Cette semaine le coup de coeur va au blog de Caá Yarí, choisi par Calicot parce qu'elle lui semblait avoir un parcours un peu atypique et qu'elle la touchait par sa sincérité.
Son écriture est prenante et juste, Et quand elle parle d'elle, on dirait toujours qu'elle nous parle de nous-mêmes.
Comme le blog n'est visible que par les membres, je t'en livre ici un extrait mais il va falloir t'inscrire si tu veux en lire davantage ;)
Extrait de "trottez !" du 18 septembre
Si j'essaye d'être objective, je pense que je projette mes propres complexes négatifs sur les personnes que je croise. En revanche, objectivement, la femme qui fait le choix de revêtir des indicateurs externes culturellement masculins peut devenir le témoin humilié des regards méprisants qui l'assaillent. Une femme qui rejette son groupe d'appartenance (genre féminin) serait une forme de curiosité - quand elle n'est pas ignorée.
Avec mes Doc Marteens noires vernis trop larges, mes jeans coupés droits, et mes cheveux courts, je vis quelque chose de nouveau. Je suis incapable de trancher : est-ce moi qui aie pris confiance en moi, ou est-ce que le regard des gens est différent, ou un peu des deux ? J'ai l'impression d'être soit un peu crainte, soit un peu ignorée. Dans le tramway, on me laisse passer. On s'excuse en me souriant. J'ai l'impression d'être une de ces nanas qui fait un peu flipper, sans la crête punk et les piercings multiples. Peut-être suis-je parano.
Quand je suis arrivée à l'arrêt de tramway, deux mecs en face m'ont regardée de haut en bas, plus ou moins discrètement, et ils ont ri. Je n'ai pas su déterminer si c'était mes grosses godasses vissées au bout de mes jambes chétives qui les ont fait rire, ou autre chose. Leurs yeux étaient rivés dessus. Je les ai scrutés, avec douceur. Je considérais leur visage. Ils n'avaient pas l'air méchant. Mon regard était ferme sans être agressif. Ils ont tourné leur visage dans une autre direction.
(...)
L'interview de Caa Yari
madmoiZelle.com : C'est Calicot qui t'a choisie comme blog de la semaine. Est-ce que tu lis son blog ? Est-ce que tu as un petit mot à lui laisser ?
Caá Yarí : Je suis régulièrement le blog de Calicot. J'avais remarqué, à ses débuts, un billet en particulier dans lequel elle présentait un poème qui m'avait beaucoup inspirée. J'apprécie les symboliques avec lesquelles elle joue. Je suis une mauvaise déchiffreuse de ce genre de textes, mais ça ne m'empêche pas de les apprécier pour leur beauté !

Illustration Arthur Rackham
madmoiZelle.com : Pourquoi ce titre "exploratrice dans l'âme" ?
Caá Yarí : J'aime bien l'idée d'être une exploratrice dans l'âme, et surtout de l'âme... Je suis très introspective. En réalité, je passe mon temps à cela. C'est un de mes jeux favoris. Je soulève de vieux cadavres, je fourre ma tête dans les recoins sombres de ma psyché, je m'amuse à en découvrir d'autres. Je n'aurais jamais fini de faire le tour de moi-même. L'activité est périlleuse et risquée. L'inconscient, trop lumineux, reste un danger sur lequel je peux rester scotché, fascinée. La folie n'est pas si loin.
Je trouve que cette idée de découverte laborieuse et risquée s'apparente aux voyages périlleux des aventurières des XIXe et XXe siècle (notamment). Il s'agit de l'exploration comme métaphore de la découverte de Soi.
madmoiZelle.com : Pourquoi ce besoin d'effacer les posts de ton blog ou de les mettre hors ligne aussi souvent ?
Caá Yarí : Alors ça, dans mon cas, c'est vital ! Je veux savoir que ce que je livre peut être effacé à tout moment. J'ai restreint l'accès à mon blog, mais il reste dans la sphère publique. Je suis une personne fragile, et si je vois que mon billet, très personnel, suscite des réactions qui me blessent, je le fous hors-ligne. Je ne suis pas assez blindée.
En outre, j'écris essentiellement pour me faire du bien et mettre en forme des idées. C'est une démarche égoïste. Ce qui est le plus important quand j'écris un billet, c'est le processus qui se met en marche dans ma caboche quand j'écris (mettre le doigt sur un nœud, toucher une vérité, mieux me comprendre, etc.), pas le résultat « concret » (le texte final). Les lignes qui sont publiées ne sont que le squelette vidé de ce processus. Je m'étonne toujours quand je vois des réactions (agréables) du style « cela me touche » ou autre. Car quand je me relis plus tard, je ne revis plus cette sensation intense qui m'a amenée à produire. Dès lors, pour moi, le texte n'a plus aucun sens, et je le mets hors-ligne. En revanche, ce qui s'est passé et ce qui s'est développé à l'intérieur de moi au moment où j'ai écrit, ça, est immuable.
madmoiZelle.com : Tu parles de choses vraiment personnelles dans ton blog (ta quête "d'identité", si on peut appeler ça comme ça...), pourquoi ce besoin de partager sur le blog ? Est-ce un sujet que tu abordes aussi "facilement" dans la vraie vie, à l'oral ?
