Anaïïïïs a testé pour toi... le rendez-vous avec un Fils à Papa, égocentrique et pas spécialement finaud. Sors ton carnet et prends des notes, ce billet peut servir.
Il m’a invitée au resto et j’ai accepté. Nous n’avons pas beaucoup discuté, mais je fais confiance au destin qui m’a déjà tellement gâtée (ne ris pas sous cape, ris plutôt à gorge déployée devant ce trait d’humour aussi fin que ma ligne). Et puis il fait beau. Et puis j’ai envie d’être en terrasse. J’adore les terrasses. Que ne donnerais-je pas pour un repas en terrasse. Tout. N’importe quoi. Bêta.
Me voilà donc partie en direction de la terrasse où je suis censée le retrouver.
Il m’attend. Il est là. Pitiéééé, je peux partir en courant. Non, ma bonne Dame, votre éducation vous l’interdit. Vous avez vécu suffisamment de lapins dans votre courte (enfin courte, laissez-moi rire) vie pour en faire subir un à la gent masculine. Assumez assumez.
J’assume.
J’y vais. Le pas lourd. La démarche lente. Je ne le sens pas. C’est physique. C’est viscéral.
Il est petit. Même assis, il semble petit. Ratatiné sur sa chaise. Lunettes. J’adore les lunettes sur les bruns ténébreux, pas sur les petits ratatinés. Ça fait intellectuel. Ça me rappelle trop mon adolescence où mes lunettes à moi m’ont valu ce surnom. Passque j’avais des bésicles. Passque j’étais première de classe. Du coup j’étais taxée d’intellectualisme. Faux. Je n’en touchais pas une, ou presque. Les apparences sont tellement trompeuses. Keske j’en pouvais moi si j’avais le QI et la plastique de Sharon Stone. Meuh non je rigole. Pour la plastique, s’entend. Bref, l’intello de service, c’était moi. Du moins le croyaient-ils. S’ils avaient su qu’à l’époque déjà je passais plus de temps devant Santa Barbera ou Beverley Hills que sur mes notes de cours. Etudier me répugnait. Je n’aimais qu’une chose : les dissertations. Déjà.
Revenons à nos moutons, en l’occurrence cette terrasse où siège l’intello qui m’attend impatiemment. On dirait un Fils à Papa intello.
Qu’importe Anaïs, ne te fie pas aux apparences. Crois en ton étoile. Crois en la lasagne bien chaude que tu vas commander sur cette terrasse bien chaude également. A défaut de coup de foudre amoureux, crois en un coup de foudre gustatif.
Je m’approche et je m’installe en face de Monsieur Fils à Papa.
Et l’enfer commence. Il est d’un ennui mortel. Je l’écoute me débiter son monologue aussi passionnant que la lecture de l’encyclopédia universalis, sirotant le coca qu’il a daigné m’offrir. D’apéritif, il n’est pas question.
Il bosse pour papa (j’avais vu juste, un Fils à Papa), dans la big méga société de papa cotée en bourse au profit inversement proportionnel à la taille de fiston. En quelques instants, je sais tout de la société de papa.
Pause. La carte arrive. Je salive en pensant à la lasagne qui va m’occuper quelques instants. Fils à Papa me propose un carnaval de pâtes. J’aime pas les carnavals de pâtes. Toujours cette vague impression qu’on me sert les restes en mini-portions. Mais sur cette terrasse encore toute chaude du soleil de l’après-midi, on ne sert les carnavals de pâtes que pour deux. J’accepte donc de prendre un carnaval de pâtes, à contrecoeur.
Une fois le problème de la commandé réglé, Fils à Papa en revient à son sujet de prédilection : la boîte de papa. Et la voiture que la boîte de papa lui a offerte : direction assistée par diverses choses dont GPS mondial, ABtruc pour freiner à la vitesse de l’éclair, jantes en or, sièges en cuir de baleine, lecteur DVD (très utile, le lecteur DVD, pour se mettre en pilotage automatique sur l’autoroute, regarder Pretty Woman et se crasher au premier virage), mini bar (moi j’appelle ça une boîte à gants réfrigérée mais qu’importe). Ah qu’elle est jolie la voiture payée par la boîte de papa.
Le repas arrive, interrompant notre discussion passionnante. Je n’ai toujours pas su en placer une. Ce qui me permet une concentration minimale : de temps en temps un regard, de temps en temps un petit signe approbateur de la tête, de temps en temps un grognement, et le tour est joué. Qu’il mange, ça me fera des vacances.
J’ai rêvé trop vite. Manger ne l’empêche pas de parler. Je me plonge attentivement dans mon trio de pâtes, histoire de le faire taire, en vain. Il embraye sur son GSM. Enfin, le GSM offert par la boîte de papa. Avec toutes les fonctions possibles et imaginables : lecteur MP3, ouvre boîte, « organizer », couteau suisse, 869 sonneries, pliable en huit. Ah bon, un GSM ça ne sert pas qu’à envoyer des SMS et à ne pas entendre les gens appeler ? Première nouvelle.
J’entame difficilement la phase digestive. Ma concentration est identique à celle d’un unicellulaire. Mes paupières sont aussi lourdes que l’ego de mon Fils à Papa, lequel me parle maintenant de la carte de crédit de la société de Papa. En or la carte, waw qu’elle est belle. J’ose une question « le repas de ce soir, payé par la société de Papa via la carte de crédit de la société de Papa ? »
Il prend l’air outragé de l’homme accusé d’un manque de galanterie, ne me propose point de dessert, règle l’addition et s’en va, carte de crédit de Papa dans le portefeuille en crocodile du Pérou offert par la boîte de Papa, retrouver sa voiture subsidiée par l’entreprise de Papa.
Oups, il a oublié le GSM dernier cri … Je ne pousse aucun cri pour l’avertir, et je vais prendre mon bus, avec mon abonnement payé par bibi, dans mon sac mon vieux GSM sans fonction subsidié par bibi, dans mon portefeuille Mickey, une Visa bleue qui ne connaît pas la couleur de l’or. Je suis bien. Je respire. Il fait doux. Faut que je rentre, chez moi (Brel).
A noter dans mon carnet magique pour m’en souvenir : un repas en terrasse, d’accord, mais pas avec n’importe qui.
La phrase des fois con, des fois pas :(propose la tienne)
"J'ai esssayé de me suicider en sautant du sommet de mon égo. J'ai pas encore atterri..." ( ? )