Cette semaine, c'est le blog de Calicot -choisi par Dissidence et apprécié par la Rédac' - qui est à l'honneur. Pourquoi ? Je cite et approuve Dissidence :
Elle écrit très bien (et des poèmes ! ça change) et puis je trouve qu'il y a tout un univers... Elle est très peu commentée alors que ses écrits mériteraient carrément plus d'attention que ça.
Alors pour toutes celles qui seraient passées à côté de cette petite merveille d'écriture, un extrait de ce blog, et une interview de la demoiselle !
"Places", 2 septembre
Mon carrousel d'hommes trompettant
tourne comme auparavant.
Tandis que l'un par magie
disparaît, aussitôt le remplace
Ou une autruche ou une bécasse.
Haro, haro, sur les animaux
malades de je-ne-sais-quel mal
Blatérant, aboyant, feulant
le symphonique brouhaha.
C'est que bientôt les attendent,
A l'heure où par les abattoirs
court le bruit des bandes
en liesse, de belles morts.
Jolie, jolie la mort dont le cou sanglant
Fait marrer les badauds
A qui il manque la peine et la joie.
Aux miroirs de leurs rires,
Les bêtes rient aussi,
Toutes dents dehors, rapiécées à leur visage.
Les ventres font cercle autour du spectacle
et les enfants farandolent, qui ont repêché
un sourire troué Place de la Grève.
Le Paradis manque s'ouvrir à eux
Qui pourtant prièrent si fort.
L'interview de Calicot
MadmoiZelle.com : Pourquoi écris-tu ? Comment ressens-tu l'écriture ?
Calicot : Pour une infinité de raisons sans doute ! J'écris depuis que je sais écrire parce que j'aime manipuler la langue française. Je le vois en partie comme une sorte de travail artisanal (plus ou moins minutieux). Je me suis longtemps concentrée sur cet aspect de l'exercice, avant d'avoir l'ambition d'exprimer réellement quelque chose, une idée ou une vision. Ecrire, c'est aussi pour moi une façon de captiver les pensées, et de s'en souvenir, ou de les mettre au clair. Enfin d'essayer, au moins ! Parce que ça peut être parfois douloureux de ne pas parvenir à saisir ce qu'on veut dire, et de se rendre compte que la langue n'abat pas nécessairement toutes les barrières de la solitude.

Ahaha, toi aussi tu pensais que c'était Calicot sur son avatar ? Bah non, c'est la chanteuse Regina Specktor, inculte.
MadmoiZelle.com : Est-ce que tes textes sur blogueuZ sont des "premiers jets", ou bien tu reviens dessus souvent avant de les publier ?
Calicot : C'est partagé. Parfois un sentiment germe, je le note dans un coin avec l'idée d'écrire un texte autour, idée que je laisse mûrir avant de me décider. D'autres fois, ça fait irruption d'un coup, et j'écris tout de suite. Mais dans les deux cas en fait je relis toujours le texte, autant pour vérifier l'orthographe (qui m'échappe souvent) que pour m'assurer que je ne suis pas à côté de la plaque, que les mots correspondent le plus possible à ce que je pense, et ressens. Ca s'apparente un peu à la recherche d'une source d'eau : il y en a une quelque part, mais je ne sais pas où, et j'essaie de m'en rapprocher, en cherchant le bon mot ou la bonne virgule.
MadmoiZelle.com : Tu n'écris que sur le net, ou aussi sur papier/carnets ?
Calicot : En dehors de mon unique blog sur BlogueuZ, j'écris peu de prose. Disons que la plupart des textes que je mets en ligne, je ne les aurais peut-être pas écrit autrement. Pour la poésie c'est entièrement indépendant. Sinon quand j'ai besoin d'exorciser un truc qui me plombe je m'en décharge de façon totalement anarchique et secrète. Il y a quelques mois aussi, j'avais acheté un carnet dans l'idée d'y noter ce qui me passait par la tête mais la moitié des pages est soit arrachée, soit recouverte de listes de courses...
MadmoiZelle.com : Quelles sont tes lectures ? On a remarqué que tu avais un langage très élaboré, des textes construits et parfois très symboliques, d'où tires-tu tout ça, quelles sont tes influences ?
Calicot : Je lis peu en fait, et quasiment que des écrivains morts (je tiens à préciser que je ne suis pas dépressive !). Je suis en extase devant le génie de Céline, de Gide ou de Baudelaire, mais même si ça fait partie d'un patrimoine inconscient et personnel, je ne me dirais pas influencée par eux. J'ai essayé de pasticher Duras par exemple, mais je me suis vite rendu compte que c'était ridicule ! Lire m'a fait comprendre énormément de choses, c'est en ça que je suis influencée. Concernant la structure, j'accorde en fait plus d'importance au mot ou à la phrase qu'au texte dans son ensemble.
MadmoiZelle.com : Eest-ce que tu lis beaucoup de poésie ? Depuis quand tu en écris ? Qu'est-ce que la poésie t'apporte par-rapport à la prose (et vice versa ?)
Calicot : Je lis peu de poésie, même si j'aime ça. Je crois que c'est plus par paresse, car elle est souvent moins accessible, et nous porte différemment. Pourtant j'en écris plus ; depuis les poèmes pour ma mère avec des rimes à 2 sous, jusqu'à le faire plus « sérieusement » depuis mes quatorze ans, ça a toujours été un motif dans ma vie, qu'il y soit en arrière-plan ou central. J'ai le sentiment qu'écrire des vers est un autre moyen de s'enfoncer dans la langue, ou d'en faire reculer les limites. J'associe souvent la poésie au rêve : celui-ci est une pure création de l'homme, qui défie les lois de la réalité ; j'essaie de faire en sorte que la poésie en défiant la langue, distende la réalité et autant que possible, en fasse quelque chose de neuf. Mais je n'ai pas dit que j'y étais parvenue... Et, c'est un peu bateau, mais il me semble que la prose permet moins cela, elle est plus soumise aux lois de la langue. Je crois que Paul Valéry comparait la poésie à la danse, et la prose à la marche, j'aime bien cette conception !
MadmoiZelle.com : Enfin, pourquoi ce titre "Trains de nuit." pour ton blog ?
Calicot : J'ai pris un train de nuit étant petite, et ça m'a marquée ; je suis partie de là. Cette image me plaît, je la trouve évocatrice pour plein de raisons.. Sûrement parce qu'elle renvoie à d'autres images intérieures : la solitude, l'impuissance, l'homme en tant que passager de sa propre vie (et je ne fais pas référence à Grand Corps Malade). La nuit est un moment particulier pour écrire. On peut se plonger dans une espèce de quiétude, ou au contraire d'inquiétude, mais j'ai l'impression que dans les deux cas on se rapproche de soi-même. Ca représente aussi une rupture (véritable ou fantasmée) avec le reste du quotidien et un temps pour essayer de faire émerger de l'inédit, de l'improbable.
Merci beaucoup d'avoir répondu à mes questions et celles des animeuZ et à bientôt sur ton blog !
Et toi demoiselle devant ton écran, tu connaissais déjà le blog de Calicot ou tu viens de le découvrir ? D'autres questions à lui poser ?