Et tout ce qu’on me dit suscite en moi l’arrivée d’une nouvelle chanson :
Une collègue me dit « je m’en vais faire une course », je chante « tu t’en vas… mais non mon cœur ce n’est rien, rien qu’un départ sans importance… » (A. Barrière).
Un ami me dit « je m’en vais faire une course », je chante « t’en vas pas, si tu l’aimes t’en vas pas… » (Elsa).
Je me promène dans la forêt, il a plu, je hurle « en pataugeant dans la gadoue la gadoue » (Jane Birkin) – je peux hurler, personne ne m’entend, youpie.
On sonne à la porte, je fredonne « ouvre moi la porte, toi qui as la clé, de la grande école, du monde… » (Enrico Macias).
Il est midi, j'ai faim. Je chantonne « j'ai faim de tout ce que tu es, le bon le mauvais, tu es tout ce qui me plait… oh j’ai faim de toiiiii » (autre version : « Chambourcy oh oui »).
On discute des jalousies au bureau, je fredonne « jalousie, jalousie, jalousie, tire-toi tu m’ennuies ».
Je m’en vais, chantonnant « l’heure de la sortie, tout au long d’l’année, l’heure de la sortie c’est l’meilleur moment d’la journée » (Sheila).
Quelqu’un me dit « waw je suis de bonne humeur », je m’écrie « je suis de bonne bonne bonne bonne humeur ce matin y’a des matins comme ça ».
Au bureau, j’entends dire au téléphone « vous permettez un instant », et je fredonne « vous permettez, monsieur, que j'emprunte votre fille, et bien qu’il me sourie, je sens bien qu’il se méfie » (Adamo).
J’ai chaud, je chante « chaud cacao chaud chocolat, si tu me donnes tes noix de coco, moi je te donne mes ananas » (Annie Cordy).
On me parle argent, je fredonne « ah si j'étais riche, ti la li la li la li… ».
Un collègue me dit « je vais faire une course, besoin de rien ? », j’ai en tête « besoin de rien envie de toi », mais je m’abstiens de chanter, je veux pas être accusée de harcèlement sexuel. Une variante existe également lorsque je vais faire du shopping, et que je n’ai besoin de rien « besoin de rien envie de tout ».
Mon boss me demande de continuer le dossier, je chante « Et ça continue encore et encore, c’est que le début d’abord d’abord … » (trucmuche à moustache).
Quelqu’un s’en va, j’ai en tête « si toi aussi tu m’abandonnes… » ou « casse-toi tu pues, et marche à l’ombre » (ça dépend de la personne, sans doute).
Y’a du soleil ce matin…, là je suis inspirée je chante « Y’a du soleil et des nanas, darladirladada », « le lundi au soleil, c’est une chose qu’on n’aura jamais » (Cloclo), ou « au soleil, j’irais bien faire un tour au soleil » (Jenifer).
Une amie me dit « j’ai mal », moi « t’as mal où, mal au cœur mal à la tête mal partout… » (Françoise Hardy).
Je suis en vacances près de Maintenon, je fredonne « Et Maintenon, que vais-je faire… ».
Je passe ensuite par Cady, me vient en tête, « La belle de Cady a les yeux de velours… ».
Galère, mon dossier a disparu, je fredonne « dis-pa-rue, tu as dis-pa-rue, dis-pa-rue, au coin de la rue, je ne t’ai jamais revue… » (JP Mader).
Il pleut ce matin, qu’importe, j’ai en tête « toute la pluie tombe sur moi… » (Sacha Distel).
On me dit « boucler ce dossier en deux heures, c’est pas possible », je chante « mais si c’est possible avec la carte Kiwi tu paies moitié prix » (SNCF).
Il neige, je chante « tombe la neige, il ne viendra pas ce soir, tombe la neige, et mon cœur s’habille de noir » (Adamo).
En soi, c’est hyper sympa cet air qui me trotte en permanence dans la tête (sauf quand il s’agit d’une chanson ringarde que je n’aime pas ou d’un générique de pub répétitif). Bon, j’admets que je chante comme une casserole rouillée donc ça peut très vite s’avérer exaspérant pour mes auditeurs.
En vacances, la situation s’aggrave de façon quasi pathologique. D’une part parce que je n’ai que ça à faire, penser, parler, et dès lors chanter. D’autre part, car la destination m’inspire.
Lors de mes vacances en Irlande, je n’ai cessé de fredonner « terrrrrre, brûléééééée, au veeeeent, des landes de pierre… » (Connemara - Sardou), en Normandie j’hurlais « les vaches rousses blanches et noires, sur lesquels tombe la pluie, et les cerisiers blancs made in Normandie », durant mon tour de Corse je murmurais « c’est une île, où il, fait, toujours beau… » (Fugain). Et chaque fois je me trouve à la mer du Nord, pieds dans le sable, nez au vent, je ne peux m’empêcher de chanter « c’est un amour de vacances, une histoire sans lendemain, mais à laquelle on repense, les yeux plein de chagrin ». Rien à voir avec la mer du Nord, mais c’est un morceau kitsch (chanté si mes souvenirs sont bons par un acteur de sitcom de la trame d’Hélène et les Glaçons) que j’ai fredonné tellement de fois dans mon jeune temps. Si vous voulez les paroles de ce morceau d’anthologie, n’hésitez pas à le mes réclamer.
On a beau dire que je chante mal (c’est vrai), on a beau dire que je chante toujours les mêmes quelques phrases au lieu de la chanson entière (c’est toujours vrai), on a beau dire que mes airs sont ringards (entièrement vrai), moi je trouve qu’avoir de la musique dans la tête, c’est comme avoir toujours une petite tranche de bonheur à déguster.
La phrase des fois con, des fois pas :(propose la tienne)
"Y'en a qui disent 'la véritable beauté est à l'intérieur'. Mon cul ouais ! C'est les moches qui disent ça !" (Mr Manatane)