nombre de militaires. Tous les garçons peuvent devenir moine, tous les garçons sont ordonnés au moins un fois. Les moines délivrent des enseignements dans les temples qui longent les rues de toutes les villes birmanes. Il leur est interdit de travailler : les Birmans les nourrissent par des offrandes qui doivent être consommées dans la journée. Mais la crise économique menace aujourd'hui le corps religieux.
Les moines jouissent par ailleurs d'un statut à part, qui leur permet de s'opposer au régime le cas échéant. Le journaliste Brian McCartan, du Asia Times Online, rappelle la longue tradition d'activisme politique des moines birmans, dès la période coloniale, grâce à leur autorité morale. Quand elle s'exprime, cette autorité dispose d'un impact important sur son opposant (hier les colons, aujourd'hui les militaires) et insuffle courage et détermination aux Birmans, qui subissent de plein fouet la dictature (coloniale puis militaire). « L'environnement monastique lui-même est un lieu propice aux débats, y compris politiques, et on y entend les plaintes et les malheurs des gens du peuple qui se rendent au temple en quête de conseils et de réconfort religieux » note McCartan. Le 5 septembre, des moines ont été battus pendant une manifestation dans une ville du centre du pays. C'est à ce moment-là que les moines ont réellement pris la tête du mouvement.
Les moines rendent la répression (du moins dans un premier temps) plus difficile. Tirer sur des moines, a fortiori les tuer, conduirait les auteurs des tirs à redescendre dans l'échelle karmique à leurs prochaines réincarnations. Concrètement ils seraient réincarnés en serpent ou en ver de terre, les êtres les moins dignes de l'ordre karmique. Mais la Birmanie est un régime de fer qui dispose de nombreux moyens pour mater la rébellion.