Où on va, papa ? (Jean-Louis Fournier)

« Cher Mathieu, cher Thomas, Quand vous étiez petits, j’ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois. Je ne l’ai jamais fait. Ce n’était pas la peine, vous ne saviez […]

Où on va, papa ? (Jean-Louis Fournier)

« Cher Mathieu, cher Thomas,
Quand vous étiez petits, j’ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l’ai jamais fait. Ce n’était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures… « 

Jean-Louis Fournier nous livre les ressentis d’un père de façon inattendue. Il part des anecdotes les plus innocentes de la vie quotidienne de ses fils handicapés pour dévoiler ses regrets, ses remords, ses hontes mais aussi ses surpises et parfois même ses joies.

Ce qui est appréciable dans ce livre, c’est la justesse du ton, il ne tombe ni dans le pathos, ni dans une version bisounours de ce qui reste une blessure : le handicap. Il ne s’agit pas non plus de faire la morale aux autres, à l’entourage, mais juste de présenter les choses vécues de l’intérieur.

Le ton est caustique, Jean-Louis Fournier se moque avec tendresse de ses deux fils qui ne sauront jamais lire mais il se moque surtout et avant tout de lui-même. Il décrit les frustrations qu’il a connues. Il confronte le fantasme du futur père avec la réalité d’un père d’enfant handicapé parce que « Si un enfant qui naît, c’est un miracle, un enfant handicapé, c’est un miracle à l’envers »…

Ce livre raconte finalement l’histoire d’un deuil : le deuil de ses enfants normaux. Que seraient-ils devenus s’ils avaient été comme les autres ? Ils auraient peut-être fait de grandes études et puis non, voyons les choses du bon côté, ils auraient peut-être été au chômage, été délinquants ou qui sait encore ? Après tout, les parents d’enfants handicapés n’ont pas le monopole de la déception !

Alors il rit, il plaisante parce que si lui ne peut pas se le permettre, qui le peut ? Après tout, la vignette sur sa voiture lui permet de se garer où il veut.

Il use de second degré avec Josée, la nounou, pour alléger un peu le quotidien :  » Pourquoi, Josée, avez-vous jeté les enfants par la fenêtre ? Ce n’est pas bien, Josée, ce que vous avez fait. Je sais bien qu’ils sont handicapés, ce n’est pas une raison pour les jeter ». Et s’il s’agissait d’exorciser ses pulsions de meurtre ? C’est surréaliste, c’est décalé et apparemment ça fait du bien alors pourquoi s’en priver ?

Ce livre est un témoignage poignant, il se laisse dévorer et continuera à vous accompagner après sa lecture.

Dommage de penser que les destinataires de ce livre ne pourront jamais le lire…

Seul bémol : je déconseille ce livre aux femmes enceintes et aux futurs papas… Attendez quelques mois pour le lire !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Annabz1212
    Annabz1212, Le 30 novembre 2008 à 14h43

    Un avis plutôt partagé. J'ai à la fois beaucoup apprécié ce livre, et à la fois été parfois un peu perturbée.
    Aimé car je l'ai dévoré en une heure, non stop. Parce que j'aime le ton, j'aime l'histoire, et l'originalité.
    J'aime la simplicité de Jean-Louis Fournier, et cette fameuse phrase à répétition, "Où on va, papa ?".
    J'ai été perturbée par certains passages, que je ne saurais vous citer; où le ton cette fois paraît montrer un sentiment de déception. Presque comme si la naissance de ses fils n'aurait, pour lui, jamais du avoir lieu.
    J'ai trouvé qu'il se portait quand même beaucoup sur les aspects négatifs de ses fils...
    Les questions posées l'étaient surtout durant la lecture, car après coup, j'en garde un très bon souvenir.

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