Quand je vais chez Fab, je sais que je suis bonne pour tripoter son joypad à la fin de la soirée. C?est pourquoi, j?ai mis au point diverses tactiques de diversions pour échapper à cette épreuve :
- Aborder de brûlants débats de société ("Quoi ?! Lorie classée AVANT Laetitia Casta ? Je comprends vraiment rien à FHM")
- Obtenir l?appui d?un relais d?opinion ("Cath, pourquoi ton homme me torture comme ça ?" "Ben oui, Fab, t?es chiant à la fin !")
- Déstabiliser l?interlocuteur : "C?est toi qu?as lâché une caisse ?"
Las ! Rien ne détourne la bête de son objectif : à peine le café terminé, Fab bondit vers son coffre à jouets en quête du jeu à me refiler. Un Pacman ou un Tetris conviendrait très bien à mon niveau (en rien lié aux chromosomes X qui squattent mon ADN, faut-il le préciser). Pourtant, le bougre continue à me mettre face à de nouveaux défis vidéoludiques. Traduction : Fab, y me refile toujours des jeux que je perds tout le temps dedans.
Quand lors d?une énième bouffe chez lui, Fab me sort Space Channel 5 Part 2, je me prépare donc à une nouvelle humiliation. Je suis alors loin de m?imaginer que j?entre dans le premier jeu disco-surréaliste. Vois-tu, Space Channel 5, c?est un peu la rencontre de Charlie Oleg et d?Austin Powers sur une boule à facette. Le principe ? Sauver tes amis humains des griffes des Rhythm Rogues, de fieffés coquins qui condamnent leurs otages à danser le disco en continu. Le chef des opérations ? Ulala, une fille qui ponctue chacune de ses phrases de chorégraphies alawaleuguéne. Le décor ? Des pistes de danse probablement conçues par des jeunes gens farcis au LSD.
Fab m?explique le principe : "alors tu vois, y a des combats de danse. Le mec en face fait un mouvement, tu dois faire le même. Moi j?ai les commandes haut, bas, droite gauche. Toi, tu appuies sur croix ou rond quand le gars fait Tchouu ! ou Hey ! . Si on gagne la manche, on libère des otages." Ok. C?est simple, c?est déjà ça : en route pour le dancefloor, vaillante Ulala !
Lorsque le premier combat débutee, je m?attends à un viandage en règle, comme à mon habitude. Pourtant, Ulala exécute ses mouvements sans problème et quelques humains sont libérés. Etant donné leur tronche, je regrette immédiatement d?avoir dépensé au moins 500 calories pour sauver leurs miches. Mais point de regrets : il faut poursuivre la mission. Sans même avoir pris une petite bière pour se rafraîchir, Ulala entre dans le prochain monde. Je remarque alors qu?elle se balade avec deux suppositoires géants sur le dos. Ballons d?oxygène ? Propulseurs ? Gourdes hi-tech ? Mystère. En tout cas, ça n?a pas l?air de la gêner dans ses mouvements : Ulala balade ses plateforms shoes de défis en défis, et libère toute une tribu d?hotages psychédéliques d?un coup de funk. Tout cela, sans même que son déo la lâche. Respect.
S?en suivent un duel à la guitare électrique Playschool, un combat contre des robots patibulaires, des centaines de Hey-Tchuu , Tchuu-hey-hey, Tchu-Tchu? Et un combat final contre une plante carnivore géante qui comptait bien se faire le Président d?Ulalaland en apéricube. Ulala a beaucoup remué les fesses et balancé des hanches, mais toute cette agitation ne fut pas vaine : pour une fois, la défaite ne m?attendait pas au bout de la manette. Certes, Fab jouait aussi. D?accord, un gosse de deux ans pourrait y jouer, mais Space Channel 5 m?a tout de même laissée finir un jeu sortir la tête haute. Serais-je sur le point de me convertir aux JV ?
....
Ha ha. Compte là-dessus et joue aux mikados.