Caá Yarí : Dans la vraie vie, non, je n'en parle pas. A part avec mon médecin généraliste et ma psychologue. Mon blog est le seul endroit où j'aborde le sujet plus que librement. Je sais qu'ici les nanas sont ouvertes et savent se méfier des mots. Je ne crois pas que mon entourage capterait où je veux en venir si je me mets à leur parler de genre et compagnie. Et puis non, c'est une démarche personnelle, et je ne veux pas être influencée d'une façon ou d'une autre par des conseils de mes amiEs, ou des phrases toutes faites de ma famille. Pour illustrer, je pourrais dire que je fais mes gammes et mes premiers pas sur mon blog. Il est un outil de travail. J'ai écrit des choses il y a un an qui aujourd'hui sont complètement obsolètes. C'est une démarche d'évolution, une introspection, je ne souhaite pas le partager avec des personnes physiques. C'est trop « abstrait ».
madmoiZelle.com : Comment considères-tu ton rapport avec les autres madmoizelles, celles qui te lisent ? Est-ce qu'elles t'aident avec les commentaires qu'elles peuvent te laisser ?
Caá Yarí : J'adore écrire ici et être lue par les madmoiZelles ! Comme je le disais, j'estime que (du moins celles qui me lisent et qui commentent) ces filles sont tolérantes, ouvertes, réfléchies. Il y a, je pense, un pacte implicite qui est admis par les lectrices et l'auteure du blog. Du moins du type de blog que j'écris. Les mots sont faibles. Fiction ? Réalité ? Entremêlement des deux ? Essais ? Symbolique ? On ne sait jamais vraiment… Nous sommes dans le domaine de l'écrit, et donc il y a ce quelque chose d'un peu magique qui, je crois, demande de faire la part des choses entre ce qui vit réellement la personne, et ce qu'elle écrit. Ce sont deux choses différentes. Je crois que les madmoiZelles captent le message. Et oui, leurs commentaires m'aident. Avoir différents points de vue sur une situation que l'on vit fait un bien fou, car parfois je n'ai vraiment pas de recul. Parfois, les madmoiZelles sont la voix de la raison, héhé.
madmoiZelle.com : Comment ressens-tu l'écriture ? Est-ce que tu écris que pour le blog ou pour toi-même aussi ?
Caá Yarí : Si je retranscris publiquement mes « découvertes », c'est par souci de la mise en forme, le plaisir que je prends à décorer et à écrire mes textes. Paradoxalement je trouve ça très charnel, le choix de l'emploi des mots. J'aime les mots crus ou qui ont des consonances qui frappent. Ecrire me fait vibrer physiquement, c'est pour cela qu'une fois j'avais parlé d'auto-érotisme. Je peux me foutre dans des états pas possibles.
Et finalement, si je peux aider ou faire que certaines personnes se retrouvent dans mes mots, c'est le pied total. En fait, mon blog, c'est le témoignage de mon existence.
madmoiZelle.com : Est-ce que tu écris par impulsion ou tu réfléchis beaucoup tes textes ?
Caá Yarí : Premier jet uniquement. Vu le « pourquoi j'écris », je n'ai aucun intérêt à le travailler de telle ou telle façon pendant deux jours. Je n'écris pas pour bien écrire (je trouve que j'écris assez mal, objectivement, et ce n'est pas mon souci), ni pour proposer un beau tableau. Si c'est le cas, tant mieux, mais ce n'est pas mon objectif principal.
madmoiZelle.com : Pourquoi les citations de Zoé Valdès dans la présentation/citation du blog ?
Caá Yarí : Zoé est ma muse. Ses livres sont mon univers. Magico-religieux, plantes sacrés, réalité sordide, je m'y retrouve complètement. Et puis, elle écrit sur le genre (malgré elle ?) et propose des personnages androgynes, elle brouille les frontières du genre pour des relations et des individus plus humains, plus libres, en un sens. Je ne sais pas quoi dire d'autre, ce n'est pas explicable : j'aime ses productions, elles me font du bien.
madmoiZelle.com : Enfn, à ton avis, à quoi ressembleras ton blog dans un an ?
Caá Yarí :Aucune idée. Je ne sais même pas s'il existera encore !
madmoiZelle.com : On espère que si ! Bonne continuation à toi en tous cas et merci d'avoir répondu à nos questions...
Si vous avez d'autres questions à poser à Caá Yarí à propos de son blog, ça se passe dans le forum !