On s'est croisé pour la première fois un jeudi soir, du côté des Champs-Elysées, dans un de ces clubs parisiens à la "chic-attitude". Juste un regard, pas un mot, pas un sourire. Y a eu un espèce de déclic, une sensation particulière quand j'ai plongé mes yeux dans son regard, comme de l'électricité dans l'air, l'ambiance qui s'est gonflée de tensions. Puis nos regards se détachent, on s'oublie, on zappe. Trois semaines plus tard, porte d'Aubervilliers, Studio 287. Soirée clubbing avec des amis et mon copain de l'époque, avec qui je vivais une « love story » digne des plus beaux scénarios hollywoodiens. Je croise mon inconnu de l'autre soir, il est reporter photo pour la soirée et prend donc un cliché de mon copain et moi. Et nos regards qui se recroisent, et son sourire que j'découvre. Mais les doigts d'mon prince charmant de l'époque s'emmêlent aux miens, et c'est la magie qui s'estompe.
Quelques jours plus tard, ledit inconnu m'envoie un e-mail par le biais de la messagerie du site pour qui il bosse et dont je suis membre : Tu me plais, je voudrais qu'on discute un peu. Echange de numéros et je vais donc passer les deux prochains jours au téléphone avec lui. De confidences en crises de fou rire, c'est l'entente parfaite, l'osmose dans notre façon d'penser. C'était comme si j'le connaissais depuis toujours, une moitié égarée, un demi retrouvé. Au bout de ces deux jours, on a décidé de passer la soirée ensemble en boîte. On l'avait prévu tous les deux : on a passé la nuit dans les bras l'un de l'autre, sur sa bouche, dans son cou, sur mes hanches. A la fois tendre et fougueux, doux et direct. On s'est séparés devant ma porte, des étoiles plein les yeux et son parfum qui s'éternisait sur ma peau, pour continuer à faire frémir mes sens. On a refusé de laisser se faire quelque chose de sérieux entre nous. On n'veut pas se donner le droit d'souffrir en officialisant les choses, on n'veut aucune attache, rien. Je sortais d'une histoire difficile avec mon premier amour, lui avait trop peu de temps pour s'investir vraiment et n'a pas gardé de très bons souvenirs de ses histoires passées...
Alors on discute un peu chaque jour, de banalités, de conneries dont tout l'monde se fout, juste pour s'donner l'impression qu'on n'est rien l'un pour l'autre, que c'était passager. Parfois on parle de nous, on s'assure qu'on n'ressent rien. Il m'appelle mon amour et m'raconte l'histoire de la fille qu'il s'est faite la veille. J'lui dis que ça m'est égal de comment elle s'appelle puisque je sais que c'est moi qu'il veut. Et il acquiesce sans rougir. On se retrouve souvent en boîte et c'est à chaque fois le remake de notre premiere soirée passée ensemble. On se câline avec ce semblant d'indifférence, alors que chaque caresse est l'soupir de notre amour refoulé. J'pourrais continuer à raconter à tout l'monde qu'il me laisse indifférente, il pourra continuer à dire à ses potes que je n'suis qu'une fille de boîte ; mais c'est dans nos yeux que tout se passe, ce sont ses frissons et ma respiration qui se coupe qui en disent long. J'me demande où tout ça va nous mener. On attend peut-être le bon moment pour s'élancer, pour se dire qu'on n'joue plus… Ou peut-être qu'on a juste peur d'aimer. D'aimer trop, d'aimer dans la déraison, d'aimer sans limite. C'est pour ça que j'ai eu envie de raconter mon histoire : des gens déçus par l'amour, il y en a des milliers. Mais des personnes qui passent à côté d'histoires qui pourraient être merveilleuses, il y en a des tonnes aussi. Tout ça à cause de cette peur de souffrir, peur de se donner à l'autre et de n'pas en ressortir indemne. Faut-il prendre le risque ou vivre avec des regrets ?